Mahrez et le lobbying anti-défense à trois
Selon Romain Molina, le capitaine des Verts a appuyé la fronde contre le 3-5-2, conscient que ce système le condamnait au banc. Une révélation qui bouscule sa sortie.
La retraite internationale de Riyad Mahrez devait rester une page d'émotion. Les révélations de Romain Molina viennent d'y glisser une note de bas de page dérangeante. Selon le journaliste d'investigation, le capitaine des Verts a joint sa voix à celle d'Aïssa Mandi dans la fronde interne contre la défense à trois, pour une raison que Molina résume sans détour : il savait qu'il allait sauter avec ce dispositif tactique. La FAF a démenti en bloc les informations du journaliste. Reste que la question mérite d'être posée, même quand elle concerne une légende.
Pourquoi le 3-5-2 menaçait le capitaine
L'explication tient à la géométrie du système. Un 3-5-2 vit par ses pistons et concentre son attaque sur deux hommes dans l'axe, généralement un finisseur et un joueur de liaison. Dans cette architecture, l'ailier droit classique disparaît de l'organigramme. Or Mahrez, à 35 ans, était précisément cela : un ailier de débordement et de pied gauche rentrant, plus vraiment mobile pour jouer en soutien axial sur l'intégralité d'un match international. Le système travaillé par Petkovic ne l'excluait pas par malice, il l'excluait par construction. Et soyons francs : aucun joueur au monde ne vote pour le schéma qui le raye du onze.
Une fin de Mondial qui brouille le procès
Le paradoxe, c'est que le terrain a plutôt plaidé pour lui. Laissé sur le banc face à l'Argentine en ouverture, Mahrez a progressivement retrouvé son influence au fil du tournoi, au point d'être considéré comme l'une des rares satisfactions parmi les anciens. Djamel Benlamri est allé plus loin après l'élimination, jugeant que se passer de Mahrez au coup d'envoi face à la Suisse fut la plus grosse erreur du sélectionneur. Voilà toute l'ambiguïté du dossier : l'homme qui aurait œuvré en coulisses contre un système reste celui qui, ballon au pied, justifiait encore sa place. Le lobbying n'efface pas le talent. Le talent n'excuse pas le lobbying.
La frontière invisible entre influence et ingérence
Un capitaine doit-il se taire quand un choix tactique le condamne ? La réponse honnête est nuancée. Donner son avis fait partie du rôle, tous les grands vestiaires fonctionnent ainsi. Le problème commence quand l'avis devient pression, et la pression devient veto. Si le récit de Molina est exact, Petkovic a renoncé à un plan préparé de longue date sous l'influence de ses cadres, et les dix buts encaissés en quatre matchs sont venus solder l'addition collective. Une chose est certaine : quand les joueurs choisissent le système, ils choisissent aussi la responsabilité de l'échec.
L'héritage reste, la question aussi
Rien de tout cela ne réécrit douze ans de carrière internationale : 119 sélections, 40 buts, une CAN soulevée en 2019, un coup franc à jamais gravé face au Nigeria, une place au panthéon entre Belloumi et Madjer. De Sarcelles à Doha, Mahrez a porté la fierté de toute une diaspora. Mais les légendes n'échappent pas aux questions, elles les affrontent. Le jour où Mahrez racontera sa version de ce Mondial, on saura de quel côté de la ligne il se trouvait. En attendant, son successeur sur l'aile droite héritera d'une leçon gratuite : la place se défend sur le terrain, jamais dans les couloirs.
*Sources : Algerie360, Afrik-Foot*
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