Le grand gâchis du mercato algérien
Chaque été, les clubs de Ligue 1 empilent les recrues et recyclent les mêmes noms. Pendant ce temps, les jeunes attendent une chance qui ne vient jamais.
Ouvrez la page mercato de n'importe quel club algérien cette semaine : l'ES Sétif en est à sept recrues, le CR Belouizdad officialise un attaquant camerounais, le MC Alger négocie un salaire à six chiffres avec Adam Ounas, la JSK discute avec Youcef Atal. L'été 2026 ressemble à l'été 2025, qui ressemblait à l'été 2024. Chaque saison, la Ligue 1 Mobilis brasse des dizaines de signatures, souvent huit à quinze par club. Et chaque saison, la même question reste sans réponse : où sont les jeunes ?
Un championnat qui recycle plus qu'il ne construit
Regardez les noms qui circulent d'un mercato à l'autre. Ce sont largement les mêmes, des trentenaires ou presque, qui passent d'un club à l'autre au gré des surenchères salariales. Un attaquant qui a marqué huit buts change de maillot pour un contrat doublé, remplacé par un autre profil identique venu du club voisin. Ce n'est pas un marché des transferts, c'est un jeu de chaises musicales hors de prix. Et soyons francs : quand quinze recrues arrivent chaque été, ce sont quinze places que les jeunes du cru ne prendront jamais.
Le cercle vicieux qui broie la relève
La mécanique est implacable. Les présidents recrutent massivement pour calmer des supporters impatients. Les entraîneurs, dont la durée de vie moyenne ne dépasse pas quelques mois, n'ont aucun intérêt à lancer un joueur de 19 ans qui coûtera peut-être deux défaites le temps d'apprendre. Alors on aligne l'expérience, on empile les contrats, et le jeune formé au club regarde depuis la tribune avant de partir libre, dégoûté, vers la Ligue 2 ou l'anonymat. Une chose est certaine : on ne forme pas des joueurs en leur apprenant à attendre. Pendant que le Paradou AC, presque seul à assumer un projet de formation, végète dans les profondeurs du classement, ses détracteurs oublient que ce club a donné aux Verts Atal, Boudaoui et Zorgane.
L'exemple qui devrait faire réfléchir tous les présidents
L'actualité offre pourtant un contre-modèle éclatant. La JSK s'apprête à vendre son capitaine Zineddine Belaïd à Al Taawon pour environ un million d'euros, en plus des indemnités FIFA liées à sa participation au Mondial. Un défenseur formé au pays, installé, valorisé, puis vendu au prix fort : voilà à quoi ressemble une gestion intelligente. Combien de clubs de Ligue 1 ont encaissé un million d'euros sur une vente ces cinq dernières années ? La réponse fait mal. Le joueur formé et lancé rapporte deux fois, sur le terrain puis dans les caisses. Le joueur recyclé coûte deux fois, à la signature puis à la libération.
Ce que les autres championnats africains ont compris
Le Maroc voisin a bâti sa réussite sur l'académie Mohammed VI, dont les produits ont porté les Lions de l'Atlas jusqu'en quarts de finale du Mondial. Les clubs sénégalais et ivoiriens exportent leurs pépites vers l'Europe et réinvestissent. Pendant ce temps, nos clubs consacrent l'essentiel de leurs budgets à des salaires qui ne produiront aucune plus-value. Le talent algérien existe, la CAN U17 et les sélections de jeunes le prouvent régulièrement. Ce qui manque, c'est le pont entre la formation et la première division, ce moment où un club accepte de perdre un peu aujourd'hui pour gagner beaucoup demain. Le jour où un président algérien préférera lancer trois jeunes plutôt que signer trois recrues, il passera pour un fou. Deux ans plus tard, tout le monde le copiera.
*Source : DzChronique*
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