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FAF : tout le monde rend des comptes, sauf vous

Après l'élimination au Mondial, on juge Petkovic et les joueurs. Mais l'instance qui dirige le football algérien, minée par les scandales et l'instabilité, échappe toujours au bilan qu'elle impose aux autres.

Mohamed Filali· Rédacteur en chef··11 min·👁 7987665 vues
FAF : tout le monde rend des comptes, sauf vous

Il y a un rituel bien huilé dans le football algérien. Une sélection échoue, et aussitôt la machine à désigner les coupables se met en marche. On limoge le sélectionneur. On cloue les joueurs au pilori. On refait le match dix fois sur les plateaux et les réseaux sociaux. On dissèque chaque choix tactique, chaque erreur individuelle, chaque minute de jeu. Ce rituel, nous venons encore de le vivre après l'élimination des Verts face à la Suisse au Mondial 2026. Vladimir Petkovic est poussé vers la sortie. Aïssa Mandi est désigné responsable du naufrage défensif. Les cadres sont sommés de rendre des comptes. Et c'est légitime. Chacun doit assumer sa part. Mais il y a une grande absente dans ce procès collectif. Une institution qui, elle, ne rend jamais de comptes à personne. La Fédération algérienne de football. Et soyons francs : tant que le peuple algérien continuera à juger le terrain sans jamais interroger ceux qui le dirigent d'en haut, rien ne changera véritablement.

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Le vrai problème du football algérien, c'est la FAF ?
Oui, la gouvernance est le mal structurel qu'on refuse de voir
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Les deux, mais rien ne changera sans réforme de la fédération
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Cette tribune n'est pas un réquisitoire contre des individus. C'est un appel à regarder enfin le vrai mal en face.

Le talent d'un peuple, l'amateurisme d'une institution

Commençons par une évidence que personne ne conteste. L'Algérie est une terre de football. Une nation qui produit du talent en quantité industrielle, en Algérie comme dans sa diaspora. Chaque génération apporte son lot de joueurs formés dans les meilleurs centres européens, capables de rivaliser avec l'élite mondiale. Riyad Mahrez, Ismaël Bennacer, Ibrahim Maza aujourd'hui, et tant d'autres avant eux. Le vivier est inépuisable. Le peuple algérien, lui, est d'une passion rare, capable de remplir les stades et de faire vibrer les tribunes aux quatre coins du monde.

Et pourtant, malgré cette matière première exceptionnelle, les résultats ne suivent pas à la hauteur du potentiel. Deux Coupes d’Afrique seulement, en 1990 à domicile puis en 2019, pour une nation de ce standing. Des éliminations répétées au premier tour ou en huitièmes des grandes compétitions. Comment expliquer ce décalage permanent entre la richesse du talent et la pauvreté des résultats ? La réponse ne se trouve pas sur le terrain. Elle se trouve dans les bureaux. Une chose est certaine : quand un pays produit autant de talents pour si peu de trophées, le problème est structurel, pas individuel.

Une gouvernance minée par les scandales

Il faut avoir le courage de nommer les choses. Depuis le 1er juillet 2024, trois anciens présidents de la Fédération algérienne de football sont visés par une enquête judiciaire pour des faits présumés de corruption et de détournement de deniers publics. Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef font partie des quatorze personnes poursuivies dans ce dossier, aux côtés d'anciens secrétaires généraux. Zetchi a même été placé en détention. Les faits reprochés, qui restent à établir par la justice puisque toute personne est présumée innocente tant qu'elle n'est pas condamnée, portent sur des contrats conclus en violation des procédures internes, des marchés attribués sans mise en concurrence et des avantages jugés indus.

À son arrivée en septembre 2023, l'actuel président Walid Sadi lui-même avait évoqué avoir hérité d'une situation financière catastrophique, avec un déficit qu'il n'imaginait pas, estimé à environ huit milliards de dinars, soit plus de cinquante-cinq millions d'euros. Des salaires à six chiffres, des dépenses somptuaires sur le parc automobile, des primes en tout genre. Voilà le tableau d'une institution qui a longtemps fonctionné comme une caisse opaque. Le jour où l'organe censé développer le football national se transforme en dossier judiciaire, ce n'est plus le sélectionneur qu'il faut interroger en premier.

L'instabilité chronique comme mode de fonctionnement

Au-delà des scandales financiers, c'est l'instabilité structurelle qui frappe. Plus de vingt-cinq personnes se sont succédé à la tête de la Fédération algérienne de football depuis sa création. Certaines périodes tiennent du chaos institutionnel pur. Six responsables différents en dix-neuf mois entre 1996 et 1997, au point de provoquer l'intervention de la FIFA. Onze mois sans aucun président entre 1992 et 1993. Des mandats d'un mois. Des présidents qui partent et reviennent au gré des rapports de force politiques. Comment construire un projet sportif de long terme sur des fondations aussi mouvantes ?

Aucune entreprise, aucune institution sérieuse ne pourrait survivre à un tel niveau d'instabilité à sa tête. Le football se construit sur la durée, sur la continuité des projets, sur la stabilité des hommes et des idées. La FAF, elle, semble condamnée à recommencer sans cesse à zéro, otage des luttes de pouvoir internes et des interférences extérieures. Une chose est sûre : tant que la présidence de la fédération sera un enjeu politique plutôt qu'un projet sportif, l'Algérie continuera à gâcher ses générations dorées les unes après les autres.

Le contre-exemple qui dérange, Clairefontaine

Pour comprendre ce qui manque à l'Algérie, il suffit de regarder de l'autre côté de la Méditerranée. En 1988, la France inaugurait son Institut national du football à Clairefontaine. Une vision de long terme, un investissement structurel dans la formation, un modèle de détection et de développement des talents devenu une référence mondiale. Trente ans plus tard, la France est double championne du monde et fournit la moitié des grands championnats européens en joueurs de classe mondiale. Ce n'est pas un hasard. C'est le fruit d'une gouvernance stable, d'une vision claire et d'un investissement patient dans les structures.

L'Algérie, elle, dispose d'un vivier de talents au moins aussi riche, notamment grâce à sa diaspora. Mais elle n'a jamais réussi à bâtir l'équivalent d'un Clairefontaine, ni la gouvernance stable qui va avec. Le talent algérien s'épanouit malgré la fédération, pas grâce à elle. Nos meilleurs joueurs sont formés en France, en Allemagne, en Belgique, dans des structures étrangères. Le jour où l'Algérie investira dans ses propres structures avec la même rigueur qu'elle exige de ses joueurs sur le terrain, elle cessera de dépendre du hasard des vocations individuelles.

Le double standard qu'il faut briser

Voilà le cœur du problème. Dans le football algérien, tout le monde rend des comptes, sauf ceux qui dirigent. Un joueur rate un match, il est éreinté pendant des semaines. Un sélectionneur échoue, il est limogé du jour au lendemain. Mais quand une fédération accumule les déficits, les scandales et l'instabilité pendant des décennies, elle continue son chemin comme si de rien n'était, à l'abri du jugement populaire. Ce double standard est la véritable maladie du football algérien. On exige l'excellence du terrain tout en tolérant l'amateurisme des bureaux.

Il est temps que le peuple algérien, dans sa passion et son exigence légitimes, dirige aussi son regard vers le haut. Qu'il demande des comptes à ceux qui gèrent son football autant qu'à ceux qui le jouent. Car aucun sélectionneur, aussi brillant soit-il, aucun joueur, aussi talentueux soit-il, ne pourra jamais compenser durablement les défaillances d'une gouvernance à la dérive. Le changement de sélectionneur qui s'annonce ne réglera rien si l'institution qui le nomme reste la même. Une chose est certaine : le vrai chantier du football algérien n'est pas sur le banc de touche. Il est à la tête de la fédération.

Et maintenant ?

L'Algérie s'apprête à tourner une page avec le départ de Vladimir Petkovic et l'arrivée probable d'un nouveau sélectionneur. C'est une bonne chose. Mais que l'on ne s'y trompe pas. Changer d'entraîneur sans réformer la gouvernance, c'est repeindre la façade d'une maison dont les fondations sont fissurées. Le football algérien mérite mieux qu'un éternel recommencement. Il mérite une vision de long terme, une gestion transparente, une stabilité institutionnelle et un investissement réel dans la formation. Il mérite une fédération à la hauteur du talent de son peuple. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, l'amour des Verts est intact, indéfectible. Mais cet amour ne doit plus être aveugle. Il doit désormais s'accompagner d'une exigence nouvelle envers ceux qui, tout en haut, décident du destin de notre football. Car tant qu'ils seront les seuls à ne jamais rendre de comptes, le talent d'un peuple continuera d'être gâché. Et cela, nous n'avons plus le droit de l'accepter.

*Source : TSA Algérie, Jeune Afrique, La Gazette du Fennec, Wikipédia, Algérie360*

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