Benlamri, le profil de défenseur qui fait défaut aujourd'hui
Roc de la charnière lors du sacre continental de 2019, Djamel Benlamri incarnait une solidité défensive dont l'absence se fait cruellement sentir dans l'Algérie d'aujourd'hui.
Il y a des joueurs qu'on apprécie vraiment à leur juste valeur seulement quand ils ne sont plus là. Djamel Benlamri appartient à cette catégorie. Le défenseur central né le 25 décembre 1989 à Alger n'a jamais été la vedette la plus médiatisée de la sélection algérienne. Il n'avait ni l'aura de Riyad Mahrez, ni la technique d'Ismaël Bennacer, ni la cote internationale de plusieurs de ses coéquipiers. Et pourtant, quand l'Algérie a soulevé la Coupe d'Afrique des Nations 2019 en Égypte, c'est en grande partie sur ses larges épaules que reposait la solidité défensive du groupe de Djamel Belmadi. Roc infranchissable dans l'axe, guerrier au jeu de tête dominateur, leader silencieux d'une charnière qui a fait plier tout un continent. Et soyons francs : à l'heure où l'Algérie vient de quitter le Mondial 2026 sur une nouvelle démonstration de fragilité défensive, le profil de défenseur qu'incarnait Benlamri fait aujourd'hui cruellement défaut.
Hommage à un roc de la défense algérienne dont la solidité résonne comme un contraste douloureux avec la réalité actuelle des Verts.
Le pilier silencieux du sacre de 2019
Il faut se souvenir de ce que représentait Djamel Benlamri pour l'équipe d'Algérie de 2019. Titularisé dans la charnière centrale aux côtés d'Aïssa Mandi, le natif d'Alger était l'un des piliers du système défensif de Djamel Belmadi. Tout au long de cette CAN victorieuse, la défense algérienne avait affiché une solidité remarquable. Peu de buts encaissés, une organisation collective rigoureuse, une capacité à défendre en bloc qui avait fait la différence dans les moments décisifs. Benlamri incarnait cette rigueur. Longiligne, puissant, dominant dans les airs, il apportait cette présence physique qui rassure toute une équipe.
Son apport ne se mesurait pas en statistiques offensives ou en passes décisives. Il se mesurait à sa capacité à annihiler les attaquants adverses, à gagner ses duels, à sécuriser sa zone. Le natif d'Alger était de ces défenseurs qui ne font pas les gros titres mais sans lesquels aucun titre n'est possible. Une chose est certaine : dans le sacre continental de 2019, la contribution de Benlamri à l'édifice défensif algérien a été absolument déterminante, même si elle a souvent été éclipsée par les prouesses offensives de Mahrez et compagnie.
Un guerrier au parcours singulier
Le parcours de Djamel Benlamri raconte l'histoire d'un joueur qui a construit sa carrière à la force du poignet. Formé au NA Hussein Dey où il débute en 2009, le défenseur passe ensuite par la JS Kabylie en 2012, puis par l'ES Sétif en 2015 avec qui il remporte la Supercoupe d'Algérie. C'est là qu'il attire l'attention du football du Golfe. En 2016, il rejoint Al-Shabab Riyad en Arabie Saoudite, où il franchit un véritable palier pendant quatre saisons. C'est durant cette période saoudienne que Belmadi le rappelle en sélection, à l'occasion d'un match face au Togo dans le cadre des qualifications de la CAN 2019.
Après le sacre continental, Benlamri connaît une première expérience européenne à l'Olympique Lyonnais en 2020, sur laquelle il est honnête de reconnaître qu'elle n'a pas été à la hauteur de ses espérances. S'ensuivent des passages au Qatar SC, à Al-Khaleej, au Wydad Casablanca et à Al-Wasl Dubaï, avant un retour au pays au MC Alger en 2023, où il remporte le titre de champion d'Algérie 2024. Aujourd'hui, à 36 ans, le roc évolue à l'ES Mostaganem, loin des projecteurs de la sélection nationale. Une chose est sûre : sa carrière en dents de scie après 2019 ne doit pas faire oublier ce qu'il a représenté au sommet de son art.
Le contraste douloureux avec la défense actuelle
Et c'est précisément là que le souvenir de Benlamri prend une résonance particulière. L'Algérie vient de quitter le Mondial 2026 en encaissant sept buts en quatre matchs, dont deux face à la Suisse en huitièmes de finale qui ont scellé son élimination. La charnière centrale actuelle, emmenée par un Aïssa Mandi vieillissant et dépassé par la vitesse des attaquants adverses, a montré des fragilités béantes tout au long du tournoi. Manque de vitesse, erreurs de placement, communication déficiente, absence de leadership défensif vocal. Autant de failles qui ont coûté cher aux Verts.
Le contraste avec l'époque Benlamri est saisissant. Là où la défense de 2019 rassurait par sa solidité et son organisation, celle de 2026 inquiète par sa fébrilité chronique. Là où Benlamri dominait physiquement ses adversaires, la charnière actuelle se fait régulièrement déborder par la vitesse et la puissance. Le profil de défenseur roc, dominateur dans les airs, intraitable dans les duels, capable de sécuriser tout un système par sa seule présence, semble avoir disparu de l'effectif algérien. Le jour où une sélection perd ce type de joueur sans parvenir à le remplacer, elle perd bien plus qu'un simple défenseur. Elle perd son assurance défensive.
Le profil manquant qu'il faut désormais retrouver
La vraie leçon de cet hommage n'est pas de réclamer un retour de Benlamri en sélection. À 36 ans et évoluant en deuxième division algérienne, le natif d'Alger n'est évidemment plus une option pour les Verts. La vraie leçon, c'est que la Fédération algérienne et le prochain staff technique doivent impérativement identifier de nouveaux défenseurs capables d'incarner ce profil de roc défensif. Des joueurs physiques, dominants dans les airs, intraitables dans les duels, dotés d'un vrai leadership dans l'organisation du bloc. Le vivier existe, en Algérie comme dans la diaspora binationale établie en Europe.
Des noms comme Ahmed Touba au RB Salzbourg, ou d'autres jeunes défenseurs prometteurs qui n'ont pas encore eu leur chance, méritent d'être suivis de près. L'important est de retrouver cette culture défensive qui a fait la force de l'Algérie de 2019. Une équipe ne gagne pas seulement par son talent offensif. Elle gagne d'abord par sa solidité derrière. Une chose est certaine : tant que les Verts n'auront pas retrouvé un défenseur du calibre et du profil de Benlamri au sommet de sa forme, ils resteront vulnérables dans les grands rendez-vous internationaux.
Et maintenant ?
Djamel Benlamri poursuit tranquillement sa carrière à l'ES Mostaganem, loin de l'agitation de la sélection nationale. Mais son souvenir doit servir de repère pour l'avenir. Il rappelle qu'une grande équipe se construit d'abord sur une défense solide, et que le sacre de 2019 doit autant à la muraille défensive qu'aux étincelles offensives. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, l'hommage à ce roc discret est aussi un message adressé aux décideurs du football national. Retrouvez ce profil de défenseur. Reconstruisez une vraie charnière. Redonnez aux Verts cette assurance derrière qui leur a tant manqué lors du dernier Mondial. Djamel Benlamri restera comme l'un des artisans les plus discrets mais les plus essentiels du dernier grand triomphe algérien. Et son exemple mérite d'inspirer la reconstruction à venir. Merci pour tout, le roc.
*Source : L'Équipe, Afrik-Foot, Wikipédia, FotMob*
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