La FIFA a désavoué la CAF : ses arbitres n'étaient pas les meilleurs
L'homme choisi pour la finale de la CAN a été recalé du Mondial, pendant que le VAR le plus contesté du tournoi était retenu. Une incohérence qui interroge les critères de la CAF.
Posons le syllogisme simplement. Une finale de Coupe d'Afrique des nations est censée être confiée au meilleur arbitre du continent. Une Coupe du monde est censée réunir les meilleurs arbitres de chaque continent. Donc l'arbitre d'une finale de CAN devrait, en toute logique, figurer au Mondial suivant. Or Jean-Jacques Ndala, l'homme du sifflet de Maroc-Sénégal le 18 janvier dernier à Rabat, ne fait pas partie des sept arbitres centraux africains retenus par la FIFA pour la Coupe du monde 2026. Une des deux instances se trompe. Et ce n'est probablement pas celle qui a suivi les candidats pendant trois ans.
Un désaveu public et documenté
Les faits d'abord. Le Congolais Ndala avait été l'homme fort de la CAN : match d'ouverture Maroc-Comores, Tanzanie-Tunisie en poules, puis la finale, préféré au Soudanais Mahmood Ismail un temps pressenti. Sa prestation lors de la finale, contestée par la partie sénégalaise, avait pourtant été validée par la commission d'arbitrage de la CAF, qui a publiquement défendu sa gestion du match. La FIFA, elle, a tranché autrement : Ndala ne figure pas dans la liste des 52 arbitres centraux du Mondial, sélectionnés selon Pierluigi Collina parmi des candidats suivis pendant trois ans. Une chose est certaine : quand la CAF dit excellent et la FIFA dit non, les deux ne peuvent pas avoir raison.
Le cas Atcho, l'autre versant du paradoxe
Le parcours du Gabonais Pierre Ghislain Atcho complète le tableau. Arbitre VAR du quart de finale Algérie-Nigeria, dont les décisions avaient soulevé un tollé côté algérien, il a été récompensé dans la foulée : arbitre central de la demi-finale Sénégal-Égypte, puis VAR de la finale, malgré les protestations formelles de la FAF restées sans réponse. Lui figure bien au Mondial. On peut y voir la confirmation de son talent, la FIFA l'ayant elle-même retenu. Mais on peut aussi s'interroger : dans quelle institution un officiel contesté enchaîne-t-il les nominations prestigieuses sans que la moindre explication publique soit donnée aux fédérations plaignantes ? Et soyons francs : ce n'est pas la compétence d'Atcho qui pose question, c'est l'opacité de ceux qui distribuent les matchs.
Ce que les désignations racontent vraiment
Car le problème dépasse les individus. Les désignations de la CAF obéissent à des logiques connues de tous les initiés : équilibres géographiques entre zones, neutralité vis-à-vis des équipes engagées, rotations diplomatiques entre fédérations. Des contraintes légitimes en partie, mais qui finissent par produire l'inverse d'une méritocratie : le match le plus important du continent n'est pas confié au meilleur sifflet disponible, il est confié au profil le plus acceptable politiquement. Le résultat se lit dans la liste du Mondial : Ghorbal, Beida, Jayed, Tom, Atcho, Amin Mohamed et Artan ont été jugés au niveau mondial. Le maître de cérémonie de la CAN, non.
L'arbitrage africain mérite mieux que ses instances
Le paradoxe est cruel, car le niveau individuel des arbitres africains n'a jamais été aussi reconnu : dix-neuf officiels du continent au Mondial, un record, et un Mustapha Ghorbal installé dans l'élite depuis 2022. Le talent existe, la formation progresse. C'est la gouvernance des désignations qui reste opaque, sans critères publiés ni comptes rendus. Le jour où la CAF publiera les évaluations de ses arbitres comme la FIFA assume ses listes, les polémiques mourront d'elles-mêmes. En attendant, chaque supporter africain gardera cette question en tête au prochain grand match : celui qui siffle est-il le meilleur, ou le mieux placé ?
*Sources : CAF, Sport News Africa, Afrik-Foot, Le Brief*
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