Hemdani, premier bilan et premières tempêtes
À 48 heures d'Algérie-Niger, mardi à 18h à Tizi-Ouzou, le Plateau DZ fait le point sur les débuts de Brahim Hemdani. Autour de la table de Mohamed Filali, les chroniqueurs DzChronique : Madjid, Yanis et Sofiane.
4 points sur 6 : bon départ ou trompe-l'œil ?
Bonsoir à tous. Deux matchs, une victoire 3-1 contre la Zambie, un nul 2-2 au Burundi, 4 points sur 6. Sur le papier, le départ est correct. Mais ce qui m'inquiète, c'est la manière, et surtout les entames de match. Au Burundi, on est menés 2-0 au bout d'un quart d'heure. Ce n'est pas nouveau : avant même Hemdani, on entamait mal nos matchs. Sous Halilhodžić, c'était l'inverse, on entrait fort et on marquait tôt. Et je ne me laisse pas tromper par le but de Hadjam à la 2e minute contre la Zambie : c'était plus un coup de chance qu'une vraie bonne entame.
Tu as raison de parler d'entame, parce que le premier quart d'heure, c'est là qu'on voit si une équipe est concernée ou pas. Mais regardons comment arrivent ces deux buts. Le premier, c'est une passe en retrait de Chaïbi qui file dans nos propres filets. Le deuxième, c'est Bensebaïni qui manque un dégagement anodin, et l'attaquant burundais n'en demandait pas tant. Ce ne sont pas des buts construits, ce sont des cadeaux. Deux erreurs individuelles grossières, et le match est déjà compliqué.
Justement, Madjid, je crois que les erreurs individuelles viennent aussi d'un manque de cohésion et de placement. Quand une équipe n'est pas en place, les joueurs paniquent plus vite. Il y a des moments où une équipe doit être concentrée à 100 % : le début du match, la fin de la première période, la reprise et les dernières minutes. Manchester United avait son « Fergie Time », ces fins de match où les nerfs sont à vif et où il marquait si souvent. Cristiano Ronaldo l'a souvent expliqué : c'est dans ces moments-là que tout peut basculer. Les joueurs doivent comprendre que dès le coup de sifflet, il faut être là.
Je vais quand même défendre une chose : la réaction. Mener 2-0 à Bujumbura, avec la chaleur, un terrain qui ne t'aide pas et un adversaire qui y croit, beaucoup d'équipes auraient coulé. Belloumi réduit l'écart à la demi-heure, Boulbina égalise sur un coup franc direct magnifique, et en deuxième période, on a le ballon et on pousse. Ce n'est pas rien. Ça montre qu'il y a du caractère dans ce groupe.
Du caractère, d'accord, mais on parle du Burundi ! Arrêtons de nous raconter des histoires : on n'est plus une grande équipe. Avec ce contenu-là, le jour où on croise une vraie équipe à la CAN, on va souffrir, et pas qu'un peu. Une équipe qui veut gagner une Coupe d'Afrique ne prend pas deux buts en douze minutes contre le Burundi. Ce n'est pas de l'acharnement, c'est la réalité du terrain.
Sofiane, je comprends ta colère, mais rappelle-toi l'arrivée de Belmadi. Son discours de départ, c'était de rendre l'équipe dangereuse et difficile à marquer. Un état d'esprit simple, et c'était le bon. Ça ne s'est pas fait en deux matchs non plus. Il est encore tôt pour juger Hemdani. Qu'on soit exigeants, oui, mais laissons-lui le temps de poser ses bases.
Ils ont gagné des points, ils en ont perdu
Mon sentiment général, c'est que tous les postes sont vacants. Personne n'a vraiment gagné sa place. Mais il y a des tendances. Pour moi, Chergui a gagné des points : contre la Zambie, il a été présent dans les duels et je ne lui ai pas vu beaucoup d'erreurs. Achref Abada aussi, au Burundi, même si le match n'était pas extraordinaire : dans le jeu aérien, il a répondu présent. Par contre, sur le un contre un, il laisse trop d'espace malgré sa vitesse, c'est un point qu'il doit gommer. Et Belloumi a gagné beaucoup de points. On le découvre, il marque, il régale par sa palette technique et il combine très bien avec Maza.
Je te suis sur Belloumi, c'est la vraie bonne nouvelle de cette fenêtre. Mais il ne faut pas oublier Hadj Moussa, buteur contre la Zambie avant sa blessure. Sur le flanc droit, on a deux vrais bons joueurs, et c'est une concurrence saine. Le sélectionneur aura un choix à faire, et c'est le genre de problème qu'on aime avoir.
Exactement. Et j'ajoute Aouchiche : sa rentrée au Burundi m'a plu, j'aimerais le voir beaucoup plus. Maza, je ne dirais pas qu'il a gagné des points, il a simplement confirmé qu'il est le métronome de cette équipe. Ses deux passes décisives contre la Zambie parlent pour lui. À l'inverse, Chaïbi a clairement perdu des points, de même qu'Abdelli, et globalement tout le milieu. Zorgane a été un peu meilleur que les deux autres, mais il ne convainc pas. Chiakha aussi a perdu des points : il avait une vraie occasion de prendre la place, il ne l'a pas saisie.
Et Amoura ? Contre la Zambie, il marque et il fait un bon match. Au Burundi, on avait l'impression qu'il voulait marquer à tout prix, comme s'il avait quelque chose à prouver.
C'est exactement mon ressenti. Amoura reste notre joueur, on doit le soutenir. Mais ce n'est pas forcément un pur buteur, et il doit arrêter de penser qu'il faut absolument marquer. Ce qui compte pour nous, supporters, c'est que l'équipe gagne, qu'elle joue bien, et qu'il livre une bonne prestation. Qu'il marque ou non, il ne doit pas se fixer d'objectif trop personnel.
Et Bensebaïni, on en parle ? On le présente comme le nouveau patron depuis les départs de Mahrez et de Mandi.
Je ne suis pas convaincu. Il est légitime, avec son expérience à Dortmund et un parcours jusqu'en finale de la Ligue des champions, même s'il avait manqué cette finale sur blessure. Mais sur ces deux matchs, il ne m'a pas rassuré, et déjà au Mondial, j'ai trouvé que son niveau avait baissé. Il y a eu des rumeurs de retraite internationale, qu'il a démenties. Est-ce un manque de motivation ? Je ne sais pas. Mais s'il est le patron, il doit se ressaisir vite. Et honnêtement, je ne veux pas trop m'attarder sur le brassard : le plus important, c'est l'équipe. Un capitaine n'a pas besoin de beaucoup parler, mais il doit être indiscutable. Aujourd'hui, à part Maza, personne ne l'est, et Maza, je le vois en leader technique, pas en capitaine. Attendons quelques matchs avant de désigner un vrai capitaine.
L'affaire Aït-Nouri
On ne peut pas faire ce plateau sans parler de l'affaire Aït-Nouri. Yanis, rappelle-nous les faits depuis le début, parce que tout ne commence pas au match contre la Zambie.
Tout commence le 22 août, avant même la nomination de Hemdani. Anthar Yahia essaie plusieurs fois de joindre Aït-Nouri pour lui parler de son faible temps de jeu à Manchester City et lui dire qu'il risque de ne pas être appelé. Le joueur ne décroche pas, alors Yahia appelle le père, Farouk Aït-Nouri, qui lui aurait répondu : « Si mon fils n'est pas convoqué, il ne jouera plus jamais pour l'Algérie. » Ensuite, Aït-Nouri est finalement convoqué. Il demande à rejoindre le groupe avec un jour de retard à cause d'un rendez-vous chez le dentiste. Le staff refuse, et il arrive le jour même du rassemblement. Puis vient le match contre la Zambie : on l'envoie s'échauffer, une fois, deux fois, et il ne rentre pas. Il s'agace sur le banc, il faut l'intervention de Moussa Saïb et de Gouiri pour calmer les choses. Le lendemain, la FAF annonce qu'il est libéré. Le père parle alors à un journaliste et affirme que son fils a été « injustement traité ». Et selon son entourage, Aït-Nouri ne répondrait plus aux convocations tant que ce staff reste en place.
Merci Yanis. Ma position est claire : il y a des affaires comme ça dans tous les vestiaires du monde, mais elles doivent rester dans le vestiaire. C'est un scandale que les familles s'invitent dans les affaires de l'équipe nationale. Un joueur qui évolue au plus haut niveau, à Manchester City, ne laisse pas son père parler à sa place à la sélection. C'est un manque de respect. Est-ce que c'est son père qui parle à Manchester City ? Non. Et c'est une erreur d'avoir appelé un journaliste pour étaler ça sur la place publique.
Je vais nuancer, parce qu'il faut être juste avec le joueur. Le père affirme que Rayan n'a pas participé à l'échange avec Yahia. C'est Yahia qui a appelé le père, pas l'inverse. Le joueur n'a pas « délégué » son père, c'est le staff qui est passé par lui. Et se faire envoyer deux fois à l'échauffement sans entrer, devant tout un stade, ce n'est pas agréable. Je ne dis pas qu'il a eu raison de réagir comme ça, mais je comprends qu'il se soit senti humilié.
Je l'entends, Yanis. Mais justement, ça montre que le dossier a été mal géré des deux côtés, et c'est là qu'on voit l'inexpérience de ce staff. Un joueur énervé, on le laisse tranquille et on lui parle plus tard, à froid. S'il doit partir, il partira. Mais appeler le père, pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Yahia était parfaitement légitime pour appeler le joueur, et au pire, son agent. Chacun sa place. Cela dit, peu importe d'où tu viens, du Real, du Barça ou de Manchester City : tu respectes le règlement intérieur, et tu respectes la nation. Même un staff jeune et peu expérimenté, on le respecte. Tu joues pour l'Algérie, c'est ça qui compte. Personnellement, je suis déçu par Aït-Nouri et par son comportement.
Et le plus fou, c'est qu'il n'était pas le seul à être frustré. On parle d'Hadj Moussa, pas content de commencer sur le banc, et d'Amoura, agacé d'être sorti. Eux ont gardé ça pour eux et sont restés professionnels. C'est toute la différence. Tu peux ne pas être d'accord, mais tu le dis dans le bureau du coach, pas devant les caméras.
Je veux aussi poser la question de la Fédération, parce qu'on l'oublie dans cette histoire. Où est le président ? Le 16 juillet, la FAF impose Anthar Yahia comme adjoint à Petković, qui est alors sur le départ. Le 22 août, Yahia passe des coups de fil alors qu'il n'y a pas de sélectionneur clairement en place. Et Hemdani n'est nommé que le 5 septembre, avec un adjoint qu'il n'a pas choisi.
C'est exactement ce qui me dérange. Nommer un adjoint avant l'entraîneur, ça n'existe pas. Et si le sélectionneur ne veut pas travailler avec ce staff, on fait comment ? C'est de l'amateurisme, et la Fédération doit rendre des comptes. C'est la responsabilité de Walid Sadi. Ce cafouillage n'aurait jamais dû avoir lieu.
La méthode Hemdani
Passons au fond. Dès sa première conférence de presse, Hemdani avait prévenu : si un joueur se distingue par un comportement douteux, il prendra les décisions qui s'imposent. Il l'a fait. Il a même dit : « Je suis le coach principal, c'est moi qui fais les choix. » Sur le principe, je suis d'accord avec lui : il faut ramener du sérieux et du professionnalisme. Mais le problème de Hemdani, c'est la légitimité. Disons les choses comme elles sont : ce n'est pas un grand entraîneur, il n'est pas connu, et avant les Verts, il n'avait jamais dirigé une équipe A. Sa référence, c'est la médaille d'or des U21 aux Jeux méditerranéens. C'est un choix un peu par défaut. Et je pense qu'avec un entraîneur de renom, Aït-Nouri ne se serait jamais permis ça. Souvenez-vous de Halilhodžić, de sa manière de gérer le groupe, de son intransigeance.
La légitimité, ça se gagne aussi sur le terrain et dans la façon de tenir un groupe. Avant lui, il y avait déjà des problèmes dans ce vestiaire : des joueurs qui ne se parlaient plus, chacun dans son coin avec ses écouteurs, des attitudes individualistes. Hemdani arrive dans une maison qui n'était pas en ordre.
C'est vrai, et c'est ce qui me frappe. Nos joueurs nous renvoient l'image de garçons bien éduqués et sérieux, mais je pense qu'il y a de l'indiscipline qu'on ne voit pas. Ce sont des affaires comme celle-ci qui révèlent certains écarts. Et puisqu'on parle de méthode, je pose une question : est-ce que Bentaleb est réellement blessé ? Il a déclaré forfait juste après l'annonce de la liste. Ou est-ce que la façon de travailler du staff ne lui plaît pas ?
Tu poses la question que tout le monde se pose dans les tribunes. Mais tant qu'on n'a rien de concret, on ne peut pas l'accuser. Ce qui est sûr, c'est que si deux cadres, Aït-Nouri et Bentaleb, n'adhèrent pas à la méthode, Hemdani a un vrai chantier humain devant lui, et pas seulement tactique.
Compartiment par compartiment
Venons-en au terrain. Je commence par le milieu, parce que c'est là que tout se joue. Faut-il construire l'équipe autour de Maza ? Pour moi, oui. C'est notre joueur phare, et le mettre dans les meilleures conditions profitera à toute l'équipe. Il faut lui trouver des partenaires complémentaires. Et il faut arrêter avec cette obsession de la sentinelle pure. On a besoin de joueurs polyvalents, capables de défendre et d'attaquer. Dans le football moderne, il n'y a plus de tâches déléguées : tout le monde défend, tout le monde attaque. Moi, je veux voir Aouchiche, Titraoui et Maza ensemble. Titraoui était blessé, mais c'est l'association que je rêve de voir.
Tu as vu l'Espagne samedi ? C'est exactement ça. La star, ce n'est plus un joueur, c'est l'équipe. Une équipe harmonieuse, complémentaire, en mouvement permanent. Et si on fait un zoom sur Pedri, c'est le modèle parfait : toujours disponible, affûté, propre balle au pied, présent partout. Il accompagne les attaques, il revient défendre, il se place dans les intervalles et il prend l'information autour de lui en permanence. C'est ce profil-là qu'il faut autour de Maza.
Devant, maintenant. Pour moi, Benbouali mérite qu'on lui donne sa chance. Il a peu joué, mais au Mondial, c'est lui qui a égalisé contre la Jordanie avant que Gouiri ne nous donne la victoire. Et si on joue avec Gouiri en faux neuf, d'accord, mais alors toute la tactique doit suivre. Si on sait qu'on joue avec Maza et Gouiri, l'équipe doit s'articuler autour d'eux. Depuis Petković, et même avant avec Belmadi, on manque de cohésion et de cohérence. Regardez certaines équipes : elles n'ont pas de grands joueurs, mais elles compensent par l'esprit d'équipe.
Je vais apporter une nuance de vieux connaisseur. Le football, ce n'est pas un système qu'on plaque sur des joueurs. On part de ce qu'on a, de ses forces. Souvenez-vous de Saâdane : il avait trois bons défenseurs centraux, Bougherra, Halliche et un certain Anthar Yahia. Il a construit un 3-5-2 autour d'eux. Il faut que notre équipe s'articule autour de ses forces, pas autour d'une idée.
Et justement, Madjid, nos forces, aujourd'hui, nous poussent vers une défense à trois. On a quatre centraux capables de jouer : Bensebaïni, Abada, Chergui, et Belaïd qui a fait de belles prestations. On en aligne trois. Avec un 3-5-2, on profite des pistons, parce que nos latéraux sont offensifs. Hadjam, Aït-Nouri, et Belghali dans un profil proche : ils seraient libérés de savoir qu'il y a une couverture derrière. Et pour ouvrir une parenthèse, Aït-Nouri peut aussi jouer au milieu ou en attaque. C'est un garçon doué techniquement, rapide, il faut savoir profiter de ses atouts. En tout cas, ça vaut le coup d'essayer.
Et dans les buts ?
C'est le moment de changer. Il faut permettre aux autres d'avoir du temps de jeu, et surtout nous permettre de les voir. Belazzoug, on ne l'a pas encore vu. Ramdane, on le connaît un peu mieux puisqu'il joue en championnat local. Contre le Niger, on peut faire jouer les deux, une mi-temps chacun. Parce que Mastil, jusque-là, n'est pas indiscutable à mes yeux.
Niger : ce qu'on veut voir mardi
Dernier tour de table. Mardi, 18h, à Tizi-Ouzou, c'est un match amical. Qu'attendez-vous de ce match ?
D'abord, attention : le Niger n'est pas une grande nation de football, mais c'est une équipe avec une belle condition physique, qui peut nous poser des problèmes. Il faut gagner. Ce n'est pas un match à prendre à la légère.
Moi, je veux voir de nouvelles associations, les petits nouveaux (Naïr, Belaïd, Bourabaa, Ramdane), des automatismes qui se créent. Avec les absences de Gouiri, Hadj Moussa et Zorgane, Hemdani a l'occasion de tester d'autres choses. C'est l'intérêt d'un amical.
Je veux voir une équipe qui entre bien dans son match. Qu'on règle enfin ce problème d'entame, et qu'à la fin de ce rassemblement, on puisse dire qu'il y a une base sur laquelle travailler.
Le public n'attend pas seulement le résultat, il attend du contenu, parce que jusque-là, l'équipe n'a pas rassuré. On attend une défense solide, des liens entre la défense et le milieu, de l'animation, des dédoublements, notre petit jeu de passes à l'algérienne, une possession qui ne soit pas stérile, du pressing, de la récupération et des buts. On attend des confirmations. Le public algérien est connaisseur, et il en a assez de voir toujours les mêmes. Des joueurs qui ne donnent pas satisfaction, il faut en essayer d'autres. C'est la loi du football. On a trop longtemps reconduit des joueurs qui ne donnaient pas satisfaction : Zerrouki, bon ou mauvais, était toujours aligné, et c'était pareil pour Bentaleb ou Mandi. Ça suffit. Il faut installer une autre dynamique. Le jour où chaque joueur saura que sa place se gagne sur le terrain, et nulle part ailleurs, ces Verts-là redeviendront redoutables.
Le Plateau DZ est l'émission débat écrite par la rédaction de DzChronique.
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