Benbout cible facile : la vraie analyse de sa prestation
Critiqué de toutes parts après les trois buts encaissés face à l'Autriche, le gardien algérien mérite une lecture plus nuancée de son match. Décryptage à contre-courant.
Il y a des matchs où un gardien devient l'arbre qui cache la forêt. Au lendemain du nul fou 3-3 arraché face à l'Autriche à Kansas City, qui a qualifié l'Algérie pour les seizièmes de finale du Mondial 2026, Oussama Benbout subit un torrent de critiques. Le gardien de l'USM Alger, propulsé numéro un par Vladimir Petkovic pour ce match couperet, est désigné par plusieurs médias comme l'un des principaux responsables des trois buts encaissés par les Verts. Des formulations sévères circulent. Difficile de faire pire selon TSA Algérie. Prestation peu convaincante selon Foot01. Sortie manquée selon Afrik-Foot. La vague est puissante, et elle pourrait coûter à Benbout sa place de titulaire face à la Suisse vendredi prochain à Vancouver. Et soyons francs : cette lecture mérite d'être profondément nuancée, à la fois sur la responsabilité individuelle réelle du gardien et sur le contexte exceptionnel dans lequel il a été propulsé.
Décryptage à contre-courant d'une prestation qui mérite mieux que le procès expéditif qu'on lui inflige actuellement.
Le contexte impossible d'une titularisation surprise
Il faut d'abord rappeler dans quelles conditions Oussama Benbout a été propulsé titulaire face à l'Autriche. Le gardien de 31 ans n'avait disputé que trois matchs internationaux avant cette rencontre. Il avait même décidé de prendre sa retraite internationale après la dernière CAN au Maroc, n'ayant pas apprécié que Vladimir Petkovic lui préfère Luca Zidane. Sorti de cette retraite pour le Mondial uniquement parce qu'il a entre-temps remporté la Coupe de la CAF avec l'USM Alger, le portier algérien a été appelé au pied levé dans un groupe qui avait pris ses marques avec un autre gardien. Et propulsé numéro un dans un match qui pouvait sceller la qualification historique de toute une nation.
La situation est rarissime dans le football international. Un gardien qui n'a pas accumulé suffisamment de minutes en sélection pour développer ses automatismes avec ses défenseurs centraux. Un gardien qui n'a pas non plus joué les deux premiers matchs du Mondial pour entrer progressivement dans le tournoi. Un gardien à qui on demande, dès sa première titularisation depuis presque un an, de maîtriser une rencontre face à l'Autriche de Ralf Rangnick, dotée d'attaquants de classe mondiale comme Marko Arnautović et Marcel Sabitzer. Une chose est certaine : tester un gardien sans confiance acquise dans un match couperet relève d'un pari tactique audacieux dont les conséquences ne peuvent pas reposer entièrement sur les épaules du joueur lui-même.
Le premier but : une responsabilité largement partagée
C'est précisément sur l'ouverture du score d'Arnautović à la 28e minute que Benbout est le plus critiqué. Et c'est précisément là que l'analyse mérite d'être plus juste. La séquence commence par un ballon en profondeur qui surprend complètement Aïssa Mandi et Ramy Bensebaïni. TSA Algérie le formule clairement dans son décryptage du match. Un ballon en profondeur qui a pris de court Aïssa Mandi. Les deux défenseurs centraux algériens sont battus dans le dos sur un appel qui aurait pourtant dû être anticipé. Ils ne réclament aucune anticipation à leur gardien, ils ne ralentissent pas la course du joueur autrichien, ils ne communiquent pas avec leur portier.
Dans cette configuration, Benbout fait face à un dilemme classique du métier de gardien. Sortir trop tôt pour intercepter le ballon, au risque de se faire lober si Arnautović le touche. Ou rester sur sa ligne pour parer le tir attendu, au risque d'être pris à contre-pied si le buteur prend son temps. Benbout a choisi l'option intermédiaire, sortant avec un léger temps de retard sur un ballon que Mandi et Bensebaïni avaient laissé filer. C'est précisément cette hésitation qui lui est reprochée. Mais cette hésitation n'aurait peut-être jamais existé si les défenseurs avaient communiqué clairement avec lui ou simplement ralenti la course d'Arnautović. Le jour où l'on examine un but encaissé en isolant le seul gardien de sa défense, on s'expose à des lectures fondamentalement injustes.
Les deuxième et troisième buts : aucune faute imputable
Le constat est encore plus net sur les deux autres buts encaissés. À la 55e minute, Marcel Sabitzer inscrit le deuxième but autrichien sur une action où la défense des Verts a paru fébrile et désorganisée. Mais la frappe en elle-même est placée et bien ajustée. Benbout n'a strictement rien pu faire pour la dévier. À la 90e plus 6, dans le temps additionnel, Saša Kalajdžić égalise sur un dernier ballon arrivé dans la surface avec une présence aérienne insuffisante de Bensebaïni. Là encore, le portier algérien est victime d'un coup de tête bien ajusté qu'aucun gardien au monde n'aurait pu sortir dans cette configuration.
Deux buts sur lesquels Benbout n'a strictement aucune faute à se reprocher. Pourtant, la lecture médiatique globale lui impute ces trois encaissements comme s'ils relevaient tous de sa responsabilité individuelle. Ce raccourci injuste explique pourquoi certains médias parlent de difficile de faire pire alors que les images du match racontent une histoire plus nuancée. Une chose est sûre : sur les trois tirs cadrés autrichiens, Benbout n'aurait probablement pu en arrêter qu'un seul, et encore, dans des conditions optimales que ses défenseurs ne lui ont pas offertes.
Les éléments positifs trop vite oubliés
Il y a aussi des aspects positifs dans la copie de Benbout qu'on a complètement passés sous silence. Le gardien algérien a réussi des relances plutôt correctes tout au long du match, permettant à l'équipe de repartir rapidement et de construire ses transitions offensives. Il s'est montré rassurant dans la sortie aérienne sur certains corners autrichiens, malgré la présence imposante de Kalajdžić et compagnie. Il a communiqué visiblement avec ses défenseurs en seconde mi-temps, geste qui pouvait manquer en première période. Pour un gardien de 31 ans qui n'avait pas joué en sélection depuis presque un an, ces signaux de progression sont à mettre à son crédit. Le jour où on analyse un match sportif uniquement par ses échecs, on passe à côté des nuances qui en font justement le sel.
Le parallèle avec un autre gardien algérien mérite aussi d'être rappelé. Raïs M'Bolhi avait lui-même été propulsé titulaire au Mondial 2010 sans expérience préalable en compétition mondiale. Il avait alors livré une copie héroïque face aux États-Unis, avant de devenir l'indéboulonnable numéro un de la sélection pendant douze ans. C'est précisément dans des matchs couperets que les grands gardiens se révèlent. Benbout n'a pas signé cette révélation face à l'Autriche, mais il n'a pas non plus livré la copie catastrophique que certains commentateurs veulent décrire.
Et maintenant ?
La question du gardien titulaire face à la Suisse vendredi 3 juillet à Vancouver reste entièrement ouverte. Vladimir Petkovic dispose désormais de cinq jours pour trancher entre Luca Zidane, Oussama Benbout et éventuellement Melvin Mastil, le troisième gardien qui n'a encore disputé aucune minute dans le tournoi. Le choix sera lourd de conséquences. Mais quelle que soit la décision du sélectionneur algérien, il sera juste de rappeler que Benbout n'a pas été le seul responsable de la fébrilité défensive globale observée face à l'Autriche. Sa prestation mérite mieux qu'un procès expéditif. Elle mérite une analyse juste, équilibrée, qui prend en compte l'ensemble du contexte et qui répartit les responsabilités à leur juste mesure. Pour la diaspora algérienne, en France comme partout dans le monde, cette nuance d'analyse est précieuse. Elle rappelle que le football n'est jamais un sport individuel, même quand on parle du poste le plus solitaire de l'équipe.
*Source : TSA Algérie, Foot01, Afrik-Foot, La Gazette du Fennec*
Réactions (0)
Soyez le premier à réagir !





