Antar Yahia n'était qu'une diversion, voici pourquoi
Lâché comme futur sélectionneur quarante-huit heures après l'élimination, le héros d'Oum Dourman bute sur une licence manquante. Notre lecture d'une séquence trop bien huilée.
Le 3 juillet, l'Algérie quittait le Mondial à Vancouver, balayée par la Suisse (2-0). Le 5, le nom d'Antar Yahia circulait partout comme celui du prochain sélectionneur, attribué à une source officielle de la Fédération. Le 7, une autre information tombait : l'ancien capitaine ne détiendrait ni la licence CAF Pro, ni la licence UEFA Pro. Trois jours d'espoir, puis le retour au réel. Ceci est un éditorial, et nous l'assumons.
Ce que personne ne conteste
Commençons par les faits que nul ne discute. Antar Yahia, 44 ans, a obtenu sa licence UEFA A en juin 2023. Il n'a jamais dirigé une équipe première senior. Depuis 2025, il entraîne la réserve d'Angers SCO, en National 3. Son parcours de dirigeant existe — manager général à l'US Orléans, directeur sportif de l'USM Alger, directeur technique de l'académie du Spartak Moscou, directeur du développement à l'UNAF. Mais ces éléments figurent dans son dossier depuis des années. La Fédération ne les a pas découverts la semaine dernière.
Une guerre de sources qui en dit long
Honnêteté oblige : le débat n'est pas tranché. Selon Al-Hayat, l'absence de licence Pro ferme la porte, et la FAF s'orienterait vers un technicien étranger épaulé par un staff algérien. La Gazette du Fennec affirme l'inverse, citant une source fédérale pour qui l'UEFA A suffirait, à l'image d'Émerse Faé qui prit les commandes de la Côte d'Ivoire en pleine CAN 2023 avec ce même niveau de diplôme. Le média dément d'ailleurs formellement l'hypothèse du ballon d'essai. Chacun jugera. Mais quand deux sources fédérales racontent deux histoires opposées en quarante-huit heures, une institution ne communique plus : elle laisse faire.
Le timing raconte l'essentiel
Et soyons francs : personne ne lâche le nom d'une icône nationale par hasard. Pas quarante-huit heures après une élimination. Pas au moment où la colère monte contre une prolongation accordée à Vladimir Petkovic un mois plus tôt, revalorisation salariale comprise. Le nom d'Antar Yahia a saturé les réseaux, déplacé la conversation, retardé les questions qui fâchent. Pourquoi avoir prolongé un sélectionneur la veille du Mondial ? Qui a validé cette revalorisation ? Quel projet de jeu pour le cycle qui s'ouvre après la retraite internationale de Riyad Mahrez ? Pendant trois jours, les supporters ont débattu d'un banc au lieu de demander des comptes à une direction.
Le vrai perdant s'appelle Antar Yahia
On a transformé une légende en instrument de temporisation. Celui qui a offert à toute une génération le but de Khartoum se retrouve exposé, jugé sur un CV qu'il n'a jamais prétendu gonfler, associé à une nomination qu'il n'a jamais annoncée lui-même. Une chose est certaine : on ne protège pas un symbole en le jetant dans l'arène pour gagner trois jours. De Bab El Oued à Saint-Denis, de Bruxelles à Montréal, des millions de supporters ont célébré une désignation qui n'existait pas.
Le vrai sujet n'a pas bougé d'un centimètre
Les éliminatoires de la CAN 2027 débutent en septembre. Le banc est vide, le projet inconnu, la responsabilité de l'échec mondialiste toujours pas assumée publiquement. Voilà le dossier. Le jour où la FAF parlera avant que les rumeurs ne parlent pour elle, les supporters cesseront d'apprendre l'avenir de leur sélection dans les fuites de presse. En attendant, une question demeure : à qui profitait le bruit ?
*Sources : Compétition, La Gazette du Fennec, Al-Hayat*
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