Soudani fait ses adieux : « jamais ressenti tel amour »
Hommage de Maribor, mots émouvants en interview, retour en Croatie : Hilal Soudani tourne une page slovène et interroge le rapport algérien à ses légendes.
Il y a des départs qui en disent plus que de longs discours. Hilal Soudani, joueur exceptionnel algérien, vient de quitter Maribor après trois saisons remarquables en Slovénie. Le club lui a rendu un hommage appuyé, et le buteur des Verts a livré une interview chargée d'émotion qui pousse à réfléchir. "Je n'ai jamais ressenti un tel amour ailleurs", a confié l'enfant de Chlef, parlant du public slovène. Une phrase qui, en creux, pose une question lancinante : pourquoi les légendes algériennes sont-elles mieux célébrées hors d'Algérie qu'au pays ?
À 38 ans, Soudani n'est pas un joueur comme les autres. Il appartient à une génération qui a porté le maillot des Verts avec une rage rare. Son adieu à Maribor n'est pas qu'une note de mercato : c'est le miroir d'un rapport contrarié entre l'Algérie et ses fils prodigues.
Maribor, une histoire d'amour à part
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En trois saisons sous les couleurs du club slovène, le natif de Chlef a disputé 96 matchs pour 36 buts. Une production remarquable pour un attaquant arrivé à 36 ans, à un âge où beaucoup raccrochent les crampons. Mais au-delà des statistiques, c'est l'attachement humain qui frappe dans cette aventure.
Dans son interview d'adieu, Soudani a évoqué avec émotion l'attachement de sa famille à la ville. Son fils, arrivé bébé à Maribor, considère aujourd'hui la cité slovène comme sa véritable maison. Le seul regret du buteur : ne pas avoir offert le titre de champion à ces supporters qui lui ont tant donné. "Ils méritaient de célébrer un sacre", a-t-il confié, sincère jusqu'au bout. Le jour où il a quitté Maribor, c'est une famille entière qui a pleuré, pas seulement un joueur.
La Croatie, deuxième patrie footballistique
L'autre terre d'amour de Soudani, c'est la Croatie. À Zagreb, l'enfant de Chlef est devenu une véritable légende au Dinamo entre 2013 et 2018 : 197 matchs, 86 buts, 4 titres de champion HNL consécutifs et 4 coupes nationales. Les supporters du Dinamo parlent encore de lui avec affection. Quand il s'est retrouvé sans club en 2021, c'est même le Dinamo Zagreb qui lui a ouvert les portes de son équipe réserve pour qu'il puisse s'entretenir. Un geste qui en dit long.
Logique alors qu'à 38 ans, le Fennec ait choisi de rebondir à NK Kustošija Zagreb. Le pays balkanique est devenu sa maison, ses enfants y grandissent, son cœur y est. La Croatie lui rend ce que l'Algérie ne lui a peut-être jamais offert avec la même intensité : la reconnaissance pleine et entière de ce qu'il a apporté.
Le paradoxe algérien
Et c'est ici que le débat devient sensible. Pourquoi un joueur qui a tant donné aux Verts, marqué des buts décisifs, vibré sous le maillot national, trouve-t-il plus de chaleur dans des petits pays d'Europe qu'au sein du sien ? Le cas Soudani n'est pas isolé. Combien de héros algériens, hier comme aujourd'hui, ont raconté un sentiment de reconnaissance plus chaleureuse à l'étranger qu'en Algérie ? On a souvent vite fait d'oublier ceux qui ont fait vibrer le pays.
Il y a sans doute une réflexion collective à mener. Mahrez, Belaïli, Brahimi, Feghouli... combien d'idoles attendent encore l'hommage qui leur revient ? Une chose est certaine : un pays qui célèbre mal ses légendes se prive de transmettre sa mémoire aux générations qui montent.
Et maintenant ?
À Kustošija, Soudani écrira un dernier chapitre. Mais ses adieux à Maribor laissent une trace plus profonde qu'un simple transfert. Ils nous rappellent que le respect ne s'achète pas, qu'il se construit dans la durée et la sincérité. La Slovénie et la Croatie l'ont compris. L'Algérie ferait bien d'écouter ce que dit, à mots couverts, son enfant de Chlef.
*Source : DzBallon*
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