Le championnat a repris, et presque personne n'en parle
La saison 2026-2027 de Ligue 1 Mobilis s'est ouverte jeudi dans une indifférence frappante, entre reprise décalée, affiches reportées, champion absent et actualité des Verts qui monopolise tout.
Il fallait presque le savoir pour s'en apercevoir : la Ligue 1 Mobilis a repris jeudi soir. L'ES Sétif est tombée chez elle face à Ben Aknoun (0-1), sur le premier but de la saison signé Lounas Adjout, et le promu El-Biar a été corrigé par l'Olympique Akbou (0-2). Deux victoires de visiteurs, quelques lignes dans la presse, des discussions confidentielles sur les réseaux : voilà pour le lancement d'une saison annoncée comme la plus ouverte depuis des années. Et une question qui s'impose : où est passé l'engouement ?
Une reprise dans les pires conditions possibles
Soyons justes avant d'être sévères : les circonstances ont tout fait pour saboter cette rentrée. Un report d'une semaine, décidé pour la plus légitime des raisons après les incendies meurtriers et le deuil national, a cassé la dynamique de l'attente. La journée inaugurale s'est retrouvée amputée de ses deux plus belles promesses, MCA – MCO et Biskra – JSS, reportées au 22 septembre pour cause d'engagements africains. Résultat : une première journée sans le champion en titre, sans son dauphin, étalée sur trois jours, coincée entre la fin du mercato européen et un week-end de Ligue des champions africaine. Difficile de faire pire comme rampe de lancement.
Ajoutez l'éléphant dans la pièce : le feuilleton du sélectionneur, qui aspire depuis un mois la totalité de l'attention médiatique du football algérien. Quand le Bureau fédéral s'apprête à désigner le patron des Verts, quand Hadj Moussa refuse 30 millions saoudiens et quand Amoura signe à Nice, les débats de comptoir ne portent pas sur Sétif – Ben Aknoun. La sélection écrase tout, comme toujours dans ce pays, et le championnat paie sa rentrée décalée au pire moment du calendrier émotionnel.
Et soyons francs : le problème dépasse la conjoncture
Car cette indifférence de septembre raconte aussi un mal plus profond. Un championnat qui démarre sans ses affiches, dont les stars du mercato n'ont pas encore joué, et dont la communication repose presque entièrement sur la bonne volonté de la télévision publique, part avec un handicap structurel face au bruit permanent du football européen. Les efforts sont réels, la diffusion intégrale et gratuite de cette première journée en tête, et il faut les saluer. Mais un produit ne se vend pas seulement en le montrant : il se raconte, il s'anime, il se met en scène. Sur ce terrain-là, la Ligue 1 Mobilis reste à des années-lumière de son potentiel.
Le paradoxe est cruel : rarement le plateau sportif aura été aussi prometteur. Une JSK réarmée, un CRB ambitieux, une USMA continentale, un champion à trois étoiles qui vise l'Afrique, des promus enthousiastes. Tout est là, sauf la caisse de résonance.
L'engouement se construira sur le terrain
Une chose est certaine : rien n'est irréversible. Que la JSK enflamme Tizi ce soir face à Rouissat, que les chocs reportés du 22 septembre tiennent leurs promesses, que la course au titre s'installe à quatre ou cinq, et les stades comme les conversations se rempliront d'eux-mêmes. Le football algérien de clubs a un public immense qui ne demande qu'à vibrer ; il attend simplement qu'on lui en donne les raisons, et qu'on les lui raconte.
Le jour où une journée de Ligue 1 fera autant parler qu'une rumeur de sélectionneur, le championnat aura gagné sa vraie bataille. En attendant, il a repris. Ce serait bien que quelqu'un le remarque.
Sources : Foot Afrique, ABNews, LFP
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