Bentaleb : son cœur a flanché, la science dit oui au retour
Eriksen l'a fait, Bentaleb suit le même chemin. Les experts l'affirment : défibrillateur et haut niveau peuvent coexister. Mais jusqu'où pousser le corps ?
Un terrain d'entraînement, un corps qui s'effondre, puis le silence. Le scénario glace chaque supporter qui l'a vécu de loin. Pour Nabil Bentaleb, milieu international algérien, l'arrêt cardiaque survenu pendant sa période lilloise aurait pu refermer une carrière. La science, elle, refuse ce verdict définitif.
Un cœur appareillé, un terrain pas forcément interdit
Le nom qui revient dès qu'on parle de retour, c'est Christian Eriksen. Le Danois s'était écroulé en plein Euro 2020, devant des millions de téléspectateurs. Réanimé, équipé d'un défibrillateur automatique implantable (DAI), il a depuis rejoué au plus haut niveau, en sélection comme en club. Son cas a déplacé une frontière que beaucoup croyaient infranchissable.
Les experts cités par Science & Vie tiennent un discours mesuré mais ouvert : porter un DAI et pratiquer le sport de haut niveau ne sont pas, par principe, incompatibles. L'appareil surveille le rythme cardiaque et peut délivrer un choc en cas d'anomalie grave. Loin d'être une condamnation, il devient un filet de sécurité.
Bentaleb, un dossier que l'Algérie suit de près
Pour les Verts, l'enjeu dépasse le sentiment. Bentaleb a longtemps incarné une certaine idée du milieu de terrain algérien : technique, dense, capable de tenir le ballon sous pression. Sa trajectoire, des académies anglaises jusqu'à la sélection, parle directement à la diaspora de France, de Belgique et du Canada qui s'est reconnue dans ce parcours.
Son éventuel retour ne se décrète pas. Il dépend d'un protocole médical strict, d'évaluations répétées et d'une décision qui appartient d'abord aux cardiologues, ensuite au joueur. Aucun calendrier ne saurait être imposé de l'extérieur. Mais le simple fait que le mot "retour" reste prononçable change la nature de l'attente.
Le vrai débat : possible ne veut pas dire sans risque
Dire qu'un retour est envisageable n'efface pas la prudence. Les spécialistes rappellent que chaque cas est unique, que la cause du trouble cardiaque pèse lourd dans la décision, et que la reprise s'accompagne d'un suivi rapproché. La compatibilité affirmée par la science est une porte ouverte, pas une garantie.
C'est précisément là que se loge la tension. Un sportif appareillé qui rejoue repousse les limites de ce que la médecine autorise. Il inspire d'autres patients, sportifs amateurs comme professionnels. Il oblige aussi le football à regarder en face une question qu'il préfère souvent ignorer : la performance vaut-elle qu'on flirte avec le risque ?
Le corps de Bentaleb a parlé une fois. La science lui répond que le dernier mot n'est pas encore écrit. Reste à savoir qui, du joueur, des médecins ou du calendrier sportif, tiendra le crayon.
_Source : Science & Vie_
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