Mahrez tire sa révérence dans l'indifférence des supporters en colère
Le capitaine des Fennecs a annoncé sa retraite internationale après l'élimination face à la Suisse. Aïssa Mandi devrait lui emboîter le pas, dans un climat marqué par la colère des supporters.
Il y a des adieux qu'on imaginait triomphants et qui se déroulent dans l'amertume la plus totale. Celui de Riyad Mahrez appartient à cette catégorie cruelle. Dans la nuit du jeudi au vendredi 3 juillet 2026, quelques minutes seulement après l'élimination de l'Algérie face à la Suisse en huitièmes de finale du Mondial 2026, le capitaine des Fennecs a annoncé en zone mixte la fin de sa carrière internationale. C'était mon dernier match, a déclaré le joueur de 35 ans, visiblement ému. C'était un match à notre portée. On prend deux buts sur des erreurs, à ce niveau-là on paie cash. Des mots simples pour clore une carrière longue de plus d'une décennie. Mais loin de susciter l'hommage massif qu'on aurait pu attendre pour un joueur de cette dimension, l'annonce a été largement éclipsée par la colère des supporters algériens, encore sous le choc d'une élimination vécue comme une occasion manquée. Et soyons francs : voir une légende de ce calibre tirer sa révérence dans un tel climat d'indifférence en dit long sur la fracture entre cette génération et son public.
Décryptage d'un départ historique noyé dans la déception collective, et d'une fin de cycle qui devrait bientôt concerner Aïssa Mandi également.
Une carrière internationale exceptionnelle
Il faut prendre la mesure de ce que représente Riyad Mahrez pour le football algérien. Arrivé en sélection en mai 2014, convoqué par Vahid Halilhodžić pour le Mondial brésilien la même année, le natif de Sarcelles aura porté le maillot vert pendant plus de onze ans. Son bilan chiffré force le respect. Cent dix-neuf sélections, quarante buts, quarante-quatre passes décisives. Des statistiques qui le placent parmi les tout meilleurs joueurs de l'histoire de la sélection algérienne. Mais au-delà des chiffres, c'est son influence sur le terrain qui restera dans les mémoires. Ses dribbles soyeux, ses frappes enroulées du pied gauche, son sang-froid dans les moments décisifs.
Le sommet de sa carrière internationale restera évidemment le sacre à la Coupe d'Afrique des Nations 2019 en Égypte. Cette nuit-là, Mahrez avait porté les Fennecs vers leur deuxième étoile continentale, notamment grâce à ce coup franc légendaire à la dernière minute de la demi-finale face au Nigeria. Un moment gravé à jamais dans la mémoire collective algérienne. Champion d'Europe avec Manchester City, joueur le plus décoré de sa génération, Mahrez aura incarné pendant plus d'une décennie les ambitions du football algérien. Une chose est certaine : il quitte la sélection avec le statut de l'un des plus grands joueurs de son histoire.
Un adieu noyé dans la colère populaire
Et pourtant, l'annonce de cette retraite n'a pas suscité l'élan d'hommage qu'on aurait pu imaginer. Au contraire. Dans les heures qui ont suivi l'élimination, la colère des supporters algériens a largement dominé les réactions. Sur les réseaux sociaux, dans les discussions de la diaspora, l'heure n'était pas à la reconnaissance mais à la critique acerbe. Beaucoup de supporters, encore meurtris par la manière dont les Verts ont quitté le tournoi, n'ont pas jugé utile de saluer le départ de leur capitaine. Une forme d'indifférence qui contraste douloureusement avec l'immense carrière du joueur.
Cette froideur populaire s'explique en partie par le contexte. L'élimination face à la Suisse a été vécue comme une profonde déception, tant l'adversaire semblait à la portée des Algériens. La prestation collective décevante, le choix tactique contesté de jouer sans avant-centre, la défense qui a coulé, tout cela a nourri une frustration qui a pris le pas sur toute autre considération. Dans ce climat, même une légende comme Mahrez ne pouvait échapper à la vague de colère. Le jour où le départ d'un si grand joueur passe presque inaperçu, c'est que le lien entre cette génération et son peuple était déjà abîmé bien avant le dernier match.
Aïssa Mandi devrait suivre le même chemin
Mahrez ne devrait pas être le seul cadre à quitter la sélection dans les prochains jours. Selon plusieurs médias algériens, Aïssa Mandi, joueur le plus capé de l'histoire de la sélection avec ses nombreuses apparitions sous le maillot vert, réfléchit sérieusement à mettre lui aussi un terme à sa carrière internationale. Le défenseur de 34 ans, dont la prestation catastrophique face à la Suisse restera comme l'un des symboles de cette élimination, hésite encore mais devrait selon toute vraisemblance emboîter le pas à son capitaine dans un avenir proche.
Le cas Mandi est cependant différent de celui de Mahrez. Là où le capitaine part avec un capital sympathie encore réel malgré la colère ambiante, le défenseur cristallise davantage les critiques. Sa lenteur devenue handicap, ses erreurs répétées dans les grands rendez-vous, sa titularisation systématique perçue comme incompréhensible par une partie de la diaspora, tout cela fait que son départ probable sera sans doute accueilli avec un mélange de soulagement et d'indifférence. Une chose est sûre : la fin de génération qui s'amorce ne fait pas l'unanimité dans sa manière de se dérouler. Elle ressemble davantage à une rupture qu'à une transmission apaisée.
La fin d'une génération dorée
Au-delà des cas individuels, c'est toute une génération qui s'apprête à tourner la page. La génération dorée du sacre continental de 2019, celle qui avait redonné à l'Algérie sa fierté footballistique, arrive au bout de son cycle. Mahrez s'en va. Mandi devrait suivre. D'autres cadres pourraient également réfléchir à leur avenir dans les prochaines semaines. Cette transition était inévitable, tant le renouvellement générationnel s'imposait après les performances décevantes des dernières compétitions. Mais la manière dont elle se déroule, dans la colère et l'amertume plutôt que dans la reconnaissance, laisse un goût amer.
Il aurait été plus juste que ces joueurs, qui ont offert à l'Algérie l'un de ses plus beaux moments de football, puissent partir dans la dignité et la reconnaissance. Le football a cependant ses cruautés, et la mémoire des supporters est souvent façonnée par le dernier souvenir plutôt que par l'ensemble d'une carrière. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, il serait pourtant sage de séparer la déception du moment de la reconnaissance que méritent ces joueurs pour l'ensemble de leur parcours. Le jour où un peuple oublie de saluer ceux qui l'ont fait vibrer, il oublie aussi une part de sa propre histoire.
Et maintenant ?
Le départ de Riyad Mahrez, et le probable départ à venir d'Aïssa Mandi, ouvrent une nouvelle ère pour la sélection algérienne. Vladimir Petkovic, s'il reste en poste, devra reconstruire un groupe autour de nouveaux leaders. Ibrahim Maza, révélation de ce Mondial à seulement 20 ans, apparaît comme le visage naturel de cette nouvelle génération. Le talent est là pour préparer l'avenir. Mais la manière dont s'achève l'aventure des cadres actuels doit servir de leçon. Pour la diaspora algérienne, l'heure est à la fois à la déception et à l'espoir. Déception d'une élimination et d'une fin de génération dans l'amertume. Espoir d'un renouveau porté par des jeunes talents prometteurs. Une chose est certaine : quel que soit le ressentiment actuel, l'histoire retiendra Riyad Mahrez comme l'un des plus grands joueurs que l'Algérie ait connus. Et le temps finira sans doute par lui rendre l'hommage que la colère du moment lui refuse aujourd'hui. Merci pour tout, capitaine.
*Source : Foot Mercato, ObservAlgérie, La Gazette du Fennec, Seneweb*
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