Boulbina sur Messi : « Il fait mine de se gratter la tête mais... »
Croisé à Lawrence avec son complice Titraoui, l'attaquant des Verts livre une observation tactique fine sur la fausse nonchalance de Lionel Messi en match.
Il y a des observations qui valent toutes les analyses tactiques d'experts. Au lendemain de la déroute 3-0 face à l'Argentine, Adil Boulbina a livré aux envoyés spéciaux de Compétition une description fine et précieuse de Lionel Messi vu de l'intérieur. Une description qui révèle peut-être pourquoi le numéro 10 argentin reste, à 38 ans, l'un des joueurs les plus redoutables de la planète. Et soyons francs : ce que dit Boulbina, c'est exactement ce qu'aucun ralenti télévisé ne montre.
Le contexte de la rencontre était particulier. Vladimir Petkovic, conscient du choc subi par son groupe, avait accordé quartier libre mercredi à ses joueurs. Riyad Mahrez et la majorité des internationaux algériens ont profité de cette journée pour rejoindre Kansas City, théâtre du naufrage. Adil Boulbina et son complice Yacine Titraoui, eux, ont préféré faire le chemin inverse en regagnant Lawrence, à une soixantaine de kilomètres, pour se refaire une santé mentale loin de l'agitation. C'est dans les rues de cette cité universitaire que les journalistes algériens les ont croisés par hasard.
Une escapade entre amis du Paradou AC
Les deux hommes ont une histoire commune. Adil Boulbina évolue désormais à Al-Duhail SC au Qatar. Yacine Titraoui défend les couleurs du Royal Charleroi SC en Belgique. Mais avant ces destins séparés, les deux Algériens ont partagé le vestiaire du Paradou AC, école formatrice de plusieurs talents de la sélection actuelle. Cette complicité ne s'est jamais éteinte. Lors du rassemblement américain, les deux compères se sont retrouvés avec joie. Et ce mercredi-là, leur escapade à Lawrence n'avait rien d'un hasard. Une chose est certaine : derrière les maillots et les pressions médiatiques, il y a aussi des hommes qui ont besoin de souffler.
L'article de Compétition décrit la scène avec affection. Au début, les journalistes ont cru avoir affaire à de simples supporters algériens. Puis la tenue verte officielle, puis les visages, ont fini de les convaincre. Boulbina et Titraoui se sont prêtés à l'échange avec amabilité, attendant un ami algérien établi à Lawrence. L'effet recherché par le sélectionneur, à savoir oxygéner mentalement le groupe, avait visiblement opéré. Les deux joueurs avaient bonne mine, et semblaient moins affectés par le traumatisme de la veille.
La leçon Messi vue par Boulbina
Entré à la 81e minute à la place d'Ibrahim Maza face à l'Albiceleste, Adil Boulbina a eu le privilège rare de croiser Lionel Messi sur la pelouse. L'occasion de l'observer de près. La question des journalistes était inévitable. Et la réponse a fait mouche. "Messi ? Sur le terrain, il donne l'impression de marcher, de ne se soucier de rien. On le voit même parfois faire mine de se gratter la tête, l'air de rien, ou encore de se frotter le visage. En vérité, pendant ce temps, il observe le jeu, réfléchit, scanne les espaces libres et repère plusieurs zones susceptibles d'être exploitées avant de réclamer le ballon et de passer à l'action."
La description est limpide. Boulbina poursuit son analyse en soulignant le déplacement traître du génie argentin. "On le voit sur la droite puis, tout d'un coup, il bascule dans l'axe, près de la surface. Il est vraiment très malin." Sans dire un mot, le réservé Titraoui acquiesçait avec un sourire complice. Le jour où un joueur algérien décrit Messi avec cette précision, c'est qu'il a su le regarder vraiment.
Une humilité qui force le respect
Il y a quelque chose de beau dans cette confession. Boulbina ne cherche pas à minimiser le génie argentin pour atténuer la défaite. Il décrit avec respect ce qu'il a vu de ses propres yeux, en assumant l'admiration que tout footballeur peut éprouver face à un joueur de cette dimension. Cette humilité tranche avec les discours convenus de certains après-match. Elle révèle un attaquant lucide, capable d'apprendre même dans la défaite.
La réflexion de Boulbina interroge aussi sur les attentes envers les Verts pour les prochains matchs. Si Messi a marqué trois fois en marchant et en scrutant le jeu, c'est que l'Algérie n'a pas su le forcer à courir, à se montrer, à se trahir. La vraie leçon tactique de cette défaite est peut-être là. Face aux génies, il faut imposer le rythme avant qu'ils n'imposent le leur. Une chose est certaine : à 38 ans, Messi continue d'écrire les pages dorées du football mondial. Et ceux qui le subissent en silence apprennent au moins ce qu'est l'art véritable.
Et maintenant ?
Les Verts retrouveront la pelouse mardi 23 juin face à la Jordanie au Levi's Stadium de Santa Clara. Adil Boulbina et Yacine Titraoui auront-ils leur chance face à des défenseurs de bien moindre calibre ? La question reste posée. Mais derrière la copie tactique à rendre samedi, il y aura aussi les enseignements humains de ce rassemblement américain. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, ces récits comptent autant que les analyses. Ils rappellent que derrière les maillots, il y a des hommes qui doutent, qui s'émerveillent, qui rebondissent. Et qui, parfois, racontent Messi mieux qu'on ne saurait l'écrire.
*Source : Compétition*
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