Pays-Bas-Algérie : deux mi-temps, deux visages, mille questions
Entre une 1ère période ratée et une 2ème métamorphosée, les Verts ont gagné face aux Pays-Bas mais laissent un vrai débat tactique avant le Mondial.
L'Algérie a gagné à Rotterdam. c'est précieux, c'est bon pour le moral. Mais derrière le 1-0 final face aux Pays-Bas, le match livré par les Verts a offert deux visages radicalement opposés, et une question qui ne cesse de revenir : pourquoi Vladimir Petkovic n'aligne-t-il pas d'entrée ses meilleurs joueurs ? Et soyons francs : ce schéma-là, on commence à le connaître par cœur.
Pour bien comprendre ce qu'il s'est passé à De Kuip, il faut rejouer le match en deux temps. Et constater que ce n'est pas le coup de génie d'un sélectionneur qui a fait basculer la rencontre. C'est l'évidence du onze qui aurait dû jouer d'entrée.
Une première mi-temps perdue dans le milieu
Pendant 45 minutes, l'Algérie a semblé désorientée. Incapable de combiner, incapable de repartir proprement de derrière, incapable même d'enchaîner trois passes propres dans la zone médiane. Le diagnostic est limpide : un milieu de terrain sans création. Ramiz Zerrouki et Nabil Bentaleb composaient une charnière sans technique fluide, sans déclencheur, sans vitesse d'exécution.
Le résultat fut implacable. Les Pays-Bas ont multiplié les occasions, et sans un Luca Zidane immense, le score à la pause aurait pu être lourd. Devant, Houssem Aouar a particulièrement déçu. Et c'est sans doute le constat le plus inquiétant : voilà un joueur bourré de qualités techniques, capable de gestes rares, mais qui ne hausse jamais son niveau. Aouar se contente du minimum, partie après partie. Cette transparence, à l'aube du Mondial, doit interpeller.
Une seconde mi-temps métamorphosée
Le retour des vestiaires a tout changé. Les entrées d'Ibrahim Maza et de Farès Chaïbi en début de seconde période ont littéralement transformé l'équipe. Maza a illuminé le milieu de terrain, gagné des coups francs, orienté le jeu vers l'avant en permanence avec un toucher de balle qu'on attendait depuis le coup d'envoi. Bentaleb, aux côtés d'un joueur plus créatif, a immédiatement haussé son niveau. La preuve qu'il avait besoin d'un partenaire plus technique pour exister.
Même renaissance derrière, où Mohamed-Amine Tougaï, pourtant très décrié ces derniers mois, a apporté de la sérénité défensive dès son entrée à la pause. Et devant, Anis Hadj Moussa a livré la prestation la plus marquante de la soirée : percutant, provoquant constamment la défense néerlandaise, récompensé par un superbe but à cinq minutes du terme. Le natif de Rotterdam a tranché un débat. Notre conviction est claire : Hadj Moussa éteint définitivement la concurrence avec Riyad Mahrez sur l'aile droite. Il est en jambes, le capitaine est en fin de carrière. Ce n'est plus discutable.
Le vrai problème : un onze de départ qui interroge
Voilà donc le constat embarrassant. Certains diront que Petkovic est un génie, qu'il a trouvé la formule en seconde période avec ses ajustements. La réalité est plus crue : pourquoi diable n'aligne-t-il pas d'entrée les joueurs les plus performants ? Cette situation n'est pas nouvelle. C'est même devenu un schéma récurrent. Tactiquement, le sélectionneur termine souvent bien ses matchs, mais il les commence presque toujours mal.
Maza, Hadj Moussa, Chaïbi, Tougaï : ces quatre-là ont changé le match en quelques minutes. Or, à 15 jours du Mondial, ce sont eux qui devraient construire les automatismes du onze de référence, pas découvrir leur rôle en seconde période. Une chose est certaine : Petkovic ne pourra pas se permettre face à l'Argentine de perdre 45 minutes à chercher sa formule.
Argentine prévenue, Algérie attendue
Il faut aussi rester lucide sur cette victoire. La Hollande reste une nation prestigieuse, et battre les Oranje chez eux fait du bien au moral. Mais le vrai test arrivera en match officiel, le 17 juin, face à l'Argentine championne du monde. Et cette Argentine-là est prévenue. Elle a observé nos forces et nos faiblesses, et elle sait pour l'avoir vécu en 2022 face à l'Arabie saoudite qu'il faut aborder un match d'ouverture avec un sérieux maximal.
Il ne faut surtout pas tomber dans le piège qu'on se tend à soi-même. Se dire qu'en face on affronte une grande équipe, jouer en bloc bas et attendre les contres : voilà le scénario qui mène à la défaite. Notre force, c'est l'attaque et la profondeur de banc dans ce secteur. L'Algérie doit jouer son jeu, sans se mettre dans la peau de la victime.
La leçon du Mondial 2014
L'histoire récente est là pour nous le rappeler. En 2014 face à la Belgique, en match d'ouverture, les Fennecs avaient joué derrière, sans oser. Résultat : une défaite courageuse mais une défaite quand même. Match suivant, libérée et tournée vers l'avant, l'Algérie a balayé la Corée du Sud 4-2. La même équipe, deux états d'esprit, deux résultats. Le foot n'oublie pas ces leçons. Le jour où l'Algérie joue sans complexe, elle peut tout faire.
Et maintenant ?
Il reste à Petkovic une dernière fenêtre, le galop face à la Bolivie le 10 juin à Kansas City, pour valider son onze de départ. Espérons qu'il en tirera les bons enseignements de ce Pays-Bas-Algérie, et qu'il fera confiance d'entrée à ceux qui ont prouvé qu'ils étaient prêts. Cette victoire à De Kuip vaudra ce que la suite en fera. À 15 jours du sommet face à l'Albiceleste, le temps n'est plus au tâtonnement. Il est au choix.
*Source : DzChronique — analyse*
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