Akliouche, le fantôme du Mondial
Une seule entrée à la 83e minute face à l'Irak : le Monégasque a traversé la Coupe du monde en spectateur. Retour sur l'énigme d'un talent qu'on a laissé sur le banc.
Il était l'une des attractions annoncées de la liste, il en restera l'énigme. Maghnes Akliouche a traversé la Coupe du monde 2026 comme une silhouette : une seule apparition, à la 83e minute du match face à l'Irak, quelques ballons à peine effleurés, puis plus rien. Sept minutes pour un Mondial. Pendant que l'Algérie coulait tactiquement et cherchait désespérément de la créativité, l'un de ses joueurs les plus techniques regardait depuis le banc. Ce paradoxe-là mérite mieux qu'un haussement d'épaules.
Un talent que personne ne conteste
Rappelons de qui l'on parle. Formé à Monaco, où il s'est imposé comme l'un des dribbleurs les plus fins de Ligue 1, Akliouche a longtemps été l'objet d'une bataille entre la France, qui l'a convoqué chez ses Espoirs, et l'Algérie, qui a fini par gagner son cœur. Sa palette parle pour lui : conduite de balle soyeuse, capacité à jouer entre les lignes, dernière passe. Exactement le profil qui manquait cruellement aux Verts dans les matchs fermés du Mondial, où l'équipe a peiné à créer le moindre décalage face aux blocs regroupés. Et soyons francs : on n'emmène pas un joueur pareil en Amérique pour lui faire visiter les stades.
Les hypothèses d'une mise à l'écart
Comment expliquer ce statut de spectateur ? Les pistes ne manquent pas, aucune ne satisfait pleinement. La concurrence d'abord : sur les postes créatifs, Maza, Chaïbi et Hadj Moussa ont capté les minutes, dans une hiérarchie que Petkovic n'a jamais bousculée. L'intégration ensuite : arrivé tardivement dans le groupe international, le Monégasque n'avait peut-être pas encore la confiance totale du staff. Le système enfin : la valse tactique du sélectionneur a souvent sacrifié les profils de fantaisie au profit de coureurs. Mais aucune de ces explications ne tient face au score du naufrage : dans une équipe éliminée avec dix buts encaissés et une créativité famélique, ne pas même essayer un joueur de ce calibre restera incompréhensible. Une chose est certaine : on ne saura jamais ce qu'Akliouche aurait changé, et c'est exactement le problème.
Le précédent qui doit alerter la FAF
Ce dossier dépasse le cas individuel, car il touche au nerf de la stratégie algérienne : la séduction des binationaux. Chaque jeune talent de la diaspora qui hésite entre deux maillots observe comment l'Algérie traite ses recrues. Un joueur courtisé pendant des mois puis abandonné sur un banc de Mondial, c'est le pire argument de vente possible face aux fédérations concurrentes. La France, l'Allemagne et la Belgique n'ont pas besoin de ce cadeau. Le successeur de cette séquence, quel qu'il soit sur le banc, devra réparer ce signal au plus vite.
Septembre comme réparation
La bonne nouvelle, c'est que tout reste à écrire. À 24 ans, Akliouche entame une saison charnière à Monaco, avec la Ligue des champions en vitrine, et les éliminatoires de la CAN 2027 offriront dès septembre un terrain de rattrapage idéal face à la Zambie, le Burundi et le Togo. Le nouveau cycle a besoin de ses créateurs, tous ses créateurs. Le jour où Akliouche enchaînera deux titularisations en Verts, ce Mondial fantôme deviendra une anecdote. D'ici là, il reste une question ouverte au dossier de l'été : combien de talents l'Algérie peut-elle se permettre de gâcher ?
*Source : Fennec Football*
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