Aït-Nouri : une minute de colère, une semaine de débats
Un coup de sang au bord du terrain, et les plateaux s'enflamment. À deux jours du Burundi, il est temps de ramener l'affaire Aït-Nouri à sa juste place.
Vendredi soir, à Tizi Ouzou, l'Algérie a battu la Zambie (3-1) pour la première de Brahim Hemdani. Un match avec un but dès la 2e minute, une égalisation, une réaction, un Ibrahim Maza inspiré. Pourtant, depuis trois jours, une seule image domine : Rayan Aït-Nouri qui s'emporte au bord du terrain. Sur les plateaux télé, sur les réseaux, dans les émissions spécialisées, on ne parle plus que de ça. Et c'est un problème.
Un incident, pas une affaire d'État
Rappelons les faits, sans rien y ajouter. Appelé à se préparer pour entrer en jeu, le latéral a refusé et a exprimé son mécontentement. Moussa Saïb est intervenu pour le calmer. Le lendemain, la Fédération a annoncé que le sélectionneur avait décidé de le libérer du stage. Hemdani, lui, a refusé d'en faire un sujet : « Je refuse de commenter un incident individuel et personnel. » La sanction est tombée, le staff a parlé d'une seule voix, le dossier est géré.
Tout le reste relève du commentaire, et souvent de la surenchère. Analyses du langage corporel, supposés conflits de vestiaire, avenir international prétendument compromis, procès en patriotisme : chacun y va de son hypothèse, sans le moindre élément nouveau.
Le football est un sport de caractère
Faut-il le rappeler ? Le football est un sport d'ego, d'émotions et de tempéraments. Un joueur qui a peu de temps de jeu en club et qui voit la concurrence se renforcer en sélection peut perdre ses nerfs. Ce n'est pas excusable, et la sanction était légitime. Mais ce n'est pas exceptionnel.
En février 2019, en finale de la Coupe de la Ligue anglaise, le gardien de Chelsea Kepa Arrizabalaga avait refusé de sortir, sous les yeux de son entraîneur Maurizio Sarri et de millions de téléspectateurs. Une amende, des excuses, et l'affaire était close. Personne n'en a fait un feuilleton pendant des semaines.
Et soyons francs... si l'on consacre autant d'heures d'antenne à cet épisode, ce n'est pas pour informer. C'est parce que le scandale fait de l'audience, et que la polémique coûte moins cher à produire que l'analyse. Pendant ce temps, combien de ces émissions ont pris le temps de présenter le Burundi, notre adversaire de mardi ?
Un choix de ligne éditoriale
Chez DzChronique, nous avons fait un choix clair. Nous avons relaté les faits, une fois. Nous avons expliqué le rôle de chacun dans le staff, parce que beaucoup de lecteurs se posaient la question. Puis nous sommes revenus au football : l'analyse du match, la performance de Maza, les forces et les failles du Burundi. C'est ce que nous devons à ceux qui nous lisent.
Parler en long et en large d'un coup de sang, c'est fragiliser un groupe en reconstruction, mettre sous pression un sélectionneur qui dispute seulement son deuxième match, et exposer un international à un lynchage disproportionné. Ce n'est pas du journalisme, c'est de l'entretien de feu.
Le terrain, seul juge de paix
Une chose est certaine : les Verts n'ont pas besoin d'une polémique de plus à deux jours d'un déplacement exigeant à Bujumbura. Ils ont besoin de calme, de concentration et d'un environnement qui les laisse travailler. Le cas Aït-Nouri sera réglé entre le joueur et son sélectionneur, comme il se doit.
Le jour où l'on parlera davantage du jeu des Verts que de leurs états d'âme, le football algérien aura fait un grand pas.
*Sources : FAF, Algérie360, La Gazette du Fennec, Afrik-Foot, BBC Sport (finale de la Coupe de la Ligue 2019)*
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