Ziyech, le courage qui lui a coûté sa sélection
Voix la plus franche du football maghrébin sur le génocide à Gaza, Hakim Ziyech n'a plus reporté le maillot du Maroc depuis ses prises de position de l'automne 2024, un écartement que beaucoup considèrent comme une sanction déguisée.
Dans un football mondial où les stars pèsent chaque mot pour protéger leurs contrats, Hakim Ziyech a choisi l'autre voie. Celle de dire, sans détour, ce que des millions de personnes à travers le monde pensent du drame de Gaza. Et il en paie le prix : voix la plus franche du football maghrébin sur cette tragédie, l'ancien joueur de l'Ajax et de Chelsea n'a plus reporté le maillot de sa sélection depuis l'automne 2024, un écartement officiellement justifié mais que beaucoup, au Maroc comme ailleurs, lisent comme une sanction déguisée.
Des mots que personne d'autre n'a osés
Retour sur les faits. En septembre 2024, bouleversé par les images des victimes civiles de Gaza, Ziyech publie une série de stories d'une rare frontalité : « Free Palestine », des mots très durs contre Israël, qu'il avait déjà qualifié d'État meurtrier, et surtout une critique directe du gouvernement de son propre pays, accusé de soutenir le génocide en cours par sa politique de normalisation. Une story rapidement supprimée, mais dont la portée demeure : aucun autre joueur de sa sélection, ni des grandes sélections de la région, n'a jamais pris un tel risque. Quelques semaines plus tard, après les incidents impliquant des supporters israéliens à Amsterdam, il récidive d'une phrase cinglante restée célèbre. Et lors du titre de champion de Turquie avec Galatasaray, c'est drapeau palestinien en main qu'il célèbre devant des dizaines de milliers de personnes.
Son engagement ne date d'ailleurs pas d'hier : dons réguliers, soutien constant aux causes humanitaires, refus permanent de la langue de bois. L'homme a toujours mis sa notoriété au service de ses convictions, quitte à déranger.
La sanction qui ne dit pas son nom
Et soyons francs : la chronologie parle d'elle-même. Dans la foulée de ses publications de septembre 2024, Ziyech disparaît de la liste de Walid Regragui pour les qualifications de la CAN, officiellement pour blessure. Il n'y reviendra plus. Pour de nombreux observateurs et pour une partie immense du public marocain, resté profondément attaché à la cause palestinienne, cette mise à l'écart durable ressemble à des représailles politiques déguisées, dans un royaume dont la normalisation avec Israël s'accommode mal d'un capitaine aussi bruyamment solidaire de Gaza. Le joueur lui-même avait envoyé un message limpide en supprimant de ses réseaux la quasi-totalité de ses photos sous le maillot national.
Qu'on se comprenne bien : nul ne peut affirmer avec certitude juridique le lien entre ses positions et son bannissement, et la fédération marocaine s'en est toujours défendue. Mais quand la voix la plus talentueuse et la plus populaire d'une génération disparaît des listes au lendemain de ses prises de position, le doute lui-même devient une réponse.
Un courage qui dépasse les rivalités
Une chose est certaine : sur ce sujet, les rivalités sportives entre voisins n'ont pas leur place. Du côté algérien, où la solidarité avec le peuple palestinien est une évidence historique et populaire, le courage de Hakim Ziyech force un respect unanime. Défendre les opprimés ne devrait jamais coûter une carrière ; que cela puisse être le cas en dit long sur l'époque, et sur le silence confortable de tant d'autres stars du ballon.
Le jour où l'histoire du football racontera qui a parlé et qui s'est tu pendant la tragédie de Gaza, le nom de Hakim Ziyech figurera du bon côté. Et ce jour-là, aucune liste de sélectionneur ne pourra plus rien lui retirer.
Sources : Jeune Afrique, Hespress, Maroc Hebdo, Bladi.net, Africa Inside, Fennec Football
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