Le Plateau DZ : ce nul au Burundi cache un vrai chantier
Au lendemain du nul arraché à Bujumbura (2-2), les chroniqueurs DzChronique se retrouvent autour de Mohamed Filali. Après une première victoire face à la Zambie, les Verts ont été menés 2-0 après douze minutes par le Burundi, avant de sauver un point grâce à Belloumi et Boulbina. Le plateau est ouvert, et l'inquiétude est palpable.
Le verdict du plateau
Je lance le tour de table sans détour : je suis inquiet. On revient avec un point, on reste en tête du groupe, mais la Zambie et le Togo ne sont qu'à une longueur. Surtout, le contenu m'a fait peur. Menés 2-0 après douze minutes face au Burundi, ce n'est pas un accident de parcours, c'est un signal. Madjid, tu nous avais prévenus au dernier plateau que Bujumbura se gagnerait à la patience…
Et on n'a eu ni la patience ni la rigueur. Mais je vais dire quelque chose qui ne va pas plaire : il faut arrêter de nous surestimer. On se voit encore comme une grande équipe d'Afrique parce qu'on a le maillot, l'histoire, les noms qui jouent en Europe. La réalité du terrain, aujourd'hui, c'est une équipe en reconstruction, qui cherche encore son identité et qui souffre face à un adversaire qu'on aurait battu les yeux fermés il y a quelques années. Tant qu'on ne regarde pas ça en face, on se racontera des histoires.
Je rejoins Madjid sur le constat, pas sur le fatalisme. 70 % de possession, c'est énorme. Mais regardez ce qu'on en a fait : trois tirs cadrés, autant que le Burundi, qui a même tenté plus de tirs que nous. Cette possession, elle était stérile. On a eu le ballon, on n'a jamais eu le match.
Attention quand même avec les chiffres. Les stats ne disent pas tout. Depuis les tribunes, ce que j'ai vu, c'est une équipe tendue, qui avait peur de perdre le ballon, et ça, aucun tableau ne te le montre. On a été rattrapés par nos nerfs avant d'être rattrapés par le Burundi.
Le grand chantier : la sortie de balle
Revenons sur le premier but, parce qu'il résume tout. Bensebaïni donne à Chaïbi alors qu'il est déjà pressé, ce n'est pas la passe idéale. Mais la faute est surtout celle de Chaïbi : un mauvais contrôle, puis une remise vers l'arrière sans regarder, et le ballon finit dans nos filets. Mastil aurait pu mieux anticiper, il a été surpris. Mais à ce niveau, un milieu ne peut pas renvoyer un ballon vers son but sans lever la tête.
C'est ça, le vrai chantier. On a un sérieux problème de confiance et de sortie de balle. Nos défenseurs ne sont pas sereins quand ils ont le ballon dans les pieds, et nos milieux ne sont pas rassurants dans leurs prises de balle. Quand le défenseur n'a pas confiance en son milieu et que le milieu n'a pas envie de recevoir, tu obtiens exactement ce qu'on a vu : des passes de sécurité qui deviennent des passes dangereuses.
On nous a parlé de la pelouse, qui fusait. D'accord, mais le Burundi jouait sur la même. Ce n'est pas une excuse, c'est une donnée qu'on devait intégrer avant le coup d'envoi.
Et le deuxième but, c'est encore une perte de balle, de Bensebaïni cette fois, avec une intervention trop tendre derrière. Quand ton capitaine perd ce genre de ballon, c'est tout le bloc qui doute.
Une défense qui prend l'eau
Je vais me répéter, mais Chergui avait fait un bon match contre la Zambie. Il méritait de garder sa place dans cette défense passoire. Abada a tout donné, il a même sauvé les siens sur une tête à bout portant à la 86e, et je ne l'accable pas. Mais il n'a pas fait un match plein, et le choix de sortir Chergui après une bonne copie, je ne le comprends pas.
Au deuxième plateau, je préférais Touba à Chergui dans l'axe. Je reconnais que Chergui a répondu présent contre la Zambie. Mais le problème n'est pas un nom, c'est un fonctionnement. Trois buts encaissés en deux matchs face à des équipes moyennes, ça ne se règle pas en changeant un joueur.
La confiance, ça se construit d'abord derrière. Une équipe qui doute doit enchaîner des matchs sans encaisser de but. Pas besoin d'en marquer quatre : il faut rentrer au vestiaire avec un zéro dans la colonne « contre ». C'est comme ça qu'un groupe se remet à croire en lui.
Un milieu qui ne rassure pas
Au milieu, Chaïbi et Abdelli ont sombré. Chaïbi, je l'ai déjà dit, manque de volume et d'initiative, et ce but contre son camp n'arrange rien. Abdelli est sorti blessé juste avant la pause. Je dois quand même être honnête avec Zorgane : j'étais sévère avec lui au dernier plateau, et il a fait une bonne entrée, propre à la passe. Ça ne change pas mon avis sur le fond, mais il faut le dire.
Moi, je veux parler d'Aouchiche. Son entrée m'a réveillé. Enfin un milieu vif, disponible, qui demande le ballon et qui se retourne ! Il a montré plus en vingt-cinq minutes que Chaïbi et Abdelli sur leur temps de jeu. C'est ce profil-là qu'il nous faut : des milieux qui veulent le ballon. Titraoui, quand il reviendra de blessure, et Bourabaa sont dans cette catégorie. Il faut se pencher sérieusement sur ces joueurs.
Et il y a Maza, toujours lui. C'est notre métronome, c'est par lui que passe l'action du but de Belloumi. On avait évoqué au dernier plateau le risque d'une dépendance, comme à l'époque de Ziani. Bujumbura l'a confirmé : sans Maza, on n'a plus de lien entre nos lignes. Mais je vais aussi le critiquer. Par moments, il garde trop le ballon, il se montre gourmand. Il y a des séquences où il doit le lâcher plus vite, ou tenter sa chance de loin. Quand tout passe par un seul joueur et que ce joueur temporise, c'est toute l'équipe qui ralentit, et l'adversaire a le temps de se replacer.
L'animation offensive
Devant, Belloumi a été notre meilleur joueur. Son premier but en sélection, une connexion avec Maza qui fonctionne, de la vitesse, de la percussion. Mais collectivement, on n'a pas su transformer notre possession en danger.
J'ai une idée qui va faire débat. Pour exploiter nos forces, il faut oser reconvertir certains joueurs. Belloumi en 8, par exemple. Son entente avec Maza saute aux yeux, ils se trouvent entre les lignes. En le reculant d'un cran, on libère le couloir droit pour Hadj Moussa, et on met nos meilleurs joueurs sur le terrain en même temps.
L'idée est séduisante, mais un 8, ça défend. Il faut repartir en courant quand le ballon est perdu, fermer les angles, gagner des duels. Belloumi est un ailier, son réflexe est de rester haut. Tu risques de gagner en créativité et de perdre en équilibre.
Justement, dans un 3-5-2, il serait couvert par un piston et par la sentinelle. On y reviendra.
Le coaching en question
Ce qui m'a choqué, c'est le placement. Par moments, on aurait dit des joueurs amateurs : les distances entre les lignes n'étaient pas respectées, chacun jouait pour lui, il n'y avait aucun mouvement collectif. C'est inquiétant à ce niveau.
Et c'est là que j'attendais Hemdani. Quand ton équipe est désorganisée, tu dois réagir en plein match : recadrer, replacer, parler à tes joueurs à chaque arrêt de jeu. On ne l'a pas assez vu. Le banc doit peser sur le match, pas seulement le regarder.
Sur les changements, les entrées d'Aouchiche et de Kebbal ont apporté de la vivacité. Mais sortir Boulbina peu après son but, alors qu'il venait de ramener l'équipe à égalité, je ne l'ai pas compris. Amoura a eu quelques situations sans en profiter, et Bakrar a été quasi invisible.
Changer de système ?
Je le dis clairement : il faut changer de tactique pour pallier nos faiblesses défensives et au milieu. Le 3-5-2 me semble la réponse. Une ligne de cinq quand on défend, des lignes rapprochées, moins d'espaces dans notre dos. Et on a les joueurs de couloir pour ça. Aït-Nouri, très porté vers l'avant, serait un piston idéal.
Tu prêches un convaincu. C'est le 3-5-2 que j'avais proposé dans notre analyse tactique avant ce match : Chergui, Bensebaïni et Abada derrière, deux pistons, et Maza entouré au milieu. Je la recommande à ceux qui ne l'ont pas lue, elle est dans la rubrique Analyses.
Souvenez-vous de Belmadi à la CAN 2019. Il avait gommé la possession négative dans notre propre camp. Des ballons longs dans le dos des défenseurs, une bataille acharnée sur les seconds ballons, et le jeu qui se déplaçait dans le camp adverse. On éloignait le danger de notre surface et on devenait dangereux plus haut. Il faut jouer selon nos qualités et nos défauts. Si nos milieux ne savent pas conserver le ballon proprement, le jeu de possession nous met en danger. Nous ne sommes pas l'Espagne.
Regardez la Tunisie. Peu de qualité individuelle, mais ils ont regardé la réalité en face : un bloc regroupé, compact, et ils se sont qualifiés pour le Mondial sans encaisser un seul but en éliminatoires. Une première dans l'histoire. Tu ne marques pas beaucoup, mais tu ne prends rien.
Sauf qu'au Mondial, ce même bloc a explosé : trois défaites, douze buts encaissés. Le repli à outrance a ses limites face au haut niveau.
Et c'est là que je veux recadrer le débat. Le 3-5-2 n'est pas une réponse pour la qualification. Je pense qu'on se qualifiera, parce que nos adversaires dans ce groupe ne sont pas de grandes équipes. Le vrai enjeu est ailleurs : profiter de ces éliminatoires pour construire une équipe, trouver l'animation qui nous convient et faire les ajustements nécessaires. Ces matchs doivent être un laboratoire. Si on attend la phase finale pour chercher notre système, il sera trop tard.
Je signe. Les qualifications, c'est le moment de tester, de se tromper et de corriger. Mais tester avec une ligne directrice, pas au hasard d'un match à l'autre.
Les absents et l'après Aït-Nouri
Question simple : certains absents auraient-ils changé le visage de cette équipe ?
Benbouali, oui, et je le dis avec respect pour Chiakha : par son jeu dos au but, sa présence dans la surface et ses appels, Benbouali apporte plus. Sa blessure pèse lourd. Titraoui aussi, plus technique et surtout plus vif que Chaïbi ou Zorgane, c'est exactement ce qu'il nous manquait dans la conservation.
Et il y a Kendouci, qu'on oublie trop souvent. Il revient d'une grave blessure, il joue en Suisse, et je ne connais pas son état de forme actuel, je reste prudent. Mais son intelligence au milieu, sa lecture du jeu, c'est un profil qui nous manque cruellement.
Et Aït-Nouri ? Sa mise à l'écart était un message fort, et le groupe avait besoin de discipline. Mais sur le terrain, on a perdu un joueur capable de jouer latéral, au milieu et même en attaque. Maza sait combiner avec des joueurs de talent, il l'a montré avec Belloumi et Hadj Moussa. Imaginez-le avec Aït-Nouri.
La sanction était légitime, je ne reviens pas dessus. Mais rendons-nous à l'évidence : dans ces circonstances, avec ces absences, nous ne sommes plus une grosse équipe africaine. C'est dur à dire, mais c'est le constat.
Boulbina, le plateau avait raison
Un mot quand même sur le coup franc de Boulbina, en pleine lucarne. Au dernier plateau, on avait dit que Chaïbi tirait mal les coups de pied arrêtés et que Boulbina devait prendre l'initiative. Il l'a fait, et il a ramené un point. Pour le reste, son match n'a pas été à la hauteur, peu présent dans le repli. Mais cette qualité de finisseur, elle vaut de l'or à ce niveau.
Dans les matchs fermés, le coup de pied arrêté, c'est le juge de paix. À Bujumbura, il nous a sauvé la mise.
Inquiet ou pas ? Le tour de table
Dernière question, et je veux une réponse de chacun : ce nouveau visage des Verts vous inquiète-t-il ?
Oui, et pas seulement pour ce match. Je suis inquiet parce que j'ai l'impression qu'on refuse de voir la réalité. Hemdani a pris des décisions fortes en arrivant, et il ne faut pas s'arrêter là. D'autres doivent venir, dans les choix d'hommes comme dans le système.
Inquiet, oui, mais pas pessimiste. Il y a des bases : Maza, Belloumi, Hadjam, l'entrée d'Aouchiche. Le problème est collectif, et un problème collectif, ça se travaille. À condition d'avoir le courage de changer de système.
Moi, je suis inquiet pour la confiance. Une équipe qui a peur du ballon, ça se voit depuis les tribunes, et le public algérien ne pardonne pas longtemps. Il faut vite un match référence, un vrai, sans but encaissé.
Et soyons francs… je partage l'inquiétude du plateau. Une chose est certaine : ce groupe ne se remettra à croire en lui que le jour où il arrêtera d'encaisser. Le jour où les Verts accepteront de jouer selon ce qu'ils sont, et non selon ce qu'ils ont été, ils redeviendront une équipe qui fait peur.
Le Plateau DZ est l'émission débat écrite par la rédaction de DzChronique.
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