Slimani et Lacen taclent Petkovic : la fronde des anciens
Sur beIN Sports et Winamax, deux légendes des Verts ont sévèrement critiqué le projet de jeu du sélectionneur, dénonçant l'absence d'identité tactique après deux ans de mandat.
Quand les anciens parlent, l'Algérie écoute. Et ce mardi 23 juin, au lendemain de la victoire arrachée 2-1 face à la Jordanie, deux figures emblématiques des Verts ont décidé de sortir du silence. Islam Slimani sur beIN Sports, Mehdi Lacen sur Winamax. Tous les deux ont tenu des propos extrêmement sévères à l'encontre de Vladimir Petkovic et de son projet de jeu. Pour le meilleur buteur de l'histoire de la sélection algérienne et pour l'ancien milieu de Getafe, le constat est sans appel. Le sélectionneur bosnien n'a pas réussi, après près de deux ans à la tête des Fennecs, à imprimer la moindre identité de jeu reconnaissable à son équipe. Et soyons francs : quand des hommes qui ont porté le maillot vert au plus haut niveau s'expriment publiquement avec autant de fermeté, ce n'est plus une polémique parmi d'autres. C'est un signal d'alarme institutionnel.
Décryptage d'une fronde des anciens qui prend une ampleur inédite et qui dépasse largement le simple débat tactique.
Slimani : « Aucune identité de jeu » en deux ans
C'est par sa voix que la critique a frappé le plus fort. Présent sur le plateau d'analyse de beIN Sports pour le match Jordanie-Algérie, Islam Slimani n'a pas mâché ses mots. « Cela fait deux ans qu'il est là, mais on ne voit aucune identité de jeu claire. On commence toujours de mauvaise manière pour ensuite revenir en seconde période. Mais un match commence dès la première minute. » L'ancien attaquant emblématique des Verts a directement pointé la récurrence des premières mi-temps catastrophiques de la sélection, qu'elle ait affronté l'Argentine ou la Jordanie.
Le constat va plus loin. Slimani a tenu à préciser que sa critique ne visait pas les joueurs, mais bien le projet tactique du sélectionneur. « L'Algérie possède un vivier de talents capables de proposer un jeu bien supérieur à ce que nous voyons actuellement », a-t-il affirmé. Une chose est certaine : à ce niveau d'expérience et avec son palmarès, Islam Slimani sait précisément ce qu'il dit. En conclusion de son intervention, il a livré une analyse encore plus tranchante. « Une équipe qui vient en Coupe du Monde devrait déjà avoir une façon de jouer, et en Algérie, on ne voit pas ça. »
Le plaidoyer de Slimani pour Mahrez « Messi de l'Algérie »
L'autre point fort de l'intervention de Slimani concerne le traitement réservé à Riyad Mahrez. Le meilleur buteur de l'histoire de la sélection a pris la défense de son ancien partenaire avec une conviction totale. Selon lui, le capitaine des Verts est systématiquement sous-exploité dans le dispositif de Vladimir Petkovic. La comparaison qu'il choisit est éclairante. Slimani réclame pour Mahrez le même traitement que celui réservé à Lionel Messi au sein de la sélection argentine. Une liberté totale dans le secteur offensif, sans lui imposer des tâches défensives qui épuisent inutilement ses ressources physiques à 35 ans.
En qualifiant Mahrez de « Messi de l'Algérie », Slimani ne cherche pas seulement à flatter son ancien partenaire. Il pointe une réalité tactique difficile à contester. Le natif de Sarcelles est le joueur algérien le plus capable de créer des solutions en attaque dans ce groupe. Le brider dans un rôle défensif revient à se priver de la principale arme offensive de l'équipe. Le jour où un sélectionneur algérien comprendra enfin qu'il faut adapter son système aux qualités de son capitaine plutôt que l'inverse, les Verts retrouveront probablement une partie de leur tranchant offensif.
Lacen et le « coach défaillant »
L'autre voix forte de cette journée est celle de Mehdi Lacen. L'ancien milieu de terrain de Getafe et du Racing Santander, présent lors des Coupes du Monde 2010 et 2014, intervenait sur le plateau de Winamax pour débriefer la victoire face à la Jordanie. Et son verdict est cinglant. « Un coach défaillant », a-t-il directement asséné à propos de Vladimir Petkovic. Au-delà du soulagement des trois points, Lacen regrette la perte de l'âme collective qu'avait la sélection à son époque. « On a perdu un peu cet esprit-là, je le ressens un petit peu comme ça. »
L'ex-international a aussi avoué son désarroi face au contenu proposé par les Verts à Santa Clara. « J'ai l'impression qu'on attend beaucoup aussi de cette équipe nationale. Je ne sais pas. Pour moi le match m'a laissé un peu dans un état d'esprit où je ne sais même pas quoi réellement penser. » Cette confusion exprimée par un ancien international qui connaît parfaitement les exigences d'une Coupe du Monde dit beaucoup sur la qualité réelle du contenu proposé par les Fennecs depuis le début du tournoi. Une chose est sûre : quand un homme du calibre de Lacen ne sait plus quoi penser de sa propre sélection, c'est qu'il y a un vrai problème de fond.
Les choix tactiques face à la Jordanie : un cas d'école
Les deux critiques convergent vers un même constat. Vladimir Petkovic ne parvient pas à transmettre un plan de jeu cohérent à son groupe. Face à la Jordanie, les exemples sont nombreux. La titularisation de Ramiz Zerrouki, fautif sur l'ouverture du score adverse. Le maintien d'Amine Gouiri en pointe alors que la Jordanie présentait des fragilités sur le jeu aérien. Les changements brouillons en seconde période, avec deux milieux sortis pour un seul remplaçant. La sortie tardive de Boudaoui au profit de Benbouali, qui aurait pu intervenir bien plus tôt pour exploiter le jeu de tête.
Le site AfricaFootUnited a même parlé d'une « confusion tactique » qui « a encore sauté aux yeux » lors de cette rencontre. Pour beaucoup d'observateurs, le retour algérien doit beaucoup plus à la grinta individuelle des joueurs qu'à un quelconque coaching inspiré. Voilà précisément ce que pointent Slimani et Lacen. Quand une victoire est obtenue malgré l'entraîneur plutôt que grâce à lui, ce n'est jamais un bon signal.
Et maintenant ?
Le rendez-vous décisif face à l'Autriche se profile dimanche 28 juin à Kansas City. Vladimir Petkovic dispose de cinq jours pour répondre concrètement aux critiques qui s'accumulent. Les anciens des Verts viennent de poser une question essentielle. Le sélectionneur peut-il enfin proposer un projet de jeu cohérent, en première mi-temps comme en seconde ? Peut-il libérer Mahrez de ses tâches défensives ? Peut-il assumer des choix tactiques clairs et lisibles plutôt que d'enchaîner les expérimentations ? Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, les voix de Slimani et de Lacen pèsent infiniment plus que les communiqués officiels. Le test de l'Autriche dira si Petkovic a su entendre cette fronde des anciens. Ou s'il s'enfoncera dans le déni jusqu'à la sortie inévitable.
*Source : La Gazette du Fennec, Algerie360, AfricaFootUnited, beIN Sports, Winamax*
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