Mondial 2026 : la FIFA assiégée par les plaintes Iran et Algérie
48 heures après la saisine de la FAF sur l'arbitrage, c'est au tour de l'Iran de porter plainte contre les restrictions américaines. La FIFA fait face à une crise institutionnelle sans précédent.
L'image s'accumule et elle n'est pas belle à voir. Depuis le début du Mondial 2026 organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, certaines nations subissent un traitement qui n'a strictement rien à voir avec le football. Et désormais, ces nations se rebellent. En l'espace de 48 heures, deux fédérations majeures du football mondial ont saisi officiellement la FIFA. La Fédération algérienne de football mercredi sur le scandale arbitral du match face à l'Argentine. La Fédération iranienne de football ce jeudi sur les restrictions américaines imposées à sa délégation. Deux dossiers différents, mais une même réalité : la Coupe du Monde 2026 est en train de devenir un tournoi à deux vitesses. Et soyons francs : quand deux nations choisissent en si peu de temps la voie institutionnelle, c'est que le malaise dépasse largement la simple polémique sportive.
La FIFA, longtemps habituée à gérer ses dossiers dans l'opacité, se retrouve désormais face à une crise institutionnelle qui ne pourra plus être évacuée par un communiqué technique. Voici le décryptage d'un moment historique pour le football mondial.
L'Iran : la honte d'un traitement indigne
Les faits sont accablants. Pour son premier match face à la Nouvelle-Zélande lundi dernier conclu sur un nul 2-2, l'équipe iranienne a été contrainte d'arriver à Los Angeles seulement la veille de la rencontre. Et plus grave encore, on lui a imposé de quitter le territoire américain immédiatement après le coup de sifflet final. Mehdi Taremi, star de la Team Melli, a publiquement dénoncé une décision dont les joueurs n'ont été informés que le jour même. À ce niveau de la compétition, on parle d'un sabotage sportif organisé.
Le même scénario doit se reproduire dimanche prochain face à la Belgique. L'Iran demandait pourtant simplement à pouvoir arriver deux jours avant le match, comme c'est l'usage pour toutes les sélections. Refus catégorique des autorités américaines. La fédération iranienne a donc tranché : plainte officielle auprès de la FIFA. Andrew Giuliani, directeur du groupe de travail de la Maison Blanche, a tenté de justifier en affirmant que cette procédure était prévue depuis le début. Une chose est certaine : prévoir une humiliation à l'avance n'en fait pas une décision acceptable.
Ghalenoei : « la plus maltraitée de toute la Coupe du Monde »
Les mots du sélectionneur iranien Amir Ghalenoei ont fait le tour du monde. Mon équipe est la plus maltraitée de toute la Coupe du Monde, a-t-il déclaré après le nul face à la Nouvelle-Zélande. Une phrase lourde qui résume parfaitement le sentiment d'un staff entier confronté à des conditions de préparation indignes. Comment espère-t-on que des joueurs de haut niveau international soient compétitifs lorsqu'ils dorment dans un hôtel, prennent un avion, jouent un match, reprennent un autre avion la même journée ?
La réponse est connue : on ne l'espère pas. Le jour où une nation est traitée comme un paria dans un tournoi auquel elle a légitimement gagné le droit de participer, c'est tout le concept même de Coupe du Monde qui s'effondre. Et ce n'est pas l'Iran qui en sort affaibli, c'est la FIFA et son organisation américaine.
L'Algérie en parallèle : la saisine sur Marciniak
La Fédération algérienne de football, présidée par Walid Sadi, a quant à elle saisi la FIFA mercredi sur les décisions arbitrales du match face à l'Argentine. Le geste de Lionel Messi sur Aïssa Mandi à la 32e minute, validé par l'indifférence totale de Szymon Marciniak et de la VAR, a provoqué une indignation mondiale qui a transformé un cas isolé en symbole. Quand Roy Keane, des ex-arbitres allemands et britanniques, les consultants américains et même la presse argentine s'accordent à dire qu'un carton rouge aurait dû être donné, le doute n'est plus permis.
Les deux dossiers, iranien et algérien, ne portent pas sur les mêmes faits. Mais ils convergent dans leur diagnostic : les nations dites périphériques du football mondial subissent des traitements que les grandes nations occidentales ne subiraient jamais. La diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, mesure parfaitement cette réalité. Et elle attend désormais des réponses.
Un précédent inquiétant : les visas refusés à Omar Artan
Il faut remettre les choses en perspective. La crise institutionnelle actuelle ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une suite continue de signaux envoyés aux nations africaines, arabes et musulmanes depuis le début de l'organisation. Le 6 juin dernier, Omar Artan, arbitre somalien élu meilleur arbitre africain 2025, avait été refoulé à Miami malgré un visa pourtant valide. Le silence assourdissant de la CAF et de la FIFA face à ce dossier avait déjà choqué.
Les délégations africaines ont également fait face à des cautions exigées de leurs supporters, atteignant 15 000 dollars pour cinq pays africains qualifiés dont l'Algérie. La RDC avait été imposée une quarantaine de 21 jours liée à Ebola. L'Iran avait quinze visas refusés pour son encadrement. À chaque fois, le scénario est le même : les nations non-occidentales paient le prix de décisions politiques étrangères au football. Le jour où la FIFA mesurera l'ampleur du dommage qu'elle cause à son propre tournoi, il sera peut-être déjà trop tard.
La FIFA face à son moment de vérité
Gianni Infantino n'a fait aucune déclaration publique sur ces dossiers depuis le début du tournoi. Sa proximité affichée avec Donald Trump ces dernières années rend désormais cette discrétion intenable. Pierluigi Collina, président de la commission des arbitres, est resté tout aussi silencieux sur le cas Marciniak. La FIFA, contactée par l'AFP sur la plainte iranienne, n'a pas répondu immédiatement.
Ce silence ne pourra plus durer longtemps. Quand l'Iran et l'Algérie, deux nations qui n'avaient aucune raison de se concerter, saisissent simultanément l'instance suprême du football mondial, c'est le signal que le malaise institutionnel a atteint son point critique. La FIFA devra répondre, expliquer, sanctionner ou perdre durablement sa crédibilité. Le football mondial mérite mieux qu'un tournoi à deux vitesses.
Et maintenant ?
Les prochaines heures et les prochains jours seront déterminants. La FIFA peut choisir le statu quo et faire passer ces deux plaintes comme de simples grognements sans conséquence. Elle peut aussi choisir la transparence et ouvrir des enquêtes sérieuses. Pour la diaspora algérienne en France, en Belgique, au Canada, et pour les supporters du monde entier qui croient encore à un sport équitable, le message doit être clair. Le football est universel ou il n'est rien. Et si les institutions chargées de le défendre échouent à le rappeler dans un moment comme celui-ci, alors c'est tout l'édifice mondial qui menace ruine. La balle est dans le camp d'Infantino. À lui de prouver qu'il préside vraiment la fédération internationale du football, et pas un club privé des grandes puissances.
*Source : Le Matin, Franceinfo, France 24, Eurosport, TSA Algérie*
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