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MONDIAL 2026

Quand les cadres bloquent l'avenir de la sélection

Boulbina, Titraoui, Abada spectateurs, Naïr et Benkara ignorés, Bennacer écarté malgré son retour en forme : la jeunesse algérienne paie le prix d'un attachement excessif aux cadres installés.

Mohamed Filali· Rédacteur en chef··10 min·👁 98766899 vues
Quand les cadres bloquent l'avenir de la sélection

Il y a une promesse qui résonne aujourd'hui comme une occasion manquée. À sa prise de fonction en mars 2024, puis à plusieurs reprises en conférence de presse, Vladimir Petkovic avait affirmé vouloir construire l'avenir de la sélection algérienne sur sa jeunesse. Le sélectionneur bosno-suisse avait multiplié les convocations de jeunes talents prometteurs, promettant un amalgame intelligent entre l'expérience des cadres et la fougue de la nouvelle génération. Deux ans plus tard, au lendemain d'une élimination décevante au Mondial 2026 face à la Suisse, le constat est amer. La jeunesse promise n'a jamais réellement été lancée. Les cadres installés ont continué à monopoliser le temps de jeu, souvent au détriment de joueurs plus frais et parfois plus performants. Et soyons francs : le vrai mal de cette sélection algérienne réside peut-être dans cette peur chronique de faire confiance à ses jeunes, au profit de cadres maintenus davantage par habitude que par rendement.

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Oui, un seul jeune lancé (Maza) a brillé, il fallait oser davantage
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Le vrai problème est le maintien des cadres au rendement déclinant
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Décryptage d'un déséquilibre générationnel qui pourrait bien avoir coûté à l'Algérie une aventure américaine plus ambitieuse.

Une jeunesse convoquée mais jamais lancée

Le paradoxe saute aux yeux quand on analyse les temps de jeu du Mondial. Plusieurs jeunes talents convoqués dans la liste finale n'ont pratiquement jamais eu l'occasion de montrer leurs qualités. Le cas d'Adil Boulbina est particulièrement révélateur. Considéré comme l'un des talents offensifs les plus prometteurs du football algérien, il n'a disputé que neuf petites minutes lors du match d'ouverture face à l'Argentine, avant de retomber dans l'oubli. Yacine Titraoui, milieu de terrain dynamique, n'a quant à lui disputé aucune minute sur l'ensemble du tournoi, restant constamment sur le banc malgré des rencontres où l'Algérie manquait cruellement de créativité dans l'entrejeu. Achraf Abada a connu le même sort, spectateur permanent de l'aventure.

Ce gâchis interroge d'autant plus que le seul jeune à qui Petkovic a réellement fait confiance, Ibrahim Maza, a été le meilleur joueur algérien du tournoi. Titulaire face à la Jordanie, à l'Autriche puis à la Suisse, le prodige de Leverkusen à seulement 20 ans a été le seul motif d'espoir dans cette campagne ratée. La démonstration est implacable. Quand on lance un jeune talent, il répond présent. Une chose est certaine : si Petkovic avait osé donner leur chance à Boulbina, Titraoui ou d'autres dans les moments clés, l'Algérie aurait peut-être trouvé les ressources offensives qui lui ont tant manqué.

Des talents ignorés dès la liste

Le problème ne se limite pas au temps de jeu accordé pendant le tournoi. Il commence dès la composition de la liste. Plusieurs jeunes défenseurs prometteurs ont été purement et simplement ignorés, alors même que le secteur défensif algérien était identifié comme le maillon faible de la sélection. Sohaib Naïr, défenseur central passé par Guingamp avant de rejoindre récemment l'AS Saint-Étienne, avait pourtant connu une première convocation en mars 2025. Le natif de France, capable et solide, aurait pu apporter une alternative crédible à une charnière vieillissante. Il n'a pas été retenu dans la liste finale du Mondial.

Même constat pour Elias Benkara, le jeune défenseur du Borussia Dortmund. À 18 ans, comparé par la presse allemande à Nico Schlotterbeck pour sa lecture du jeu et sa qualité de relance, le natif d'Allemagne avait choisi l'Algérie avec fierté. Certes, son manque d'expérience en équipe première justifie une certaine prudence. Mais dans une sélection où la défense a coulé match après match, l'absence de sang neuf interroge. Samir Chergui, défenseur du Paris FC pourtant convoqué dans le groupe, n'a lui non plus jamais été aligné une seule minute. Le jour où une sélection convoque des joueurs sans jamais leur donner leur chance, elle se prive volontairement de solutions qui pourraient tout changer.

Le cas Bennacer, symbole d'un choix contestable

Mais l'exemple le plus frappant de ce déséquilibre concerne un joueur qui n'appartient ni tout à fait à la jeunesse ni tout à fait aux cadres installés. Ismaël Bennacer. Le milieu de terrain, champion d'Afrique 2019, a été purement et simplement écarté de la liste du Mondial. Officiellement pour manque de forme. Sauf que Bennacer avait retrouvé son niveau au moment de la publication de la liste, et beaucoup estimaient qu'il méritait amplement sa place dans le groupe. Le natif d'Arles est un cadre au vrai sens du terme. Pas un cadre par ancienneté ou par affinité avec la fédération, mais un cadre par son engagement, son rendement et sa qualité technique intrinsèque.

Son absence a d'ailleurs suscité l'incompréhension du joueur lui-même, qui l'a exprimée dans un entretien accordé à la Gazette du Fennec. Le milieu de terrain algérien, capable de casser des lignes, de récupérer des ballons et d'apporter une intelligence de jeu rare, aurait probablement offert au milieu algérien la solidité qui lui a tant manqué face à Xhaka et Freuler. Une chose est sûre : écarter un joueur du calibre de Bennacer tout en maintenant des cadres au rendement déclinant illustre parfaitement l'incohérence des choix opérés. Le mérite semble parfois compter moins que d'autres considérations dans les décisions de la sélection.

Les cadres installés maintenus malgré tout

Dans le même temps, plusieurs cadres installés ont continué à bénéficier d'un temps de jeu conséquent malgré des prestations en dessous des attentes. Aïssa Mandi, 34 ans, a été aligné systématiquement dans la charnière centrale malgré des limites de vitesse de plus en plus criantes, jusqu'à se faire enrhumer sur le premier but suisse. Nabil Bentaleb, 31 ans, a conservé sa place au milieu malgré des relances hasardeuses. D'autres cadres en manque de rythme ou de confiance ont continué à jouer pendant que les jeunes restaient spectateurs. Le contraste est saisissant et alimente légitimement le débat autour de la gestion de l'effectif.

Il serait injuste de nier l'apport historique de ces cadres à la sélection. Mandi, Bentaleb, Mahrez ont écrit de belles pages du football algérien. Mais le football de sélection ne peut pas fonctionner sur les acquis du passé. Le maillot vert doit se mériter match après match, et non se conserver par droit acquis. Le jour où une sélection privilégie la réputation d'hier à la performance d'aujourd'hui, elle hypothèque son avenir immédiat. C'est précisément ce qui semble s'être produit lors de ce Mondial 2026.

La leçon Maza pour l'avenir

La vraie leçon de ce Mondial tient pourtant dans un seul exemple. Ibrahim Maza. Le prodige de Leverkusen a démontré que lorsqu'on fait confiance à la jeunesse, elle répond présent, même à 20 ans, même dans les matchs les plus intenses. Sa réussite doit servir de modèle pour la reconstruction à venir. La Fédération algérienne et le prochain staff technique, quel qu'il soit, devront tirer les leçons de cet échec. Faire émerger les Boulbina, Titraoui, Naïr, Benkara et autres jeunes talents. Rappeler les cadres méritants comme Bennacer. Et surtout, oser tourner la page des joueurs dont le cycle est manifestement terminé.

Le vivier algérien est riche, en Algérie comme dans la diaspora binationale établie en Europe. Jamais la sélection n'a disposé d'autant de jeunes talents formés dans les meilleurs centres du continent. Le gâchis serait de ne pas leur donner leur chance par excès de prudence ou par attachement sentimental à une génération sur le déclin. Une chose est certaine : l'avenir de l'Algérie appartient à sa jeunesse. Encore faut-il avoir le courage de la lancer.

Et maintenant ?

Le Mondial 2026 est terminé pour les Verts, et le prochain cycle vers la CAN 2027 commence dès maintenant. C'est le moment idéal pour opérer une transition générationnelle courageuse. Donner les clés aux jeunes talents. Reconstruire une défense solide avec du sang neuf. Rappeler les cadres méritants écartés injustement. Et accepter de tourner la page des joueurs dont les limites sont désormais trop visibles. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, l'espoir réside précisément dans cette nouvelle génération qui n'attend qu'une chose. Qu'on lui fasse enfin confiance. Le talent est là. Le potentiel est immense. Reste à trouver le courage de construire réellement l'avenir, au lieu de s'accrocher indéfiniment au passé. C'est à ce prix seulement que les Verts pourront à nouveau nourrir de grandes ambitions internationales.

*Source : Foot Afrique, TSA Algérie, La Gazette du Fennec, DiasporaDZ, Fennec Football*

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