Algérie-Suisse : égaler 2014, la mission des Verts à Vancouver
Douze ans après le huitième de finale héroïque face à l'Allemagne future championne du monde, la génération 2026 des Verts a rendez-vous avec l'histoire ce vendredi 3 juillet à Vancouver.
Il y a des générations de footballeurs qui héritent d'un patrimoine émotionnel plus lourd que d'autres. Les Fennecs qui fouleront la pelouse du BC Place Stadium de Vancouver ce vendredi 3 juillet à 5 heures heure suisse portent précisément sur leurs épaules le souvenir d'une nuit magique. Celle du 30 juin 2014 à l'Estadio Beira-Rio de Porto Alegre, quand les hommes de Vahid Halilhodžić ont fait vaciller l'Allemagne pendant cent-vingt minutes avant de s'incliner sur le score cruel de 2-1 après prolongation. Une équipe qui deviendrait quelques semaines plus tard championne du monde en battant l'Argentine en finale. Douze ans plus tard, l'Algérie de Vladimir Petkovic retrouve enfin les seizièmes de finale d'un Mondial. Et cette fois, l'ambition ne peut être que d'égaler cette performance historique. Mieux encore, de la dépasser pour la première fois. Et soyons francs : le contexte tactique et émotionnel du match face à la Suisse laisse penser que ce défi est parfaitement à la portée des Verts.
Décryptage d'un rendez-vous historique qui pourrait marquer un tournant dans la mémoire collective algérienne.
Le souvenir sacré du 30 juin 2014
Il faut remonter à cette nuit du 30 juin 2014 pour bien mesurer l'enjeu. Les Verts de Vahid Halilhodžić avaient arraché leur qualification au premier tour d'un groupe difficile comprenant la Belgique, la Corée du Sud et la Russie. Une première historique. Le huitième de finale les opposait à l'Allemagne, ogre incontesté du football mondial. La Mannschaft partait ultra-favorite. Personne ne donnait cher de la peau des Fennecs. Mais dès la 37e minute, la légende Raïs M'Bolhi commençait son récital. Sept parades décisives allaient jalonner la rencontre. Un exploit statistique qui allait écœurer Thomas Müller, Miroslav Klose, Mesut Özil et tous les attaquants allemands.
La possession de balle allemande a atteint soixante-dix pour cent. Les tirs se sont accumulés à neuf contre quatre pour les Fennecs. Manuel Neuer a été contraint de sortir régulièrement de sa surface en libéro pour dégager les longues balles algériennes. Mais rien n'y a fait. Il a fallu attendre la 92e minute de la prolongation, l'entame de la deuxième mi-temps supplémentaire, pour voir André Schürrle inscrire l'ouverture du score d'une talonnade. Un geste qui, ironie de l'histoire, rappelait la légendaire talonnade de Rabah Madjer en finale de Coupe d'Europe 1987 avec Porto. Mesut Özil confirmait à la 120e, puis Abdel Djabou sauvait l'honneur d'un ultime tir dans le temps additionnel. Sortis la tête haute, les Verts avaient forcé le respect de la planète football. Une chose est certaine : cette génération 2014 restera à jamais dans le patrimoine émotionnel du football algérien.
La génération 2026 face à un défi plus abordable
Douze ans plus tard, le tableau des Verts a changé. La Suisse de Murat Yakin qui les attend à Vancouver n'est pas l'Allemagne de Löw et de Klose. Certes, la Nati reste une équipe européenne solide, disciplinée et technique. Elle a même remporté son groupe B sans concéder un seul but. Mais elle ne se hisse pas au rang des favoris de ce Mondial 2026. Les statistiques d'ensemble le confirment. La Suisse compte trois points de moyenne par match en phase de groupes. Contre 5-6 points pour les vraies stars du tournoi comme l'Argentine, le Brésil, la France ou l'Espagne. Sur le papier, les Verts affrontent donc un adversaire d'un calibre plus abordable que celui rencontré en 2014.
La comparaison technique est également intéressante. Là où l'Algérie de Halilhodžić disposait d'un noyau technique construit autour de Feghouli, Slimani et Soudani, la sélection de Vladimir Petkovic possède des profils d'un calibre potentiellement supérieur. Riyad Mahrez évidemment, avec son doublé décisif face à l'Autriche et sa passe décisive à Belghali. Ibrahim Maza, révélation du tournoi, qui s'installe comme le patron technique du milieu. Houssem Aouar avec ses deux passes décisives contre les Autrichiens. Amine Gouiri, Nadhir Benbouali, potentiel retour de Mohamed Amoura. La palette offensive est bien plus riche qu'il y a douze ans. Le jour où une génération dispose d'autant de talents individuels devant, elle a par définition la capacité de rêver plus grand que ses prédécesseurs.
Le calibre Petkovic contre l'expérience de Yakin
Sur le banc, l'affiche est fascinante. Vladimir Petkovic, actuel sélectionneur des Verts, est un ancien sélectionneur de la Suisse qu'il a dirigée pendant sept années consécutives de 2014 à 2021. Soixante-dix-huit matchs, un record absolu de l'histoire de la Nati. Il connaît par cœur Murat Yakin qui lui a succédé sur le banc helvétique en 2021, il connaît les joueurs actuels qu'il a pour la plupart lancés ou consolidés, il connaît la mentalité, le style tactique et les habitudes de jeu de son ancien groupe. Un avantage stratégique majeur que Vahid Halilhodžić ne possédait pas face à Joachim Löw il y a douze ans.
Cet avantage est précieusement pesé par les analystes tactiques. Petkovic sait exactement comment la Suisse coulisse défensivement, comment Granit Xhaka oriente le jeu, quand la Nati doute, quels profils craquent sous pression. Il connaît les qualités et les faiblesses individuelles de chaque titulaire adverse. Sept années de travail commun ne s'effacent pas en quelques saisons. Une chose est sûre : le facteur Petkovic peut faire pencher la balance de manière significative dans un match d'une telle intensité tactique.
L'occasion de dépasser 2014 pour la première fois
Mais l'ambition ne doit peut-être pas se limiter à égaler simplement l'exploit de 2014. Elle doit oser aller un cran plus loin. Dans toute l'histoire du football algérien, jamais une équipe nationale n'a atteint les quarts de finale d'une Coupe du Monde. Le plafond a toujours été le huitième de finale, avec les défaites face à l'Allemagne en 2014 et l'élimination au premier tour de 1982, 1986 et 2010. Franchir ce cap symbolique pour la première fois constituerait une révolution institutionnelle dans la mémoire footballistique algérienne. C'est précisément ce que cette génération 2026 a l'occasion historique d'accomplir.
Mahrez lui-même en est parfaitement conscient. Le natif de Sarcelles a confirmé avant le début du Mondial qu'il s'agissait probablement de sa dernière danse en sélection. À 35 ans, l'ailier de Manchester City sait que le rendez-vous face à la Suisse représente peut-être sa dernière chance d'écrire une page définitive de la légende algérienne. Pour Ibrahim Maza, jeune diamant du groupe, ce match pourrait devenir l'instant fondateur d'une carrière internationale majeure. Pour Aïssa Mandi, capitaine défensif présent en 2014 aussi comme jeune joueur, l'occasion de refermer un chapitre douloureux se présente enfin. Le jour où une génération transforme son ambition en accomplissement, elle inscrit son nom pour toujours dans la mémoire collective d'un peuple.
L'héritage émotionnel à transmettre
Il y a aussi une dimension patrimoniale dans ce match. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, l'affiche du 3 juillet à Vancouver résonnera avec un écho particulier. Ceux qui étaient adolescents en 2014 se souviennent précisément où ils étaient, avec qui ils regardaient le match, ce qu'ils ont ressenti quand M'Bolhi enchaînait les parades héroïques. Douze ans plus tard, ce sont leurs enfants ou leurs jeunes frères qui vont vivre le nouveau chapitre. Une transmission générationnelle qui fait la richesse émotionnelle du football de sélection.
Pour la génération de Mahrez, Mandi et Bentaleb, tous présents ou proches du groupe en 2014, l'occasion de refermer le cercle est unique. Ils ont grandi en admirant les Belloumi, les Assad, les Madjer. Ils ont vécu adolescents ou jeunes adultes l'épopée brésilienne face à l'Allemagne. Ils sont désormais les cadres du groupe qui doit inspirer les jeunes Maza, Aouar, Benbouali, Hadjam. Une chaîne symbolique qui donne à ce match une dimension au-delà du simple résultat sportif.
Et maintenant ?
Le rendez-vous décisif se profile ce vendredi 3 juillet à 5 heures heure suisse au BC Place Stadium de Vancouver. Pour Vladimir Petkovic, l'occasion tactique parfaite d'utiliser sa connaissance approfondie du football helvétique. Pour Riyad Mahrez, la chance ultime d'inscrire son nom au niveau des M'Bolhi, Feghouli et Slimani dans le panthéon algérien. Pour Ibrahim Maza et la nouvelle génération, l'opportunité rare d'écrire un chapitre inédit de l'histoire des Verts. Une chose est certaine : cette équipe dispose de tous les atouts pour égaler l'exploit de 2014. Reste maintenant à oser croire qu'elle peut même le dépasser. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, l'attente sera longue mais joyeuse. Et le rêve continue jusqu'au coup d'envoi.
*Source : Eurosport, Foot Mercato, France 24, FIFA*
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