Petkovic vers la sortie : la FAF prête à se séparer de lui
Au lendemain de l'élimination face à la Suisse, la Fédération algérienne envisagerait une séparation anticipée avec Vladimir Petkovic, au prix d'une indemnité qui pourrait avoisiner le million d'euros.
Il aura suffi de quatre-vingt-dix minutes face à la Suisse pour faire basculer tout un projet. Au lendemain de l'élimination des Verts en huitièmes de finale du Mondial 2026, l'avenir de Vladimir Petkovic à la tête de la sélection algérienne semble désormais scellé. Selon plusieurs médias algériens concordants, la Fédération algérienne de football envisagerait sérieusement de se séparer de son sélectionneur, malgré un contrat courant jusqu'au 31 juillet 2028. Le président de la FAF, Walid Sadi, également ministre des Sports, songerait à proposer au technicien bosno-suisse une indemnité de départ pour acter une rupture anticipée. Une décision qui, si elle se confirme, marquerait un revirement spectaculaire, tant la même fédération avait fait le choix de prolonger Petkovic à seulement dix jours de l'entrée en lice des Verts dans la compétition. Et soyons francs : rarement une fédération se sera retrouvée dans une situation aussi inextricable de sa propre initiative.
Décryptage d'un dossier brûlant qui pose autant la question de la responsabilité du sélectionneur que celle des dirigeants qui l'ont soutenu jusqu'au bout.
Une séparation à près d'un million d'euros
Le premier élément qui frappe dans ce dossier, c'est son coût potentiel. Vladimir Petkovic est le sélectionneur le mieux payé du continent africain, avec une rémunération estimée à environ cent trente-cinq mille euros par mois. Un salaire revalorisé lors de sa prolongation actée le 7 juin dernier, à la veille du départ de la délégation pour l'Amérique du Nord. Selon les informations de Foot Afrique, Walid Sadi songerait à offrir au technicien une indemnité équivalente à six mois de salaire pour acter une séparation à l'amiable. Un montant qui, additionné aux primes déjà perçues, pourrait porter la facture globale du départ à près d'un million d'euros.
Ce chiffre passe évidemment très mal auprès d'une opinion publique déjà meurtrie par l'élimination. Payer une somme pareille pour se séparer d'un entraîneur quelques semaines seulement après avoir prolongé son contrat, cela ressemble à un gâchis financier difficilement justifiable. La responsabilité de cette situation incombe largement à la fédération elle-même, qui avait surpris tout le monde en prolongeant Petkovic jusqu'en 2028 alors que sa relation de travail devait initialement prendre fin en juillet. Une chose est certaine : la précipitation avec laquelle ce contrat a été prolongé apparaît aujourd'hui comme une erreur stratégique majeure.
Une contestation devenue unanime
Au-delà de l'aspect financier, c'est l'ampleur de la contestation qui rend la position de Petkovic intenable. Depuis l'élimination face à la Suisse, les critiques ont afflué de toutes parts. Les anciennes gloires du football algérien sont montées au créneau. Rabah Madjer, légende parmi les légendes, a estimé que Petkovic avait pris des décisions catastrophiques qui ont démoralisé les joueurs, jugeant la défaite méritée. Rafik Halliche, ancien défenseur international, a exprimé son incompréhension face aux choix du sélectionneur. Djamel Benlamri, roc de la CAN 2019, a quant à lui déploré sur l'ENTV que la sélection n'ait jamais affiché une vraie identité de jeu en deux ans et demi de mandat.
La contestation ne se limite pas aux anciens. Selon plusieurs journalistes d'investigation, une partie des joueurs eux-mêmes ne comprendrait pas les choix tactiques de leur sélectionneur, s'interrogeant sur le fait d'être alignés dans des rôles éloignés de leur potentiel. Certains éléments du groupe envisageraient même de faire une pause en sélection tant que Petkovic sera en poste. Sur les réseaux sociaux, les demandes de limogeage se sont multipliées de manière exponentielle. Le jour où un sélectionneur perd à la fois le soutien des anciens, des joueurs et du public, sa position devient tout simplement untenable.
La sortie qui a mis le feu aux poudres
La gestion de la communication par Petkovic après le match n'a rien arrangé. Interrogé sur le bilan de son équipe, le sélectionneur a estimé que se qualifier pour le Mondial après douze ans d'absence et passer la phase de groupes constituait déjà un excellent résultat. Des propos qui ont provoqué une vague d'indignation en Algérie. Là où le public attendait une forme de mea culpa, une reconnaissance de la déception collective, il a eu droit à un bilan administratif présenté comme satisfaisant. Le décalage entre la perception du sélectionneur et celle de tout un peuple n'a jamais paru aussi grand.
Cette sortie a probablement précipité les choses. En refusant de reconnaître l'ampleur de la déception, Petkovic s'est aliéné les derniers soutiens qui lui restaient au sein de l'opinion. Le football de sélection est aussi une affaire d'émotion et de connexion avec le public. Un sélectionneur qui perd cette connexion perd une grande partie de sa légitimité, quels que soient les arguments sportifs qu'il peut avancer. Une chose est sûre : en abordant l'après-match sur le registre du bilan comptable plutôt que sur celui de l'émotion partagée, le technicien a scellé un peu plus son propre sort.
La responsabilité partagée de la fédération
Mais il serait trop simple de faire porter l'intégralité de la responsabilité sur les seules épaules de Petkovic. La Fédération algérienne, et son président Walid Sadi en particulier, portent une part importante dans ce fiasco. C'est la fédération qui a choisi de prolonger le sélectionneur jusqu'en 2028 à la veille du Mondial, dans un timing pour le moins discutable. C'est elle qui a présenté la stabilité comme condition de la performance, faisant entériner cette prolongation par le Bureau fédéral le 7 juin. C'est encore elle qui devra désormais assumer le coût financier et politique d'un revirement à 180 degrés.
Cette gestion erratique interroge profondément sur la gouvernance du football algérien. Comment peut-on prolonger un entraîneur contesté à quelques jours d'une compétition majeure, pour envisager de le limoger trois semaines plus tard ? Cette contradiction révèle une absence de vision claire, une navigation à vue qui coûte cher aux finances de la fédération et à la crédibilité de l'institution. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, cette gestion approximative est aussi préoccupante que les résultats sportifs eux-mêmes. Le jour où une fédération prend des décisions aussi contradictoires en si peu de temps, c'est toute sa capacité à diriger sereinement le football national qui est remise en cause.
Et maintenant ?
Les prochains jours seront décisifs pour l'avenir du banc algérien. Si la séparation avec Vladimir Petkovic se confirme, la Fédération algérienne devra rapidement identifier un successeur capable de reconstruire un groupe en pleine transition générationnelle, alors que Riyad Mahrez vient d'annoncer sa retraite internationale et qu'Aïssa Mandi pourrait suivre. Le chantier est immense. Il faudra un sélectionneur capable de redonner une identité de jeu claire, de faire confiance aux jeunes talents comme Ibrahim Maza, et de renouer le lien brisé avec un public déçu. La CAN 2027 approche, et le temps presse déjà. Pour la diaspora algérienne, l'espoir réside dans un renouveau à la hauteur des ambitions historiques du football national. Une chose est certaine : quelle que soit la décision finale de la fédération, le statu quo n'est plus une option. Le football algérien a besoin d'un nouveau souffle. Et il le mérite.
*Source : Foot Afrique, Afrik.com, TSA Algérie, Info.fr, Goal, Afrik-Foot*
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