Zerrouki au champagne : la vidéo qui crispe l'Algérie
Une vidéo de Ramiz Zerrouki au champagne fait scandale en Algérie. Au-delà du choc d'image, c'est tout le rapport du joueur à sa sélection qui interroge en ce moment.
Elle a fait le tour des réseaux sociaux algériens en moins de quelques heures. Une vidéo, filmée en marge d'une célébration au FC Twente, où évolue actuellement Ramiz Zerrouki en prêt depuis Feyenoord, montre le milieu défensif des Fennecs bouteille de champagne à la main, en pleine fête. Le contexte importe peu : ce que retient l'écrasante majorité du public algérien, c'est l'image. Une image qui, dans le contexte culturel et religieux du pays qu'il représente, fait l'effet d'une douche froide. Et qui tombe au pire moment pour un joueur déjà critiqué pour ses prestations en sélection. Pour beaucoup de supporters, Zerrouki vient de commettre une vraie faute d'image. Quand on porte le maillot de l'Algérie, on porte aussi une responsabilité.
Une image qui passe mal : le choc culturel
Soyons clairs : aucun joueur algérien sérieux n'ignore cette règle. Représenter l'Algérie, c'est représenter un pays à très forte tradition musulmane, où l'image publique d'un joueur national avec une bouteille d'alcool à la main constitue, pour la majorité des supporters, une transgression symbolique forte. Tous les binationaux qui rejoignent les Verts finissent par l'apprendre, parfois à leurs dépens, parfois en l'intégrant dès le départ. Riyad Mahrez, Aïssa Mandi, Ramy Bensebaïni : tous savent qu'une caméra dans un vestiaire de club est aussi une caméra qui sera vue à Alger, à Constantine, à Oran.
Là où certains anciens ont parfois commis l'erreur par méconnaissance, on aurait pu attendre de Zerrouki, à 27 ans et après plusieurs années en sélection, qu'il intègre pleinement cette dimension. Surtout que ses coéquipiers chez les Fennecs appliquent quasi unanimement une discrétion totale sur ce type de scène. Combien d'images de fête de Mahrez ou de Aït-Nouri au champagne sur les réseaux ? Quasiment aucune. Pas parce qu'ils ne font pas la fête, mais parce qu'ils savent. Le public algérien soutient. Mais il n'oublie pas.
Le pire moment pour un joueur déjà fragilisé
C'est ici que la séquence prend une dimension plus large. Ramiz Zerrouki ne traverse pas la meilleure période de sa carrière internationale. Décrié en sélection pour des performances jugées insuffisantes, peu convaincantes dans l'entrejeu des Fennecs, le milieu défensif est l'un des joueurs les plus critiqués sur les réseaux algériens depuis plusieurs mois. Certains anciens internationaux, comme Salah Assad, ont d'ailleurs récemment pris sa défense publiquement, signe que la pression médiatique est réelle. À un mois du Mondial 2026, sa place dans la liste finale des 26 de Vladimir Petković n'est plus considérée comme acquise.
Dans ce contexte de fragilité sportive, l'apparition de cette vidéo apparaît comme une double peine. Pas seulement parce qu'elle interroge l'image, mais parce qu'elle envoie un signal de déconnexion entre le joueur et la communauté qu'il représente. Soyons francs : à l'instant T, Zerrouki aurait dû montrer une humilité, un engagement, une attention redoublée à son image. Cette vidéo fait exactement l'inverse. Et c'est ce qui fait le plus mal.
Une faute d'image, pas une faute morale
Attention toutefois à ne pas tomber dans l'excès inverse. Ramiz Zerrouki n'a commis aucun délit, aucune transgression légale, aucune violation des règlements de la FAF ou de son club. Il a simplement, dans un vestiaire de club professionnel européen, partagé un moment de célébration comme des dizaines d'autres joueurs binationaux le font chaque saison. La différence, c'est que lui n'aurait pas dû apparaître ainsi avec l'image relayée publiquement, sachant ce qu'il représente pour des millions d'Algériens.
Cette nuance est importante. Il ne s'agit pas de juger moralement le joueur, mais de souligner un manque de stratégie d'image à un moment crucial. Une simple discrétion, comme ses coéquipiers en sélection l'appliquent presque tous, aurait évité ce buzz négatif. C'est cette lecture du contexte qui semble lui avoir échappé. Et c'est précisément ce qui interroge dans une période où chaque détail compte. Une image, c'est aussi une décision.
Le rappel nécessaire : Zerrouki reste un professionnel exemplaire
Avant de conclure, il faut tout de même rendre justice au joueur. Ramiz Zerrouki n'a jamais causé le moindre souci de discipline depuis son arrivée chez les Fennecs. Aucun écart de comportement avec le staff, aucune polémique de vestiaire, aucune absence à un rassemblement, aucun problème avec les médias. Il est par ailleurs reconnu comme l'un des plus investis dans la cause algérienne : il a choisi les Verts alors qu'il aurait pu prétendre à la sélection néerlandaise, ce qui n'est pas anodin.
Sur le plan professionnel pur, le milieu de 27 ans incarne aussi un certain modèle : retour au FC Twente pour retrouver du temps de jeu, attitude exemplaire face aux critiques, déclarations toujours mesurées sur son entraîneur et son club. Cette vidéo doit être lue comme un dérapage d'image isolé, pas comme le révélateur d'un quelconque problème de fond. Et c'est précisément pour cela qu'on espère que le joueur saura tirer la leçon rapidement.
Et maintenant ?
Et maintenant ? Ramiz Zerrouki doit redoubler de prudence dans les semaines qui viennent. Le rassemblement des Fennecs débute le 25 mai à Sidi-Moussa, et la liste finale des 26 sera annoncée le 31 mai. Une réponse publique du joueur, voire un message d'apaisement, pourrait calmer une partie de la communauté algérienne. À l'inverse, un silence prolongé risque de cristalliser durablement la tension. Pour la diaspora algérienne, de Paris à Bruxelles, de Marseille à Montréal, le débat est lancé et il alimentera probablement de nombreux échanges dans les jours à venir.
Une chose est certaine : les supporters algériens veulent croire en leurs binationaux. Encore faut-il que ces derniers comprennent ce qu'on attend d'eux. Ramiz a les épaules pour entendre ce message et corriger le tir. Il en a aussi la maturité. À lui désormais de répondre.
Faut-il que la FAF mette en place une charte d'image pour les joueurs des Fennecs, ou doit-on faire confiance à la maturité personnelle des binationaux pour gérer leur communication ?
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