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Petkovic d'après-match : le sélectionneur qui ne regrette rien

Pas de remise en cause, défense d'un onze pourtant naufragé, sous-entendus sur Messi : décryptage d'une conférence de presse qui interroge plus qu'elle ne rassure.

Mohamed Filali· Rédacteur en chef··8 min·👁 766872 vues
Petkovic d'après-match : le sélectionneur qui ne regrette rien

C'était la conférence de presse de tous les dangers. Quelques minutes après le naufrage 3-0 face à l'Argentine, Vladimir Petkovic s'est plié à l'exercice traditionnel d'après-match. Et ce que le sélectionneur algérien a déclaré ne va sans doute pas calmer la colère des supporters. Pas de remise en cause des choix tactiques. Pas de mots durs envers la prestation collective. Pas d'autocritique. Mais des sous-entendus sur la semelle de Messi sur Mandi, et un curieux refus de cibler les fautifs sur les buts encaissés. Et soyons francs : ce qui ressort de cette conférence, c'est l'image d'un sélectionneur qui ne comprend pas ou ne veut pas comprendre l'ampleur du désastre.

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Lucide et professionnelle, il protège son groupe à juste titre
Inquiétante : aucun signal de remise en question malgré le naufrage
Hypocrite : éloges à Messi quand il aurait dû marquer cibler la FIFA
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Voici le décryptage point par point d'une prise de parole qui interroge profondément.

"Je ne regrette pas mes choix" : la phrase qui choque

C'est la déclaration qui restera. Interrogé sur ses décisions tactiques et sur le onze de départ aligné face à l'Argentine, Vladimir Petkovic n'a pas cherché à se remettre en question. "Je ne regrette pas mes choix ni mon onze entrant. Je pense avoir fait une bonne sélection. J'ai procédé à cinq remplacements, mais l'adversaire était tout simplement plus fort que nous ce soir", a-t-il déclaré devant les journalistes.

Venant après une rencontre où l'Algérie n'a cadré aucun tir, où la charnière Mandi-Bensebaïni a été dépassée, où le milieu Bentaleb-Boudaoui n'a jamais existé, où Gouiri n'a pas mis le moindre pressing, cette déclaration laisse perplexe. Une chose est certaine : quand un sélectionneur ne voit pas les erreurs qu'il a commises, il est très difficile de croire qu'il pourra les corriger dans les quatre jours qui le séparent du match face à la Jordanie.

Le bouclier autour de Luca Zidane

L'un des moments forts de la conférence concerne le gardien algérien. Luca Zidane, fautif sur au moins deux des trois buts argentins selon plusieurs observateurs, a été défendu publiquement par son sélectionneur. "Ce n'est pas mon style de rejeter la faute sur un joueur ou un autre, mais je pense que nous avons commis un peu trop d'erreurs en permettant aux joueurs argentins d'avoir des positions de tir complètement libres face au but", a expliqué Petkovic.

Le choix peut se comprendre humainement, surtout pour un gardien de seulement vingt-huit ans qui vivait sa première Coupe du Monde sous les yeux de son père Zinedine Zidane et de toute sa famille dans les tribunes. Mais sur le fond, il y a une question qui demeure : qui dit non, à ce niveau d'enjeu, quand un gardien rate ses sorties ? Le silence du sélectionneur sur les responsabilités individuelles peut être interprété comme de la dignité, ou comme de la complaisance. Au peuple algérien de trancher.

La semelle de Messi sur Mandi : le sous-entendu glissé

L'un des moments les plus intéressants de la conférence concerne la fameuse semelle involontaire ou non de Lionel Messi sur Aïssa Mandi en première période. Un geste qui aurait pu valoir au numéro 10 argentin un carton rouge et qui aurait totalement changé la physionomie du match. Interrogé sur cette action, Vladimir Petkovic a préféré le sous-entendu à la diplomatie pure.

"Tout le monde l'a vu, y compris moi. Après le match, j'ai revu les images, mais je ne veux pas trop en parler", a-t-il glissé. La phrase est lourde de sens. Sans accuser explicitement la FIFA d'un traitement de faveur envers le futur recordman des buts en Coupes du Monde, Petkovic ouvre clairement la porte aux interprétations. Le jour où la grande star est protégée par les arbitres, on retombe dans les vieilles habitudes que le football mondial pensait avoir laissées derrière lui.

Les éloges à Messi : trop appuyés ?

Le sélectionneur algérien a longuement insisté sur le génie de Lionel Messi, au point que certains observateurs ont jugé ses propos excessifs venant de quelqu'un qui venait d'être battu 3-0 à cause précisément du numéro 10 argentin. "Messi est un joueur extraordinaire, nous ne parlons pas d'un joueur ordinaire, mais d'un footballeur qui a remporté sept ou huit Ballons d'Or. Quand il est serein mentalement dans les moments difficiles, il devient un joueur incroyable. Il rend les choses faciles et réalise ce qui semble impossible."

Les éloges sont sincères et personne ne contestera le génie du capitaine argentin. Mais venant d'un coach qui aurait dû expliquer pourquoi son équipe a laissé Messi totalement libre entre les lignes pendant 90 minutes, sans le moindre marquage spécifique, la déclaration interroge. Le rôle d'un sélectionneur, ce n'est pas d'admirer son adversaire. C'est de le contrer.

Le mantra du "on a notre destin entre nos mains"

Petkovic a voulu rassurer en évoquant les deux matchs restants face à la Jordanie et à l'Autriche. "Ce match n'est pas le plus important. Il nous reste encore deux matchs à jouer. Les deux autres sélections doivent encore affronter l'Argentine. Donc, nous avons toujours notre destin entre nos mains", a-t-il rappelé. Le message se veut mobilisateur. Le problème, c'est qu'il sonne creux après une telle prestation. Comment redonner confiance à un groupe naufragé sans reconnaître au préalable l'ampleur du naufrage ?

Vladimir Petkovic a aussi évoqué la nécessité de "faire circuler le ballon un peu plus rapidement" et de "trouver un peu plus d'équilibre". Des intentions louables, mais qui n'expliquent ni le choix du système 4-3-3, ni la titularisation de joueurs visiblement pas au niveau. Le silence sur les choix précis reste assourdissant.

Et maintenant ?

Cette conférence de presse aura confirmé une chose : Vladimir Petkovic ne semble pas pleinement mesurer la gravité de ce qui vient de se passer. Plutôt que d'affronter les questions tactiques, il a multiplié les esquives. Plutôt que de reconnaître ses erreurs, il les a défendues. Plutôt que d'attaquer la FIFA sur le traitement de Messi, il a glissé un sous-entendu. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, ces réponses ne sauveront pas le Mondial. Seul un changement de cap radical, dans les quatre jours qui restent avant la Jordanie, pourra le faire. Si Petkovic ne change rien, l'Algérie sortira par la petite porte. Et la responsabilité du sélectionneur sera totale.

*Source : La Gazette du Fennec, TSA Algérie, Le Jeune Indépendant, Afrik-Foot, Orange Sports*

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