Djabou : Dortmund, Barça, Arsenal, Monaco... le destin contrarié
Un pied gauche divin, un Mondial 2014, et quatre grands transferts ratés dont Klopp à Dortmund. Portrait d'Abdelmoumen Djabou, le talent algérien au destin contrarié.
Il y a des trajectoires qui interrogent un peuple tout entier. Celle d'Abdelmoumen Djabou en fait partie. Le natif de Sétif aurait dû devenir l'une des stars mondiales du football algérien aux côtés de Mahrez. Son pied gauche, sa vision du jeu et sa technique fine lui promettaient une trajectoire européenne fulgurante. Quatre grands clubs européens ont voulu le faire signer au cours de sa carrière. Aucun n'y est parvenu. Et soyons francs : quand on regarde le talent que possédait Djabou, on se demande comment il a pu passer si près du destin et ne jamais le saisir.
À 38 ans, Djabou regarde aujourd'hui sa carrière comme une succession de ce qui aurait pu être. Le bilan reste pourtant honorable : un Mondial 2014, plusieurs sélections avec les Verts, des trophées en Algérie et en Tunisie. Mais l'histoire aurait pu, et aurait dû, s'écrire à plus grande échelle. Portrait d'un génie sétifien que le destin a contrarié.
Le talent pur d'un enfant de Sétif
Né le 31 janvier 1987 à Sétif, Abdelmoumen Djabou a grandi le ballon au pied. Formé à l'USM Sétif avant de rejoindre l'ES Sétif, le natif du Constantinois s'impose rapidement comme un joueur à part. Son petit gabarit, 1,65 mètre seulement, n'a jamais été un handicap. Il en a même fait une force, à l'image d'autres petits joueurs entrés dans l'histoire du football mondial. Technique fine, pied gauche redoutable, vision du jeu, sens du dribble : Djabou possède toute la palette du meneur de jeu moderne.
Dès ses premières années à l'ES Sétif, le génie sétifien attire le regard. Il devient l'un des joueurs les plus doués de sa génération en Algérie. Une chose est certaine : quand Djabou touchait un ballon dans ses bonnes années, le stade retenait son souffle.
Quatre grands clubs, quatre fenêtres fermées
Mais c'est dans plusieurs interviews accordées ces derniers mois que le poids du destin contrarié devient cruellement palpable. Le joueur y a livré le récit douloureux de quatre grandes opportunités manquées avec des cadors européens. La première remonte à ses 12 ans : le FC Barcelone voulait l'intégrer à La Masia, l'académie de référence mondiale. La mère du joueur a refusé de le laisser partir. "Barcelone était une opportunité que j'ai manquée. Le club voulait m'accueillir dans son académie, mais ma mère a refusé", a-t-il confié sur Casa Del Sport, sans rancune.
Les années suivantes, c'est l'AS Monaco qui s'intéresse à lui. Puis Arsenal sous l'ère d'Arsène Wenger, le coach français qui a fait éclore tant de jeunes talents au sommet européen. Mais le club européen qui aura sans doute été le plus près de réussir le coup s'appelle le Borussia Dortmund. À l'époque où Jürgen Klopp régnait sur le BVB, le technicien allemand avait suivi de très près le profil de Djabou. Selon le récit livré par le joueur lui-même, Klopp lui aurait personnellement envoyé un maillot du Borussia. Un geste fort, presque intime, qui en disait long sur l'envie d'un manager de premier plan d'attirer le Sétifien dans son équipe.
Le maillot signé Klopp, le rêve avorté
L'anecdote du maillot envoyé par Klopp en personne est sans doute la plus parlante de toutes. À l'époque, le Borussia Dortmund jouait l'élite européenne et atteignait régulièrement les phases finales de la Ligue des Champions. Avoir le manager allemand qui prend la peine d'envoyer personnellement un maillot, c'est un signal de très haut niveau dans le milieu. La signature aurait pu transformer la carrière de Djabou. Le pied gauche du Sétifien, sa vision du jeu et sa technique fine collaient parfaitement à l'ADN du jeu klopp-ien fait de pressing, de vivacité et de jeu vertical.
Pourtant, là encore, le transfert n'aboutira pas. Djabou évoque dans ses interviews des raisons multiples, mêlées à des blocages administratifs et à des désaccords dirigeants qui ont étouffé l'opération. La fenêtre s'est refermée, comme les autres. Le maillot du BVB, lui, est resté dans les placards. Le jour où le talent algérien manque le bon train, il en repart rarement aux suivants.
Le Mondial 2014, le sommet d'une carrière
La carrière de Djabou aura tout de même connu un sommet inoubliable. En 2014, sous les ordres de Vahid Halilhodžić, il fait partie des artisans du parcours historique des Verts au Mondial brésilien. L'Algérie atteint pour la première fois de son histoire les huitièmes de finale, et y livre l'un des plus beaux matchs des Fennecs de tous les temps face à l'Allemagne future championne du monde. Djabou y exprime tout son talent, dans une équipe portée par Mahrez débutant, Brahimi flamboyant et Slimani buteur.
C'est à ce moment précis que sa cote aurait dû exploser sur le marché européen. Mais le timing, là encore, n'a pas joué pour lui. À 27 ans, il était peut-être considéré comme trop âgé par les recruteurs européens pour un investissement à long terme.
Une carrière algérienne et tunisienne, riche mais frustrante
Faute d'Europe, Djabou a tout de même bâti une belle carrière régionale. Quatre passages à l'ES Sétif, trois saisons au Club Africain en Tunisie entre 2012 et 2015, un prêt à Al-Nassr en Arabie saoudite en 2018, un passage au MC Alger entre 2019 et 2021. Le natif de Sétif a remporté des titres, gagné le respect, et terminé sa carrière en 2023 sous ses couleurs d'origine. Mais à chaque saison, à chaque dribble, on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait dû éclairer la Premier League, la Liga ou la Bundesliga.
Et maintenant ?
À 38 ans, Djabou a rangé les crampons. Mais son histoire continue d'interpeller, surtout à l'heure où une nouvelle génération algérienne s'apprête à briller au Mondial 2026. Maza, Hadj Moussa, Amoura, Belghali : tous ont les portes européennes grandes ouvertes. À eux de ne pas répéter l'histoire douloureuse de Djabou. Le talent ne suffit pas. Il faut aussi le timing, l'entourage et un grain de chance. Reste à Djabou une certitude : il a fait rêver son peuple. Et il reste, dans le cœur des supporters, l'une des plus belles épines du football algérien.
*Source : DzChronique — interviews Djabou (Echorouk TV, Casa Del Sport)*
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