Benlamri : « Le problème ne s'appelle pas Petkovic »
Invité d'Arab Sports Studio, l'ancien défenseur des Verts livre une analyse à contre-courant de la crise : pour lui, le mal du football algérien dépasse le sélectionneur.
Dans le concert des règlements de comptes qui suit l'élimination des Verts, une voix détonne. Invité de la chaîne Arab Sports Studio, Djamel Benlamri a livré une analyse sans détour de la crise du football national, résumée par une formule qui tranche avec l'humeur ambiante : le problème du football algérien ne s'appelle pas Petkovic. Alors que le Collège technique se réunit précisément pour juger le bilan du sélectionneur, le champion d'Afrique 2019 déplace le procès vers un autre banc des accusés.
Une position cohérente avec ses sorties précédentes
Ceux qui suivent l'ancien défenseur ne sont pas surpris. Depuis Vancouver, Benlamri a toujours refusé la lecture simpliste de l'échec. Il avait pointé des choix précis du technicien, comme le fait de se passer de Mahrez au coup d'envoi face à la Suisse, qu'il considérait comme une erreur majeure, ou l'abandon d'un 3-5-2 qui rassurait défensivement. Mais critiquer des décisions n'est pas condamner un homme, et c'est toute la nuance de son propos : Petkovic a commis des erreurs de sélectionneur, le football algérien commet des erreurs de civilisation footballistique. L'un se corrige en changeant de coach, l'autre pas. Et soyons francs : changer de sélectionneur tous les deux ans est précisément ce que l'Algérie fait depuis vingt ans, pour le résultat que l'on connaît.
Le fond du diagnostic : un système malade de partout
La charge de Benlamri rejoint un faisceau désormais épais. Les révélations de Romain Molina sur l'encadrement défaillant du Mondial, les dettes fédérales, les guerres de clans au bureau fédéral, la sortie de Khaled Lounici sur la formation des entraîneurs, la relégation du Paradou, seul vrai club formateur, les vingt-sept clubs interdits de recrutement pour impayés : chaque semaine apporte sa preuve que le mal est structurel. Dans ce paysage, faire de Petkovic le responsable unique relève du fusible commode. Une chose est certaine : quand tous les sélectionneurs successifs échouent au même endroit, le problème n'est plus le sélectionneur.
Ce que cette voix a de précieux dans le moment actuel
La parole de Benlamri porte, car elle vient d'un homme qui n'a jamais rien dû au système. Arrivé au sommet par la Ligue 1 algérienne, la NAHD puis l'ES Sétif, avant l'Arabie saoudite et la consécration continentale au Caire, il incarne un parcours que les circuits officiels n'ont pas fabriqué. Quand il défend un sélectionneur étranger contre la vindicte populaire, personne ne peut le soupçonner de complaisance ou de calcul. Sa liberté de ton, déjà démontrée pendant sa carrière, en fait l'un des rares anciens capables de dire au public ce qu'il n'a pas envie d'entendre : le coupable préféré n'est pas toujours le bon.
Le risque d'un procès qui évacue les vraies questions
Car c'est bien l'enjeu de la séquence en cours. Si le départ programmé de Petkovic solde l'affaire, la FAF aura réussi son opération : un nom sacrifié, un système préservé. Les questions que Benlamri, Lounici et Molina posent chacun à leur manière resteront sans réponse : qui a validé la prolongation d'avant-Mondial, qui structure la formation, qui protège les jeunes, qui contrôle les finances ? Le jour où le football algérien cherchera ses responsables ailleurs que sur le banc de touche, il commencera enfin à guérir. En attendant, l'ancien guerrier de la charnière a au moins le mérite de viser la bonne cible.
*Sources : Arab Sports Studio, DzBallon*
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