L'adjoint de Petkovic filmé en supporter de la Suisse
Aperçu dans une fan zone helvétique pendant le Mondial, Davide Morandi a déclenché une procédure disciplinaire et payé sa légèreté de sa place dans le staff. Récit d'un fiasco.
Il y a des images qu'un staff en crise ne peut pas se permettre. Dans la nuit du quart de finale entre la Suisse et l'Argentine, Davide Morandi, adjoint de Vladimir Petkovic, a été filmé dans une fan zone réservée aux supporters helvétiques, pleinement impliqué dans le soutien à la Nati, jusqu'à répondre aux questions de la RSI, la télévision publique de Suisse italienne. La vidéo, massivement relayée, a mis le feu aux réseaux algériens. Trois semaines après l'élimination des Verts face à cette même Suisse, la séquence est devenue une affaire d'État footballistique, avec des conséquences bien réelles.
Ce qu'on peut lui reprocher, et ce qu'on ne peut pas
Soyons honnêtes sur la ligne de partage. Morandi est suisse, n'a jamais caché son attachement à sa sélection natale, et aucun contrat n'interdit d'aimer son pays. Prises isolément, ces images ne constituent pas une faute professionnelle, et le procès en trahison instruit sur les réseaux relève de l'émotion plus que du droit. Mais le contexte change tout : un adjoint rémunéré environ 40 000 euros mensuels par une fédération en crise, qui n'était pas rentré en Algérie depuis l'élimination, s'affichant en fête aux côtés des supporters du bourreau des Verts, pendant que le pays disséquait son naufrage. Et soyons francs : on peut aimer la Nati en silence quand on émarge à Dely Ibrahim.
La faute juridique est ailleurs
Car le dossier disciplinaire ouvert par la FAF, révélé par Fennec Football, ne porte pas sur les sentiments mais sur le contrat : en prenant la parole dans les médias au sujet de la sélection suisse sans autorisation préalable de la Fédération, Morandi a commis une violation contractuelle caractérisée, son engagement lui interdisant toute intervention médiatique non validée. C'est cette interview à la RSI, plus que les chants dans la fan zone, qui a armé juridiquement l'institution. La sanction est tombée avec le verdict de la commission technique : Morandi est écarté du staff, en même temps que Nabil Neghiz, dont le contrat arrivé à expiration n'a pas été reconduit. Une chose est certaine : quand on cherche une porte de sortie à moindre coût, une faute contractuelle de l'autre camp est un cadeau du ciel.
Le symptôme d'un staff hors-sol
Au-delà du cas individuel, cette affaire cristallise un grief ancien : celui d'un encadrement accusé depuis son arrivée de manquer de proximité avec la culture du football algérien. Les révélations de l'été sur l'encadrement défaillant du Mondial avaient préparé le terrain ; la fan zone a fourni l'image qui résume tout. Un staff qui vit à distance de son public, physiquement et émotionnellement, finit toujours par le payer au premier orage. La recomposition en cours, avec l'arrivée d'Antar Yahia comme premier assistant aux côtés d'un Petkovic attendu début août, ressemble à la correction de cette anomalie fondatrice : remettre du sang algérien et de la légitimité populaire au cœur du banc.
Une page qui se tourne, une leçon à retenir
L'affaire Morandi restera comme la parabole de ce cycle : un Mondial perdu contre la Suisse, un adjoint suisse perdu par la Suisse. Le jour où le staff des Verts comptera des hommes pour qui le maillot algérien est une cause et non une mission, ces polémiques n'existeront plus. La reconstruction annoncée en prend le chemin. Il était temps.
*Sources : Afrik-Foot, Foot Mercato, Fennec Football*
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