Binationaux : Madagascar tranche, l'Algérie pardonne
Un gardien écarté pour des propos vieux de huit ans relance une question que la sélection algérienne a tranchée dans l'autre sens.
Une phrase de 2018 qui coûte une sélection
Corentin Martins, sélectionneur de Madagascar, avait convoqué Zacharie Boucher pour le rassemblement de septembre et d'octobre. Le gardien franco-malgache de trente-quatre ans n'a finalement pas figuré sur la liste finale, après la ressortie de déclarations qu'il avait tenues en 2018 à L'Équipe. Il y expliquait en substance qu'il était français, qu'il ne s'était jamais considéré comme malgache, et que si le sélectionneur l'appelait, la réponse serait non.
Huit ans plus tard, la fédération malgache a tiré la conclusion que beaucoup n'osent pas tirer : elle a renoncé au joueur, à quelques jours des premières échéances des qualifications de la CAN 2027 contre le Nigeria et la Guinée-Bissau.
La ligne algérienne, exactement inverse
Chez nous, la doctrine est connue et elle ne varie guère. Houssem Aouar a porté le maillot de l'équipe de France avant de basculer vers l'Algérie trois ans plus tard : il a été accueilli, titularisé, et il a disputé une Coupe du monde. Yanis Senhadji, champion d'Europe U19 avec l'Espagne en 2024, vient d'être intégré à la sélection olympique de Rafik Saïfi après avoir obtenu le feu vert de la FIFA.
Et soyons francs, la question n'est pas de savoir qui a raison en principe, mais ce que chaque option coûte. Refuser un joueur pour une phrase ancienne, c'est se priver d'un élément au nom d'un principe. L'accepter sans condition, c'est envoyer à toute une génération le message qu'on peut tenter sa chance ailleurs et revenir ensuite sans que rien ne se paie. Les deux positions ont leurs partisans, et les deux ont un prix.
Hemdani, concerné plus que quiconque
Le sujet a été porté directement au nouveau sélectionneur lors de sa conférence de présentation. Interpellé sur le fait d'avoir lui-même longtemps décliné les approches algériennes, alors qu'il était capitaine de l'Olympique de Marseille, avant de rejoindre les Verts en 2008 à trente ans, Brahim Hemdani a répondu sans détour : « Il n'y a pas de problématique par rapport à ça. Quand vous faites une carrière, vous faites des choix en fonction du contexte et de plusieurs paramètres. »
Sur ceux qu'il cherche aujourd'hui à convaincre, il tient la même ligne : « La seule chose qui compte, c'est qu'à cet instant, le contexte leur permette de venir et qu'ils aient envie de venir. » Il a confirmé que la prospection avait commencé, avec des jeunes identifiés et de premières discussions engagées avec les familles, sans citer de nom. Interrogé sur les joueurs de seize ans, il a d'ailleurs prévenu qu'à cet âge, ils ne sont pas forcément mûrs pour décider.
Une question qui ne se refermera pas
Une chose est certaine, l'Algérie continuera d'aller chercher des joueurs formés ailleurs, parce que la démographie de sa diaspora le lui permet et parce que ses concurrents le font. Le vrai sujet n'est pas le pardon, c'est le moment : Aouar est arrivé après avoir épuisé son crédit en bleu, et c'est ce décalage-là qui laisse un goût amer aux supporters, bien plus que la double nationalité elle-même.
Le jour où un binational choisira l'Algérie à vingt ans, sans attendre qu'une porte se ferme ailleurs, le débat n'aura plus lieu d'être.
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**Sources :** La Gazette du Fennec, Daily Sports, Afrik-Foot, Foot-Algerie, DzBallon
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