En Angleterre, Hadjam ne devra plus choisir entre foi et football
En signant à Brighton, le latéral algérien rejoint un championnat où le jeûne du Ramadan est pleinement respecté, avec des pauses instaurées en plein match, loin de la polémique vécue à Nantes.
Le transfert de Jaouen Hadjam à Brighton raconte une belle trajectoire sportive : la Premier League, un club référence, un contrat jusqu'en 2031. Mais il referme aussi, symboliquement, l'un des épisodes les plus inconfortables de sa jeune carrière. Car en posant ses valises en Angleterre, le latéral gauche des Verts rejoint un championnat où plus jamais il n'aura à choisir entre sa foi et son métier.
Le souvenir nantais
Retour en avril 2023. Jeune joueur du FC Nantes, Hadjam, alors âgé de 20 ans, est écarté à plusieurs reprises du groupe les jours de match. Son tort ? Observer le jeûne du Ramadan. Antoine Kombouaré, son entraîneur de l'époque, avait assumé publiquement sa règle : pas de jeûneur sur la feuille de match, au nom des exigences physiques du haut niveau. Une position qui avait déclenché un débat national en France, où le sujet reste sensible, la Fédération française allant jusqu'à interdire les interruptions de match pour la rupture du jeûne, à rebours de ses voisins européens. Pour le jeune homme, resté digne et discret dans la tempête, l'épisode avait pesé dans son choix de quitter l'Hexagone pour la Suisse quelques mois plus tard.
L'Angleterre, un autre monde
Et soyons francs : le contraste avec ce qui l'attend est saisissant. Depuis 2021, la Premier League autorise officiellement les arbitres à marquer une pause en plein match, lors des rencontres en soirée pendant le Ramadan, pour permettre aux joueurs musulmans de rompre leur jeûne avec une datte et de l'eau au bord du terrain. Une scène devenue banale outre-Manche, saluée par les joueurs concernés, et qui n'a jamais soulevé la moindre polémique. Les clubs anglais adaptent les charges d'entraînement, les nutritionnistes planifient les repas de la nuit, et personne n'imagine écarter un joueur pour sa pratique religieuse.
Les exemples de très haut niveau ne manquent d'ailleurs pas pour clore le débat sur la performance. Karim Benzema en reste l'illustration la plus éclatante : le Ballon d'Or 2022 a construit une partie de sa légende au Real Madrid en plein mois sacré, enchaînant les performances stratosphériques, triplés européens compris, tout en observant le jeûne. La saison même de son sacre individuel, ses nuits de Ramadan n'ont jamais empêché ses soirées magiques au Bernabéu. La preuve par l'exemple qu'avec un encadrement adapté, foi et très haut niveau cohabitent parfaitement.
Un signal qui dépasse son cas
Une chose est certaine : pour les millions de supporters algériens et pour tous les jeunes footballeurs musulmans d'Europe, voir Hadjam s'épanouir à Brighton portera un message qui dépasse le terrain. Son histoire dit qu'un joueur n'a pas à s'excuser de ses convictions, et que les championnats les plus exigeants du monde ont trouvé des solutions simples là où d'autres ont préféré les ultimatums. À méditer, de ce côté-ci de la Manche.
Le jour où Jaouen Hadjam rompra son jeûne au bord d'une pelouse de Premier League, sous les applaudissements d'un stade anglais, le vestiaire de la Beaujoire semblera très loin. Et ce jour-là, tout le monde comprendra qu'il a signé bien plus qu'un contrat : une liberté retrouvée.
Sources : Brighton & Hove Albion, L'Équipe, BBC, Premier League
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