Burkina Faso : le match qui n'aurait jamais dû se jouer
Vol annulé, cadres absents, équipe de secours arrivée cinq heures avant le coup d'envoi : le 7-0 encaissé par le Burkina face à l'Argentine cache un vrai scandale.
Un score, et tout le reste
Samedi 3 octobre, au stade Monumental de Buenos Aires, l'Argentine a battu le Burkina Faso 7-0. Lautaro Martínez sur penalty (4e), un but contre son camp de Moumouni Diallo (8e), Gianluca Prestianni (12e), Nicolás Paz (34e), Julián Álvarez (36e), Franco Mastantuono (57e) et Giuliano Simeone (90e+3) ont fait trembler les filets. Prestianni et Mastantuono ont inscrit leur premier but en sélection, sans Lionel Messi, qui fera ses adieux mardi contre le Bénin. Mais ce score ne raconte qu'une petite partie de l'histoire.
Bloqués à Casablanca
Le 30 septembre, le vol charter qui devait emmener la délégation burkinabè de Casablanca vers l'Argentine a été annulé, officiellement pour un problème technique. Les joueurs ont fait leurs valises deux fois, et deux fois ils sont revenus en arrière. Usés par la fatigue accumulée, plusieurs cadres ont fini par refuser le voyage, et des questions de compensation financière sont aussi évoquées.
Pour éviter le forfait, le Burkina a monté en urgence une équipe composée en grande partie de U23. Résultat : treize joueurs sans la moindre sélection, qui ont atterri à Buenos Aires environ cinq heures avant le coup d'envoi, après près de douze heures de vol. Sans séance d'entraînement, sans récupération, ils sont allés directement au Monumental affronter les champions du monde. Les autorités argentines ont même dû accélérer en urgence les visas de cette délégation de remplacement.
Et soyons francs : on a rarement vu une sélection africaine placée dans de telles conditions face à un adversaire de ce rang. Ces jeunes Étalons ne méritaient pas d'être exposés ainsi.
Scaloni salue, Molina accuse
Après la rencontre, les joueurs burkinabè ont quitté le stade sans parler à la presse. Lionel Scaloni a tenu à leur rendre hommage : « Ils ont respecté le football, et nous avons joué sérieusement comme s'il s'agissait d'une finale, par respect pour leur combat. »
Le journaliste Romain Molina a, lui, mis en cause l'organisation de ces amicaux. Selon lui, la Fédération argentine a confié à la société Eurodata Sport l'organisation de matchs contre des sélections africaines, sans prime de participation ni partage des recettes pour les équipes invitées, l'Argentine ne prenant en charge que le voyage et l'hébergement. Les mêmes conditions auraient été appliquées pour la Mauritanie et le Bénin. Jero Pachón, agent de matchs FIFA et patron d'Eurodata Sport, parle de l'un des plus gros défis de sa carrière : « En 18 ans de travail avec des sélections nationales, j'ai affronté beaucoup de situations adverses. »
Une question qui dépasse le Burkina
Une chose est certaine : ce match pose une question à tout le football africain. Jouer l'Argentine attire la lumière, mais à quel prix, et dans quelles conditions ? Une sélection qui se déplace sans prime, sans partage des recettes et sans garanties logistiques prend un risque sportif et un risque d'image.
Le jour où les fédérations africaines exigeront de vraies conditions avant d'accepter ces affiches prestigieuses, plus aucune équipe ne débarquera au Monumental cinq heures avant le coup d'envoi.
*Sources : Goal, Pulse Ghana, AfricaSoccer, beIN Sports, Franceinfo.*
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