Les guerriers du désert sont devenus des touristes à Kansas City
Sans envie, sans grinta, sans qualité technique : l'Algérie a livré l'une des copies les plus déshonorantes de son histoire récente face à Messi et l'Argentine.
Il fut un temps où l'Algérie portait le surnom magnifique de guerriers du désert. Un temps où le maillot vert vibrait sur le terrain comme un étendard. Un temps où chaque ballon disputé devenait une bataille de fierté. Ce temps-là semble loin, très loin, à voir ce que les Verts ont livré cette nuit à l'Arrowhead Stadium de Kansas City. Battus 3-0 par l'Argentine, ils n'ont pas seulement perdu un match. Ils ont perdu leur identité. Cette nuit, ce ne sont pas les guerriers du désert qui ont joué. Ce sont des touristes du désert. Et soyons francs : ce qui s'est passé à Kansas City mérite qu'on appelle un chat un chat.
Lionel Messi a inscrit un triplé aux 17e, 60e et 76e minutes, avec une facilité qui interroge. Mais le numéro 10 argentin n'est pas le seul responsable de ce naufrage. Les Algériens portent leur part, et elle est immense. Tour de table sans concession des responsabilités individuelles.
Mandi, la pierre tombale de la défense
Commençons par la défense, et particulièrement par Aïssa Mandi. Le défenseur central a livré ce qui restera sans doute comme l'un des pires matchs de sa carrière internationale. D'une lenteur exaspérante dans ses déplacements, d'une lourdeur stupéfiante dans ses interventions, le natif de Reims a été dépassé en permanence par la vitesse argentine. Sa relance ? Inexistante. Chaque ballon récupéré finissait soit dans le pied d'un adversaire, soit dans une transmission latérale qui ne servait à rien. À ce niveau, le pilier défensif n'avait plus le profil de l'emploi. Et le sélectionneur n'a rien fait pour y remédier.
Le milieu de terrain : la paire fantôme Bentaleb-Boudaoui
Au milieu, la paire formée par Nabil Bentaleb et Hicham Boudaoui a été tout simplement inexistante. Aucun apport offensif. Aucune contribution défensive. Aucune lecture du jeu pour orienter les transitions. Aucun replacement intelligent. Aucune grinta dans les duels. Le néant absolu. À deux contre les architectes argentins comme Mac Allister et Enzo Fernández, les deux Algériens ont été incapables d'exister. Bentaleb, censé apporter la sérénité et la qualité technique, a été dépassé à toutes les phases du jeu. Boudaoui, censé apporter du volume et de la combativité, n'a livré ni l'un ni l'autre. Une chose est certaine : on ne tient pas un Mondial avec un milieu fantôme.
Gouiri, ou l'incapacité à presser le porteur
Devant, le constat n'est guère plus reluisant. Amine Gouiri, censé peser sur la défense centrale argentine et perturber la relance, a livré une partition désespérante. À chaque sortie de balle adverse, l'attaquant de l'OM laissait les défenseurs argentins construire tranquillement, sans le moindre pressing intelligent. Quand un avant-centre laisse Otamendi et Romero relancer comme à l'entraînement, il n'y a plus de match. Gouiri a couru, oui, mais dans le vide. Sans déclenchement collectif, sans orientation, sans efficacité. Le rôle d'attaquant moderne ne se réduit pas à frapper au but. Il commence par étouffer la relance adverse. Cette nuit, Gouiri ne l'a jamais fait.
Benbot, le gardien dépassé
Dans les buts, Oussama Benbot a confirmé ce que beaucoup redoutaient. Le gardien algérien a manqué de réflexes décisifs sur deux des trois buts argentins. Il n'a pas été sur le coup quand il aurait fallu l'être. Et au-delà des actions précises, c'est son niveau technique global qui interroge. Sortie aérienne timorée, jeu au pied imprécis, communication défensive inexistante avec sa charnière. Benbot ne semble pas posséder le niveau intrinsèque exigé par une Coupe du Monde face à des nations comme l'Argentine. Sans Luca Zidane sur le banc en réserve, ce poste devient un point faible majeur du dispositif algérien.
Une équipe sans envie, sans grinta, sans honneur
Le plus dur à digérer, ce n'est pas la défaite. C'est l'absence totale de combat. L'Algérie n'a pas livré un match de guerriers. Pas un seul tacle franc, pas un seul contre-pressing collectif, pas une seule action de rage qui aurait pu allumer une mèche. Les joueurs ont traversé la rencontre comme si l'enjeu n'existait pas. Comme si ce n'était pas leur première sortie en Coupe du Monde depuis douze ans. Comme si la diaspora algérienne mobilisée à Kansas City et derrière les écrans dans le monde entier n'existait pas. Le jour où porter le maillot vert n'inspire plus la grinta, c'est tout le projet qui est à revoir.
Vladimir Petkovic dira sans doute, dans les prochaines heures, que c'est l'Argentine et que tout reste possible. Mais ce discours ne tiendra plus longtemps. Les Verts vont devoir maintenant gagner face à la Jordanie et tenir face à l'Autriche pour espérer une qualification. Au regard de ce qu'on a vu cette nuit, le doute est immense.
Et maintenant ?
La diaspora algérienne attend des actes. Pas des excuses, pas des discours, pas des promesses molles. Des actes. Une équipe qui se réveille. Un onze qui change. Une attitude qui ressemble à celle d'une équipe qualifiée pour la Coupe du Monde. Si ces actes n'arrivent pas, alors la question du maintien de Vladimir Petkovic à la tête de la sélection se posera frontalement. Les guerriers du désert reviendront-ils samedi face à la Jordanie ? Ou les touristes auront-ils encore réservé leur transat ? Le peuple algérien jugera.
*Source : DzChronique — analyse*
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