Cherki et Akliouche : le scénario Fekir se répète encore
Pendant que les Verts galèrent au milieu avec Zerrouki et Bentaleb, les deux talents franco-algériens jouent les supersubs avec la France. Un gâchis qui rappelle douloureusement le précédent Fekir.
Le scénario est cruel. Et tellement répétitif. Pendant que l'Algérie galère pour trouver une cohérence dans son milieu de terrain au Mondial 2026, avec un Nabil Bentaleb plus très tranchant et un Ramiz Zerrouki coupable sur le seul but encaissé face à la Jordanie, deux profils binationaux extrêmement talentueux jouent les bouche-trous au sein de l'équipe de France. Rayan Cherki, 22 ans, meneur de jeu de Manchester City, mère originaire de Biskra. Maghnes Akliouche, 23 ans, milieu offensif de l'AS Monaco, racines algériennes assumées publiquement. Deux joueurs qui auraient pu transformer le visage technique des Verts, et qui sont aujourd'hui réduits à attendre leur tour sur le banc des champions du monde en titre. Et soyons francs : la diaspora algérienne a tout à fait le droit de pleurer ce qu'aurait pu être ce milieu de terrain national.
Décryptage d'un dossier sensible qui hante le football algérien à chaque grand rendez-vous international.
Cherki, le génie qui a snobé les Verts
Commençons par celui qui a fait couler le plus d'encre. Mathis Rayan Cherki, né le 17 août 2003 à Lyon, est probablement l'un des talents techniques les plus purs de sa génération en Europe. Sa mère Abla est algérienne, originaire précisément de Biskra. Son père Fabrice a des racines italiennes. Triplement éligible donc, le natif du Rhône a longtemps laissé planer le doute sur son choix international. La Fédération algérienne a multiplié les démarches, les offres, les rencontres. Pendant des années, les supporters des Verts ont espéré voir Cherki porter le maillot de ses origines maternelles. Mais le 14 mai 2026, Didier Deschamps l'a sélectionné pour la Coupe du Monde au sein des 26 Bleus. Le dossier a été refermé sans gloire pour l'Algérie.
Les chiffres parlent pourtant pour Cherki. Une saison 2024-2025 époustouflante avec l'Olympique Lyonnais, conclue par le titre de meilleur passeur du championnat avec 11 passes décisives, le prix UNFP du meilleur dribbleur de Ligue 1 et 8 passes décisives en Europa League. Un transfert à Manchester City pour 36 millions d'euros à l'été 2025. Et désormais une place dans le groupe France pour le Mondial, où il est utilisé en supersub par Didier Deschamps. Une chose est certaine : avec un tel calibre technique dans le milieu algérien, le projet de jeu actuel de Vladimir Petkovic prendrait une tout autre dimension.
Akliouche, l'autre rêve brisé
Le cas Maghnes Akliouche est tout aussi douloureux. Né le 25 février 2002 à Tremblay-en-France, le milieu offensif évolue à l'AS Monaco depuis ses débuts professionnels. Son entraîneur Adi Hütter affirmait dès mars 2025 qu'il ne manquait rien à Akliouche pour devenir international A. Pendant des mois, l'option algérienne est restée ouverte. La Fédération algérienne, plus discrète qu'avec Cherki mais tout aussi attentive, espérait que le silence relatif de Deschamps pousserait le joueur vers les Verts.
C'est finalement en septembre 2025 qu'Akliouche a fait son premier pas avec les Bleus, à l'occasion d'une entrée en jeu face à l'Ukraine. Sa première titularisation chez les A est intervenue face à l'Azerbaïdjan en éliminatoires du Mondial 2026, ponctuée d'un but. Mais aujourd'hui, le natif de Tremblay-en-France est lui aussi utilisé en sortie de banc par Didier Deschamps. À Monaco, il s'illustrait pourtant comme l'un des meilleurs milieux offensifs de Ligue 1 avec plus de 30 matches disputés et plusieurs buts inscrits. Le jour où un joueur de ce calibre est réduit au rôle de bouche-trou en sélection, on se dit qu'il aurait pu briller ailleurs.
Le précédent Fekir qui hante la diaspora
L'histoire récente du football algérien regorge de ces dossiers qui finissent mal pour le maillot vert. Mais il y en a un qui revient systématiquement dans les conversations. Celui de Nabil Fekir. Le natif de Lyon, lui aussi d'origine algérienne par ses parents, avait été à deux doigts de s'engager officiellement avec les Verts en mars 2015. Une convocation acceptée. Un maillot floqué prêt. Un déclaration publique enthousiaste. Puis le revirement spectaculaire à 48 heures du rassemblement, après un appel de Didier Deschamps. Fekir a fini par jouer pour la France.
La suite de l'histoire est connue. Champion du monde 2018 par procuration, sans une seule minute de finale jouée. Un total de 25 sélections, dont une bonne partie en sortie de banc. Trois petits buts en équipe de France. Une carrière internationale qui n'a jamais atteint le niveau qu'on lui prédisait. Aujourd'hui à 32 ans à Al-Ittihad en Arabie Saoudite, Fekir reste comme le symbole douloureux d'un choix qui ne lui a finalement apporté ni gloire majeure ni reconnaissance durable. Une chose est certaine : avec l'Algérie, il aurait probablement été le patron d'une génération et le héros d'un peuple.
Cherki et Akliouche sur le même chemin ?
Voilà ce qui inquiète aujourd'hui la diaspora algérienne. Le parallèle entre Fekir et le duo Cherki-Akliouche saute aux yeux. Tous trois talents techniques exceptionnels. Tous trois sollicités par l'Algérie pendant des années. Tous trois finalement choisis par Didier Deschamps. Tous trois utilisés en sortie de banc en équipe de France à des moments cruciaux. Cherki entre régulièrement en jeu en seconde mi-temps des matchs des Bleus. Akliouche également. Aucun des deux n'est titulaire indiscutable. Aucun des deux ne dispose du temps de jeu qu'ils ont à Manchester City et à Monaco respectivement.
Samir Nasri lui-même, ancien Bleu d'origine algérienne, a tenu des propos lourds de sens en mai 2026 sur le podcast K-mel Alliance Ethnik. À la question de savoir s'il aurait choisi l'Algérie aujourd'hui, l'ancien meneur de jeu de Manchester City a répondu sans détour. Demain, je suis Akliouche ou Cherki, je peux me poser la question et me dire France ou Algérie. Une déclaration qui sonne comme un regret implicite du natif de Marseille, et qui résonne désormais avec une force particulière à la lumière du sort réservé aux deux jeunes franco-algériens en sélection.
L'Algérie paie le prix de son attractivité limitée
Il faut aussi savoir reconnaître que le maillot vert souffre encore d'un déficit d'image dans certaines générations binationales. Pendant longtemps, jouer pour l'Algérie était perçu comme un choix par défaut, faute d'être sollicité par les Bleus. Une réalité dénoncée par Samir Nasri lui-même, qui rappelait dans le même podcast qu'avant, l'Algérie n'avait pas la même réputation qu'aujourd'hui. Cette image est en train de changer, comme l'a montré le choix d'Amine Gouiri en mars 2024, mais elle peine encore à convaincre les profils ultra-courtisés comme Cherki ou Akliouche.
C'est précisément là que la fédération algérienne devra travailler dans les années à venir. Convaincre les futurs talents binationaux que le maillot vert est un projet ambitieux et porteur, et pas un lot de consolation. Présenter une équipe nationale séduisante, technique, conquérante. Bâtir un véritable récit fédérateur autour du drapeau. Sans cela, le scénario Fekir continuera à se répéter à l'infini, et l'Algérie continuera à perdre ses meilleurs talents binationaux à chaque grande compétition internationale.
Et maintenant ?
Le Mondial 2026 continue, et les Verts joueront leur qualification face à l'Autriche samedi à Kansas City. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, le constat est amer. Le milieu de terrain national aurait pu être renforcé par deux des meilleurs talents franco-algériens de sa génération. Au lieu de cela, ce sont Bentaleb, Zerrouki et Boudaoui qui doivent assumer la charge contre les meilleures nations du monde. Cherki et Akliouche s'inscrivent désormais dans la longue lignée des binationaux ayant choisi la France pour finalement n'y trouver qu'une carrière internationale moyenne. Le jour où ces talents comprendront qu'ils auraient pu être des légendes ailleurs, il sera probablement trop tard. Mais pour l'Algérie, l'heure du renouveau du milieu de terrain ne peut plus attendre.
*Source : Foot Mercato, La Gazette du Fennec, Olympics, Wikipedia, Afrik*
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