MC Alger - MC Oran reporté : le football algérien en deuil
Douze morts, trois jours de deuil national : le choc MCA-MCO et toute la 1re journée sont repoussés. Le football algérien pouvait-il faire autrement ?
C'était l'affiche que tout le pays attendait pour lancer la saison : MC Alger contre MC Oran, deux Mouloudia, deux villes, deux publics qui n'ont jamais eu besoin d'un enjeu comptable pour se donner rendez-vous. Il n'y aura pas de coup d'envoi ce week-end. L'Algérie est en deuil.
Une nuit de feu, un pays à l'arrêt
Les incendies qui ont ravagé plusieurs wilayas du centre et de l'est ont fait douze morts et cinquante-quatre blessés, dont six dans un état grave. Cinq victimes à Jijel, quatre à Béjaïa, trois à Tizi Ouzou. Parmi elles, un enfant de huit ans. Des familles ont dû fuir devant des flammes attisées par la chaleur extrême, la sécheresse et le vent, tandis que des enquêtes ont été ouvertes pour déterminer les causes exactes des départs de feu.
Trois jours de deuil national ont été décrétés à compter du 27 août : drapeaux en berne, suspension des manifestations festives et des compétitions sportives nationales. La conséquence était mécanique : la totalité de la première journée de Ligue 1 Mobilis a été reportée aux 3, 4 et 5 septembre. Le choc MCA-MCO en fait partie, au même titre qu'ES Sétif - ES Ben Aknoun et l'ensemble des rencontres inaugurales.
Le Mouloudia, un club qui sait ce que rassembler veut dire
Doyen des clubs algériens, le MC Alger a traversé toutes les époques du pays, les glorieuses comme les tragiques. Ses supporters savent mieux que quiconque qu'un stade n'est pas seulement un lieu de compétition, mais un baromètre de l'humeur nationale. Il y a des semaines où le Chabab, le Mouloudia et le derby ne pèsent plus rien. Un pays qui enterre ses morts n'a pas besoin de résultats.
Les supporters oranais, eux non plus, n'ont pas contesté la décision. Sur les réseaux, les habituelles joutes entre les deux camps ont laissé place à des messages de condoléances adressés aux familles de Jijel, Béjaïa et Tizi Ouzou. C'est peut-être la seule bonne nouvelle de la semaine : la rivalité sait s'arrêter à la bonne frontière.
La diaspora, spectatrice impuissante
À Paris, à Marseille, à Bruxelles ou à Montréal, des dizaines de milliers d'Algériens ont vécu ces heures à distance, à composer des numéros qui ne répondaient pas, à guetter les images. Beaucoup avaient déjà prévu leur soirée autour du match. Ils ont passé la nuit à compter les wilayas touchées. La distance ne protège de rien, elle rend seulement l'attente plus longue.
Reprendre, mais autrement
Le championnat reprendra donc début septembre, avec un calendrier légèrement resserré et des entraîneurs qui devront réajuster leur préparation. Ce sont les contraintes normales d'une saison, et elles n'ont aucune importance au regard de ce qui s'est produit cette semaine.
Reste la question de la reprise elle-même. Le football algérien a une longue tradition d'hommages sincères, souvent plus forts dans ses gradins que dans ses communiqués. Quand le MCA et le MCO se retrouveront enfin, il y aura une minute de silence, des banderoles, peut-être des initiatives concrètes envers les familles endeuillées et les villages sinistrés.
Ce jour-là, le derby des Mouloudia retrouvera sa saveur. Mais il portera aussi une charge que personne n'avait prévue au moment de fixer le calendrier. Le football ne répare rien : il rappelle simplement à un peuple qu'il est encore ensemble.
*Source : Kapitalis*
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