Petkovic, ce naufrage tactique n'est plus pardonnable
Système suicide, charnière inadaptée, milieu défaillant, attaque sans pressing : décryptage sans concession des erreurs majeures du sélectionneur face à l'Argentine.
Il faut nommer les choses. Au-delà des joueurs, au-delà de l'absence de grinta, ce qui frappe dans la débâcle algérienne face à l'Argentine, c'est la qualité même du projet tactique mis en place par Vladimir Petkovic. Système incompatible avec le profil des Verts, charnière centrale fragilisée, milieu défaillant, attaque incapable de presser, animation défensive inexistante. Une accumulation d'erreurs qui interrogent plus que le résultat lui-même. Et soyons francs : voir une sélection préparée pendant des semaines arriver dans cet état au coup d'envoi d'une Coupe du Monde, c'est une faute professionnelle qui mérite qu'on l'analyse à froid.
Ce n'est pas une question de courage des joueurs, même si certains ont visiblement manqué d'engagement. C'est d'abord un problème d'organisation et de choix du sélectionneur. Décryptage point par point d'un naufrage tactique qui n'avait pas lieu d'être.
Le 4-3-3, le système qui nous a coulés
Première erreur, la plus structurante. Aligner un 4-3-3 face à l'Argentine, c'est partir du principe qu'on dispose de qualités techniques et offensives suffisantes pour contester aux champions du monde la possession et la maîtrise du jeu. Or l'Algérie n'a tout simplement pas cette dimension à ce niveau. Affronter Lautaro Martínez, Lionel Messi et leurs partenaires avec une formation aussi ouverte, c'est leur offrir des autoroutes dans les zones intermédiaires. Un bloc plus compact, en 4-5-1 ou en 4-2-3-1 avec un milieu défensif renforcé, aurait permis de fermer les espaces et d'attendre les contres.
La preuve par l'image. Sur le premier but argentin, on a vu les milieux algériens se précipiter ensemble pour récupérer un ballon, laissant des couloirs immenses dans le dos. Une seule passe a suffi pour les éliminer. Messi a évolué libre entre les lignes, sans la moindre forme d'anticipation algérienne. Une chose est certaine : ce schéma n'aurait jamais dû voir le jour face à une Argentine.
La charnière Mandi-Bensebaïni : choix indéfendable
Le deuxième problème majeur concerne le choix de la charnière centrale. Aligner Aïssa Mandi associé à un Ramy Bensebaïni qui revenait à peine de blessure ressemble à un véritable cadeau aux attaquants argentins. Bensebaïni n'avait pas joué un match officiel depuis le 24 avril, soit près de huit semaines avant ce rendez-vous. Il n'était physiquement pas prêt. Mandi, lui, a montré comme face aux Pays-Bas une lourdeur et une lenteur qui ne pardonnent plus à ce niveau.
Les alternatives existaient. Zineddine Belaïd, frais, jeune, en pleine confiance après une seconde mi-temps brillante face à la Bolivie, méritait sa titularisation. Samir Chergui pouvait être basculé en charnière centrale, son intervention autoritaire face à la Bolivie l'avait prouvé. Achref Abada, repositionné en défenseur central face à la Bolivie, avait également livré une partition convaincante avec un sauvetage à la vitesse pure. Trois alternatives sur le banc. Aucune utilisée d'entrée. Le jour où un sélectionneur préfère l'expérience usée à la fraîcheur prête, son projet vacille.
Le milieu Bentaleb-Boudaoui : deux choix discutables réunis
Au milieu de terrain, la décision interpelle tout autant. Nabil Bentaleb a été décevant face à l'Argentine, comme il l'avait été face à la Bolivie. Et comme il l'avait été en club ces derniers mois. La cohérence pousse à se demander pourquoi le natif de Lille était titulaire ce mardi soir. Son association avec Hicham Boudaoui, lui-même revenu d'un protocole commotion, donnait au mieux un milieu en sous-régime, au pire un milieu fantôme.
Il y avait des options. Ibrahim Maza était en pleine montée en puissance après ses bonnes entrées contre les Pays-Bas et la Bolivie. Farès Chaïbi avait livré une partition appliquée et tactiquement disciplinée. Même Ramiz Zerrouki, malgré ses limites, avait montré qu'il pouvait apporter dans certains contextes. Vladimir Petkovic a préféré les noms aux profils du moment. Le résultat se lit dans le décompte final.
Gouiri sans pressing : une faute professionnelle
Devant, le choix d'Amine Gouiri comme pointe est défendable sur le papier. Sa qualité technique et sa mobilité sont reconnues. Mais à ce niveau et face à cet adversaire, il aurait fallu un attaquant pressing capable de mettre une pression constante sur les relances de Cristian Romero, Nicolás Otamendi et leurs partenaires défenseurs. Nadhir Benbouali avait montré face aux Pays-Bas et à la Bolivie qu'il était précisément ce type de profil, très volontaire dans l'effort et dans le pressing. Gouiri, lui, a laissé les Argentins relancer comme à l'entraînement.
C'est une faute professionnelle majeure que d'offrir l'initiative à des joueurs comme Romero et Otamendi. À cause de cette absence de pressing initial, tout le bloc algérien s'est retrouvé en mode défensif pur, à courir derrière le ballon pendant 90 minutes. Le jour où une équipe ne presse pas, elle subit. C'est la base du football moderne.
Un Benbot pas au niveau, et un staff médical défaillant
Il faut aussi parler du gardien. Oussama Benbot n'est pas un grand gardien, il faut le dire honnêtement. Sa prestation face à l'Argentine l'a confirmé. Sur les trois buts encaissés, sa lecture du jeu n'a pas été à la hauteur. Vladimir Petkovic a choisi de continuer avec Benbot en l'absence de Luca Zidane sur le banc remplaçant, sans que les raisons de ce choix soient claires. À ce niveau et dans une Coupe du Monde, on ne peut pas se permettre un gardien limité.
À tout cela s'ajoute la question médicale. Aligner Bensebaïni et Boudaoui à peine remis de leurs blessures alors que les deux n'avaient quasiment pas joué les amicaux, c'est un pari osé qui s'est retourné contre les Verts. Le staff médical et le sélectionneur portent une responsabilité partagée sur ces choix.
Une équipe sans bloc, des choix très contestables
Le constat global est sévère. On n'a pas vu d'équipe bloc face à l'Argentine. Quelques joueurs ont tenté individuellement de sauver l'honneur, comme Farès Chaïbi, Ibrahim Maza et Rafik Belghali à leur entrée. Mais face à une équipe championne du monde, avec deux à trois éléments totalement out, l'exercice était voué à l'échec. Les choix de l'entraîneur sont très contestables sur tous les compartiments du jeu.
Ce n'est pas la défaite face à l'Argentine qui pose problème. C'est la manière dont Vladimir Petkovic a abordé cette rencontre, alors qu'il avait des alternatives sur son banc et des semaines pour les évaluer. Une équipe nationale ne peut pas se présenter dans cet état de désorganisation à son entrée au Mondial.
Et maintenant ?
Il reste cinq jours avant la Jordanie. Cinq jours pour tirer les leçons du naufrage, pour revoir le système, pour aligner les bons joueurs. Vladimir Petkovic doit prouver qu'il peut corriger ses propres erreurs, ou laisser la place à quelqu'un capable de le faire. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, le verdict est sans appel : ce naufrage tactique n'est plus pardonnable. Le sélectionneur a désormais 96 heures pour retrouver ses idées, ou les Verts iront au-devant d'une nouvelle catastrophe samedi à Santa Clara. Le temps des excuses est terminé.
*Source : DzChronique — analyse tactique*
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