Le Paradou brade ses pépites pour survivre
Relégué en Ligue 2 après neuf saisons dans l'élite, le club formateur algérien met quatre de ses jeunes talents en vente. Une saignée qui devrait tous nous alerter.
Il y a des relégations qui ne concernent qu'un club, et d'autres qui concernent tout un football. Le 21 mai dernier, le Paradou AC a officiellement quitté la Ligue 1 après neuf saisons dans l'élite. Aujourd'hui, l'addition tombe : pour préparer la remontée depuis un groupe Centre-Est redoutable, la direction a mis en vente quatre de ses pépites. Mohamed El Amine Ramdaoui, 20 ans, fait l'objet d'une offre d'1,5 million d'euros d'Al Ahly, le géant égyptien, quand le PAC en réclame 2. Mohamed Islam Abdelkader, 20 ans et meilleur buteur du club cette saison, est pisté par le MC Alger. Ben Ahmed Kohili, 20 ans lui aussi, a ses courtisans. L'école d'Hydra solde ses meilleurs élèves pour payer sa survie.
Ce que ce club a donné à l'Algérie
Rappelons ce dont on parle. Le Paradou n'est pas un club comme les autres : c'est le seul projet algérien entièrement bâti sur la formation, avec son académie lancée sur le modèle de Jean-Marc Guillou, celle-là même qui a produit une partie de l'ossature des Verts de la dernière décennie. Youcef Atal, Hicham Boudaoui, Ramy Bensebaïni, Adem Zorgane : tous sont passés par Hydra avant de s'exporter en Europe et de porter le maillot national. Pendant que les autres clubs achetaient, le PAC fabriquait. Et soyons francs : sans le Paradou, l'équipe d'Algérie des années 2019-2026 n'aurait pas eu le même visage.
La relégation d'un modèle, pas seulement d'une équipe
Sportivement, la chute s'explique : une équipe parmi les plus jeunes du championnat, une défense friable, des cadres vendus chaque été sans être remplacés à niveau. Mais la vraie question dépasse le terrain. Comment un championnat qui brasse des salaires à six chiffres pour des trentenaires recyclés n'a-t-il pas su protéger son unique laboratoire de talents ? Pendant que les budgets explosent chez les cadors, le club qui alimente la sélection descend dans l'indifférence quasi générale. Une chose est certaine : un football qui laisse couler son école a choisi son avenir, et ce n'est pas le bon.
Une vente qui peut être intelligente, à une condition
Soyons justes avec la direction du PAC : vendre ses pépites n'est pas trahir son modèle, c'est son modèle. Le club a toujours vécu de ses transferts, d'Atal à Nice jusqu'à Zorgane à Charleroi. Le problème n'est pas de vendre Ramdaoui à Al Ahly, c'est de vendre en position de faiblesse, avec une relégation qui tire les prix vers le bas et des acheteurs qui le savent. Un club formateur vend au sommet de la valeur de ses joueurs ; un club aux abois vend au prix de l'urgence. Toute la différence entre une stratégie et une saignée tient dans le rapport de force au moment de signer.
Ce que l'Algérie du football devrait faire, et ne fera probablement pas
Dans un pays sérieux, la relégation du seul club formateur déclencherait une réflexion fédérale : statut protégé pour les clubs formateurs, indemnités de formation revalorisées, incitations à faire jouer les jeunes. Le Maroc voisin a bâti sa réussite mondiale sur son académie nationale pendant que nous regardions ailleurs. Le jour où le football algérien comprendra que le Paradou était son bien commun, il aura déjà payé le prix de sa négligence. En attendant, les recruteurs égyptiens et algérois font leurs courses à Hydra. Les soldes ont commencé.
*Source : Foot Afrique*
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