Mahrez, sélectionneur de demain : un destin déjà tracé ?
Relais du sélectionneur sur le terrain, leader des jeunes, lecteur tactique reconnu : à 35 ans, le capitaine des Verts ressemble de plus en plus à un futur entraîneur de la sélection nationale.
Il y a des images qui ne trompent pas. Pendant le match face à la Jordanie ce mardi à Santa Clara, on a vu Riyad Mahrez multiplier les consignes auprès de ses partenaires plus jeunes. Replacer un Belghali parfois perdu dans son couloir. Donner des indications tactiques à Ibrahim Maza dans les phases offensives. Galvaniser un Benbouali plein de promesses mais peu expérimenté à ce niveau. Pas pour le simple temps d'un match. C'est tout au long de cette Coupe du Monde 2026 que le capitaine des Verts s'est progressivement transformé en quasi-coach sur le terrain. Et soyons francs : à 35 ans, à la veille de sa probable dernière compétition majeure en sélection, Riyad Mahrez ressemble de plus en plus à un futur sélectionneur national.
Décryptage d'un parcours qui semble écrit pour mener naturellement le natif de Sarcelles vers le banc des Fennecs dans les années à venir.
Le capitaine devenu relais du sélectionneur
Le diagnostic ne vient pas de nulle part. Dans une analyse publiée par Eurosport début janvier 2026 à la veille du match face à la RD Congo en CAN, l'ancien international algérien Chérif Oudjani avait livré une observation qui prend désormais tout son sens. Selon le champion d'Afrique 1990, Riyad Mahrez est devenu « un relais du sélectionneur, car ils travaillent tous les deux en bonne intelligence, et un leader pour les jeunes arrivés récemment dans le groupe ». Cette double fonction de relais et de leader, peu de capitaines au monde l'assument avec une telle naturalité.
La relation forte entre Mahrez et Vladimir Petkovic n'est d'ailleurs pas un hasard. Les deux hommes avaient eu plusieurs conversations approfondies à la prise de fonction du technicien bosno-suisse en mars 2024, et c'est notamment grâce à ce dialogue que le natif de Sarcelles a accepté de revenir en sélection en septembre 2024 après une période compliquée. Une chose est certaine : quand un sélectionneur et son capitaine travaillent à ce niveau de complicité, c'est qu'ils partagent la même lecture du football.
Une lecture tactique reconnue de longue date
Le sujet n'est d'ailleurs pas nouveau. Djamel Belmadi lui-même, à plusieurs reprises lors de ses conférences de presse pendant son mandat, avait souligné publiquement l'intelligence de jeu et la lecture tactique de son capitaine. Mahrez sentait le football et le connaissait. L'ancien sélectionneur, qui avait remporté la CAN 2019 avec Mahrez en chef de file de son projet, avait souvent insisté sur la capacité du natif de Sarcelles à anticiper les situations de jeu, à proposer des solutions, à comprendre instantanément les ajustements à faire. Ce regard de Belmadi compte. Parce qu'il vient d'un technicien qui a lui-même appris son métier sur le tas, et qui sait reconnaître la pâte d'un futur coach.
Les images de la CAN 2025 au Maroc avaient déjà laissé entrevoir cette dimension. Face à la RD Congo notamment, Mahrez avait été aperçu plusieurs fois en train de donner des consignes précises à ses partenaires depuis sa position d'ailier droit. Une attitude qu'on retrouve chez peu de joueurs offensifs, généralement plus tournés vers leur propre rendement statistique. Le jour où un attaquant pense davantage à organiser collectivement qu'à briller individuellement, on tient probablement un futur entraîneur.
62 capitanats record et une expérience irremplaçable
Les chiffres parlent eux aussi pour le futur Mahrez sélectionneur. Le natif de Sarcelles est tout simplement le joueur ayant porté le brassard de capitaine de la sélection algérienne le plus souvent dans toute l'histoire du football national, avec 62 capitanats. Devant Madjer, devant Belloumi, devant les grandes figures qui ont marqué le maillot vert. Cette expérience de la fonction de capitaine n'est pas neutre. Elle forge une capacité à communiquer avec un groupe, à gérer les egos, à mobiliser dans les moments difficiles. Toutes ces compétences sont précisément celles attendues d'un sélectionneur national.
Au-delà du seul brassard, Mahrez aura connu trois sélectionneurs majeurs sous le maillot vert. Christian Gourcuff, Djamel Belmadi et Vladimir Petkovic. Trois écoles tactiques différentes. Trois philosophies de management différentes. Trois manières d'organiser un vestiaire. C'est une formation pratique de plus de douze ans au plus haut niveau, que peu de techniciens débutants peuvent revendiquer. Une chose est sûre : sur le terrain du vécu international, Mahrez dispose déjà d'un capital expérience considérable.
Une tradition algérienne d'ex-joueurs devenus coachs
Il faut aussi rappeler le contexte historique. L'Algérie a une véritable tradition de sélectionneurs issus des rangs d'anciens internationaux. Rachid Mekhloufi, ancien joueur du FLN, avait été sélectionneur dans les années 1970. Rabah Madjer, héros de la talonnade en finale de Coupe d'Europe, avait dirigé les Verts. Et plus récemment, Djamel Belmadi, lui-même ancien international algérien né à Paris, avait conduit l'équipe au sacre continental 2019. Cette continuité entre la trajectoire de joueur emblématique et celle de sélectionneur est inscrite dans l'ADN du football algérien.
Mahrez s'inscrirait donc parfaitement dans cette lignée. Mieux encore, son aura mondiale acquise à Manchester City avec deux titres de Premier League et une Ligue des Champions lui donnerait un crédit immédiat dans le vestiaire et auprès des supporters. Pas besoin d'établir sa légitimité comme l'a dû faire Petkovic à sa prise de fonction. Le natif de Sarcelles arriverait avec la stature naturelle d'une légende qui parle aux générations qu'elle vient elle-même de quitter.
Reste à passer par les diplômes
Il serait évidemment naïf de penser que Mahrez prendra le banc des Verts immédiatement après sa retraite sportive. La voie réglementaire impose le passage par les diplômes d'entraîneur de l'UEFA. Licence A, puis Pro, puis éventuellement spécialisation sélection. C'est un parcours de quatre à cinq ans en moyenne, qui demande un investissement personnel important et une vraie volonté de transmission. La question reste donc ouverte. Mahrez aura-t-il l'envie de se lancer dans cette aventure exigeante ? Ou préférera-t-il une retraite plus douce dans le monde du business ou de la consultance, comme l'ont fait avant lui d'autres légendes du football mondial ?
La réponse appartiendra entièrement au principal intéressé. Mais les signes sont là. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, l'idée d'un Mahrez sélectionneur dans une dizaine d'années n'est plus de la science-fiction. C'est une trajectoire crédible, presque naturelle. Le jour où le natif de Sarcelles s'inscrira officiellement à sa première formation d'entraîneur, le compte à rebours sera lancé.
Et maintenant ?
Les Verts joueront leur qualification face à l'Autriche samedi à Kansas City. Pour Mahrez, il s'agira probablement de l'un des derniers grands matchs de sa carrière internationale. Quel que soit le résultat, son héritage est déjà immense. Champion d'Afrique 2019, capitaine record, joueur formé à Sarcelles devenu l'un des plus grands ailiers droits de sa génération en Premier League. Reste maintenant à écrire le chapitre suivant. Sélectionneur des Verts dans dix ans ? La diaspora algérienne aimerait sans doute y croire. Et le destin du natif de Sarcelles semble bien tracé pour cela.
*Source : Eurosport, Compétition.dz, Wikipédia*
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