Maradona avait des combats, Messi a des contrats
À l'heure où Messi dispute peut-être sa dernière finale, notre parallèle assumé entre deux dieux argentins que tout oppose en dehors du terrain. Édito.
Dimanche à New York, Lionel Messi disputera probablement la dernière finale de sa carrière internationale, à quelques kilomètres de ce Miami qu'il a choisi comme royaume. L'occasion est trop belle pour poser une question qui fâche : que restera-t-il de lui en dehors des terrains ? Ceci est un éditorial, et nous l'assumons : dans le duel éternel entre les deux dieux argentins, notre cœur penche pour Diego. Pas pour le meilleur joueur, débat sans fin et presque sans objet. Pour l'homme qui parlait.
Mar del Plata, 2005 : le jour où Diego a défié un empire
Rappelons une scène que les moins de trente ans n'ont jamais vue. Novembre 2005, sommet des Amériques à Mar del Plata. George W. Bush débarque en Argentine pour vendre son projet de zone de libre-échange continentale. Maradona monte dans le train de la contestation aux côtés de Chávez et d'Evo Morales, t-shirt « Stop Bush » sur le torse, et harangue des dizaines de milliers de manifestants contre la politique américaine. L'idole du peuple contre l'homme le plus puissant du monde, en direct devant la planète. On peut juger ses amitiés discutables, de Fidel Castro, chez qui il s'est soigné et dont il portait le visage tatoué sur la jambe, à Chávez. Mais personne ne peut nier le courage : Diego choisissait ses camps à visage découvert, quitte à se fâcher avec les puissants, les sponsors et la FIFA, qu'il a affrontée toute sa vie pour défendre les joueurs. Et soyons francs : combien de stars actuelles risqueraient un centime de contrat pour une conviction ?
Le silence de Messi, l'autre choix de carrière
En face, que dit Lionel Messi ? Rien, et depuis vingt ans. Aucune position sur les guerres, les injustices, les causes qui traversent son époque. Son geste le plus politique restera un contrat : ambassadeur touristique de l'Arabie saoudite, avant de poser ses valises en Floride pour transformer l'Inter Miami en entreprise mondiale, au cœur de cette Amérique que Diego défiait. Précisons l'honnêteté qui s'impose : se taire n'est pas un crime, et Messi n'a jamais prétendu être autre chose qu'un footballeur. Discret, familial, irréprochable dans sa conduite, il a choisi la neutralité comme d'autres choisissent un système de jeu. Mais une chose est certaine : la neutralité aussi est un choix, et elle a toujours un prix que d'autres paient.
Deux visages d'une même nation
Ce contraste raconte l'Argentine autant que ses deux idoles. Diego, gamin de Villa Fiorito, portait la rage des quartiers pauvres et parlait au nom de ceux d'en bas, jusqu'à l'excès, jusqu'à l'autodestruction. Leo, formé dans le cocon de la Masia dès ses 13 ans, incarne la réussite lisse de l'exil précoce, le génie sans aspérités. Le peuple argentin a tranché à sa manière : il vénère Messi, il aime Maradona. La nuance est immense. On admire les trophées, on chérit ceux qui nous ressemblent. Pour les supporters algériens, qui ont grandi avec des figures engagées, de l'équipe du FLN aux prises de position d'un Atal pour la Palestine qui lui ont coûté cher à Nice, cette différence-là parle immédiatement.
Ce que le football a perdu
Que Messi soulève ou non la Coupe dimanche ne changera rien à son statut de joueur, peut-être le plus grand de l'histoire. Mais le football de Diego portait quelque chose que les statistiques ne mesurent pas : l'idée qu'une idole doit quelque chose à ceux qui l'ont faite. Le jour où une star de cette dimension retrouvera le courage de déplaire, le football récupérera sa voix. En attendant, les t-shirts « Stop Bush » ne se vendent plus. Les maillots roses de Miami, si.
*Source : DzChronique*
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