Staff Hemdani : faut-il encore y croire ?
Trois matchs, deux victoires, un nul, et pourtant une inquiétude qui grandit. Au lendemain du succès arraché face au Niger (2-1) à Tizi Ouzou, les chroniqueurs DzChronique se retrouvent autour de la table pour dresser le bilan du premier rassemblement de l'ère Hemdani et poser la question qui fâche : ce staff est-il à la hauteur de l'équipe nationale ?
Tour de table : une victoire qui ne rassure personne
Je vais être direct, ce match ne m'a pas plu. On a évité le pire, on gagne 2-1, mais on gagne grâce à des exploits individuels. Le superbe coup franc de Belloumi, puis le penalty obtenu par Boulbina et transformé par Bensebaïni. Pour la deuxième fois de suite, c'est un coup de pied arrêté qui nous sauve. Et à la première période, on a vu le Niger, une équipe qui n'est pas parmi les grandes nations africaines, nous être supérieur. Ça, c'est inacceptable. Des garçons qui jouaient pour la première fois n'ont pas su saisir leur chance, et l'équipe était fébrile du début à la fin de cette mi-temps.
Le Niger, avec tout le respect qu'on lui doit, ne doit pas te mettre en difficulté chez toi, devant un stade plein. On a joué la première période sans agressivité à la récupération, sans caractère, comme si le match allait se gagner tout seul. Le sursaut est venu du banc, et ça en dit long : quand ce sont les remplaçants qui renversent le match, c'est que le plan de départ n'était pas le bon.
Ce qui me frappe, c'est la trajectoire. Contre la Zambie, il y avait du contenu, Maza dans les pieds, des accélérations, un 3-1 mérité. Au Burundi, on se fait accrocher 2-2. Et contre le Niger, on souffre pendant une mi-temps entière. Trois matchs, et la courbe descend. Un nouveau staff, on lui pardonne d'hésiter, mais on attend de voir une progression. Là, on observe l'inverse.
En tribune, on a sifflé à la pause, et je comprends les gens. Tu ne peux pas venir à Tizi Ouzou et laisser le public dans l'angoisse face au Niger. Le supporter algérien connaît le foot, il voit quand une équipe ne sait pas quoi faire du ballon.
Et c'est là que je m'inquiète vraiment. On peut dire que l'entraîneur est là depuis trois matchs seulement. Mais trois matchs, c'est suffisant pour voir une direction. Moi, je vois une régression.
Hemdani, Yahia, Saïb : la Fédération a-t-elle joué avec le feu ?
Je pose la question franchement : ce staff est-il légitime à son poste ? Et je mets la responsabilité d'abord sur la Fédération. Elle a fait le choix d'un staff expérimental. Hemdani, lui, ne pouvait pas refuser l'équipe nationale, personne ne refuse ça. Il se dit sûrement que c'est une belle expérience. Mais on l'avait écrit ici même : c'est un coach à suivre, pas tout de suite. Le poste de sélectionneur est trop haut pour lui aujourd'hui.
C'est exactement ça. Une sélection A, ça ne s'apprend pas sur le tas. Hemdani n'a jamais dirigé une équipe première de ce niveau, et on lui confie la plus exposée du pays. Ce n'est pas lui faire injure de le dire, c'est une question de parcours. Le CV, ça compte, surtout quand tu dois gérer des joueurs de Premier League, de Bundesliga, de Ligue 1.
Et il y a la manière. Il a voulu installer une discipline dès le premier rassemblement, ce qui peut se défendre. Mais sans pédagogie, de façon un peu brutale. L'épisode Aït-Nouri, renvoyé après le clash face à la Zambie, c'est arrivé au premier match. Ça méritait d'être mieux géré, même si, soyons honnêtes, Aït-Nouri n'a jamais été décisif ni influent en sélection malgré sa qualité.
Je vais aller plus loin, quitte à me mouiller. On a longtemps critiqué Petković, on lui reprochait la production sur le terrain et ce sentiment d'inquiétude permanent à chaque match. Mais en termes de CV, ça n'a rien à voir. Et aujourd'hui, je retrouve exactement les mêmes inquiétudes, en pire. Personnellement, je suis plus inquiet avec Hemdani que je ne l'étais avec Petković.
Ça va en faire réagir plus d'un, mais je te suis. Avec Petković, au moins, on savait qu'il y avait un homme d'expérience aux commandes.
Et je vais émettre une hypothèse, je dis bien une hypothèse, c'est de la spéculation : et si la Fédération temporisait ? On joue des matchs de qualification qui ne sont pas les plus compliqués, et ça lui laisse le temps de chercher un vrai sélectionneur. Si c'est le cas, autant le dire.
Le précédent Belmadi, un faux espoir
Je vais jouer l'avocat d'une partie des supporters. Beaucoup rappellent Belmadi. À son arrivée en août 2018, on parlait d'un choix par défaut, il était décrié. Un an plus tard, on était champions d'Afrique en Égypte. Certains espèrent le même scénario.
Ceux-là risquent d'être déçus. Belmadi, à son arrivée, connaissait tous les joueurs. Il les suivait depuis longtemps, il les a appelés un par un, et il est allé chercher des garçons comme Belaïli ou Belamri. Il a montré de la patience. Et surtout, il avait déjà dirigé une sélection A, le Qatar, avec qui il a remporté la Coupe du Golfe en 2014. Hemdani n'a jamais pris une équipe A, et il se retrouve directement à la tête de l'Algérie. La comparaison ne tient pas.
Belmadi arrivait avec un projet et un réseau. Il savait où il allait. Là, on a l'impression d'un staff qui découvre en même temps que nous.
Un milieu sans patron, une animation qui fait peur
Parlons du terrain. La défense est inquiétante, le milieu est sans animation, et le visage général de l'équipe ne rassure pas. Il y a un manque flagrant de cohésion et de déplacements. Notre manière de nous positionner, de bouger, l'animation offensive comme défensive, je l'ai trouvée très amateur. Ça fait peur.
Le problème de fond, c'est qu'on n'a pas un milieu qui s'impose comme indiscutable. Ceux qui ont donné satisfaction ces dernières années, on les compte sur les doigts d'une main : Bennacer, Boudaoui par moments, Kendouci. Aouar a été écarté, à juste titre vu son attitude, mais honnêtement, il reste meilleur que ceux qui ont joué lors de ces trois matchs.
Le réservoir n'est pas idéal, d'accord. Mais c'est justement le rôle du coach de trouver des solutions. Un entraîneur, on le juge aussi à sa capacité à faire jouer ensemble des joueurs qui ne sont pas des stars. Pour l'instant, on ne voit aucune idée de jeu claire.
Et au Burundi, c'était encore pire dans l'état d'esprit. Un manque de concentration, d'envie, de détermination. Et surtout de confiance. Une équipe qui doute, ça se voit à chaque passe.
Au milieu de tout ça, une satisfaction derrière : Chergui. Présent dans les duels, concentré, pour moi le meilleur défenseur sur ces trois matchs. C'est encourageant, mais on attend d'en voir plus.
Belloumi, l'héritier qu'on compare déjà à Mahrez
Le vrai rayon de soleil, c'est Belloumi. Deux buts en trois matchs, un coup franc magnifique contre le Niger, et il justifie son début de saison en Premier League avec Hull City, avec un doublé face à Chelsea. En tribune, on entend déjà le nom de Mahrez.
C'est prématuré, évidemment. Mais Belloumi, c'est le fils d'un prodige. Lakhdar Belloumi, Ballon d'Or africain 1981, l'un des trois meilleurs joueurs algériens de l'histoire, le meilleur pour certains. Bachir a un bon contrôle orienté, une belle patte gauche, il délivre de bons ballons. Mais Mahrez est un phénomène, élu meilleur joueur de Premier League en 2016 avec Leicester. Il avait à son prime une vitesse qu'on ne retrouve pas encore chez Belloumi. Chacun son profil. Le plus important, c'est qu'il reste décisif et qu'il continue de progresser.
Et il faut citer Boulbina, décisif à chaque sortie. Face à la Zambie, c'est lui qui élimine et centre pour Maza sur l'action du troisième but, avant que Maza, après sa tentative, ne récupère et serve Hadj Moussa d'une talonnade. Puis son coup franc au Burundi, et le penalty provoqué contre le Niger. Il lui manque encore de la régularité sur un match entier comme titulaire, mais il pèse sur les matchs.
Aligner nos meilleures armes
On a un vrai sujet : trois bons joueurs au même poste, Belloumi, Hadj Moussa et Kebbal, tous les trois à droite. Kebbal a d'ailleurs été bon dans la créativité. Face à ce naufrage collectif, puisqu'on n'arrive pas à bâtir une équipe, autant aligner nos meilleures armes, quitte à en faire changer certains de poste. On a vu hier que Belloumi pouvait jouer avec Kebbal.
Et tu les places comment ?
Maza en meneur, Belloumi en 8, Hadj Moussa en attaquant à droite, et Kebbal à gauche, ou en joker pour la deuxième période. Devant, Boulbina peut être décisif, mais Gouiri, quand il sera remis de sa blessure, apporte plus de possibilités de combiner.
Ça a le mérite de mettre de la qualité technique partout. Belloumi en 8, c'est audacieux, mais avec son contrôle orienté et sa vision, il peut orienter le jeu plus bas.
Au moins, on aurait une équipe qui fait peur à l'adversaire, pas à ses propres supporters.
Y croire encore ?
Dernière question, la plus simple et la plus dure : est-ce qu'on y croit encore à ce staff ? Moi, je n'y crois plus. J'ai déjà vu ce type de scénario. Une équipe qui régresse, qui ne rassure pas, et que je ne vois pas avancer dans le bon sens. Je suis derrière l'équipe, évidemment. Je l'étais même quand Madjer était à sa tête. Mais je savais pertinemment qu'on allait droit dans le mur. Aujourd'hui, j'ai la même sensation.
Il faut tirer les leçons du passé. L'époque Halilhodžić, on avait une équipe combative, qui est allée en huitième de finale du Mondial 2014. Avec Gourcuff, le jeu était meilleur aussi. On a su faire de bons choix. Alors pourquoi on régresse aujourd'hui ? Pourquoi ne pas aller chercher un coach plus adapté, plus compétent ?
Un technicien algérien expérimenté, capable de prendre ce poste aujourd'hui, je n'en vois pas. Donc la solution passe par un profil solide, avec un vrai vécu du haut niveau. Et ça, c'est à la Fédération de le décider.
On revient toujours au même point. Hemdani n'a pas cherché ce poste par effraction, on le lui a donné. La responsabilité est à la Fédération. Le jour où elle choisira un sélectionneur sur son parcours plutôt que par commodité, l'Algérie retrouvera une équipe qui rassure autant qu'elle gagne.
Le Plateau DZ est l'émission débat écrite par la rédaction de DzChronique.
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J'ai perdu l'espoirt de cette équipe national wellah





