La leçon Bounou : l'Algérie doit bâtir ses cages
Héroïque face à la France malgré l'élimination, le gardien marocain a rappelé une vérité que les Verts ont payée cher au Mondial : tout projet commence par un grand portier.
Il y a des défaites qui enseignent plus que des victoires. Jeudi soir à Boston, le Maroc a quitté le Mondial en quart de finale, battu 2-0 par la France. Mais pendant plus d'une heure, un homme a retenu seul le destin de tout un peuple : Yassine Bounou. Penalty de Mbappé détourné à la 28e minute, face-à-face remporté devant Doué, tête d'Upamecano sortie sur sa ligne. À la pause, malgré dix tirs français et une domination sans partage, les Lions de l'Atlas rentraient au vestiaire à 0-0, encore vivants, encore en course. Voilà ce que change un grand gardien : il transforme un naufrage annoncé en match d'égal à égal.
Ce que Bounou a réellement offert à son équipe
Réduire sa performance à une série de parades serait passer à côté de l'essentiel. En maintenant le score vierge pendant une heure, Bounou a offert à ses coéquipiers du temps, de l'oxygène et de la croyance. Une équipe qui rentre aux vestiaires à 0-0 après une première période subie repart avec un plan intact et des jambes qui y croient. Une équipe menée 2-0 à la pause joue la seconde période pour l'honneur. Son record parle pour lui : sept penalties évités en Coupe du monde, plus que tout autre gardien de l'histoire de la compétition. Et soyons francs : sans lui, le Maroc ne construit ni sa demi-finale de 2022, ni son quart de 2026.
Le miroir algérien fait mal
Pendant ce temps, les chiffres des Verts racontent l'inverse : dix buts encaissés en quatre matchs dans ce Mondial. Tous ne sont pas imputables aux gardiens, la faillite fut collective, des choix tactiques aux errements défensifs. Mais aucun match n'a offert ce sentiment qu'un mur se dressait derrière la défense. Depuis la retraite de Raïs M'Bolhi, héros du Brésil en 2014 face à l'Allemagne, l'Algérie n'a jamais retrouvé de patron incontesté dans ses cages. Luca Zidane, Alexis Guendouz et Anthony Mandrea se sont succédé sans qu'une hiérarchie durable s'installe. Un poste qui change de titulaire à chaque rassemblement n'est pas un poste, c'est une loterie.
Un grand gardien ne se trouve pas, il se construit
La comparaison avec le voisin est instructive jusque dans la méthode. Bounou n'est pas tombé du ciel : le Maroc l'a installé, protégé et confirmé pendant une décennie, à travers les tempêtes et les critiques. Un gardien a besoin de ce que les joueurs de champ n'exigent pas : la certitude de jouer le prochain match, même après une erreur. C'est cette continuité qui fabrique la sérénité, et la sérénité qui fabrique les parades décisives. Une chose est certaine : on ne bâtit pas un mur en changeant de brique tous les trois mois.
Le chantier du prochain cycle commence là
Alors que le nouveau sélectionneur n'est pas encore nommé et que les éliminatoires de la CAN 2027 approchent, le dossier des cages devrait figurer tout en haut de la pile. Des pistes existent : installer une hiérarchie claire et s'y tenir, structurer un vrai travail spécifique à la Fédération, et suivre de près la génération qui pousse, à l'image du jeune Kilian Belazzoug, 19 ans, lancé cet été dans la préparation du Stade Rennais. Le jour où l'Algérie aura son Bounou, ses défenseurs joueront plus haut, ses milieux plus libres, ses attaquants plus légers. Tout part de là. Le Maroc l'a compris il y a dix ans. Qu'attendons-nous ?
*Sources : Hespress, beIN Sports*
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